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Neuropathie du nerf saphène : une cause méconnue de douleur médiale du genou

Neuropathie du nerf saphène : une cause méconnue de douleur médiale du genou

Douleur médiale du genou : distinguer nerf sensitif, articulation et cause proximale

Une douleur persistante sur la face interne du genou, surtout après une chirurgie ou un traumatisme, n’est pas toujours d’origine articulaire. Le nerf saphène, branche sensitive du nerf fémoral, peut devenir irrité ou comprimé et provoquer une douleur brûlante, des décharges ou une hypersensibilité le long du genou et de la face médiale de la jambe.

Cette neuropathie est probablement sous-reconnue. Le patient peut avoir reçu plusieurs traitements dirigés vers le ménisque, le ligament collatéral médial, la patte d’oie ou l’arthrose sans amélioration suffisante. Une caractéristique importante est l’absence de faiblesse motrice : le nerf saphène est sensitif. Le problème se manifeste donc surtout par la qualité de la douleur et sa distribution.

Pour l’ostéopathe, reconnaître cette possibilité permet d’éviter de traiter indéfiniment une articulation qui n’est pas la source principale des symptômes. Les antécédents de chirurgie du genou, de traumatisme ou de douleur suivant précisément le trajet médial doivent attirer l’attention.

Coupe schématique du genou et comparaison entre raideur brève et gonflement persistant.
La durée de la raideur ne suffit pas au diagnostic. Un gonflement persistant ou une articulation très chaude et douloureuse doit être évalué. Schéma OsteoMag.

Anatomie et examen clinique : ce qui peut être vérifié

La branche infrapatellaire contribue à la sensibilité autour de l’avant du genou; les autres branches descendent sur la face médiale de la jambe. Une gêne superficielle au frottement des vêtements diffère d’un blocage articulaire ou d’une douleur en charge, mais ces tableaux peuvent coexister. Un examen électrophysiologique normal n’exclut pas toutes les atteintes de petites branches. Un bloc diagnostique aide parfois au raisonnement; sa diffusion et une réponse incomplète limitent sa spécificité. La conclusion appartient au bilan médical, pas à un seul test.

Diagnostic différentiel et indications d’examens

Le tableau suivant aide à organiser les hypothèses; il ne remplace pas un diagnostic médical ni un examen adapté au contexte.

PrésentationInterprétation prudenteConduite à tenir
Allodynie cutanée localiséeAtteinte sensitive possibleComparer territoire et cicatrice
Blocage ou gonflement articulaireDifférentiel mécanique ou inflammatoireExaminer le genou lui-même
Faiblesse du quadricepsCause plus proximale possibleBilan médical

Anatomie du nerf saphène

Le nerf saphène est la plus longue branche sensitive du nerf fémoral. Il accompagne les vaisseaux fémoraux dans l’adductor canal, aussi appelé canal de Hunter, puis devient plus superficiel au niveau du genou.

Il se divise notamment en une branche infrapatellaire et une branche qui descend le long de la face médiale de la jambe jusqu’à la cheville et au pied médial.

Cette anatomie explique pourquoi une atteinte peut produire une douleur soit autour de la partie interne du genou, soit plus bas dans la jambe.

Où le nerf peut-il être comprimé ?

Plusieurs sites sont décrits :

  • adductor canal ;
  • sortie du canal près du sartorius ;
  • branche infrapatellaire autour du genou ;
  • cicatrice chirurgicale ;
  • zone de prélèvement d’un greffon ;
  • fibrose après traumatisme.

La revue radiologique des neuropathies du membre inférieur publiée en 2023 montre notamment un exemple d’œdème de la branche infrapatellaire dans un tissu cicatriciel du genou.

Quels symptômes ?

Le patient peut décrire :

  • brûlure sur la face médiale du genou ;
  • douleur sous ou autour de la rotule médiale ;
  • décharges électriques ;
  • hypersensibilité au toucher ;
  • engourdissement sur la face médiale de la jambe ;
  • douleur aggravée par certaines positions ou par une pression sur la cicatrice ;
  • symptômes sans faiblesse musculaire objective.

La douleur peut être continue ou intermittente et peut être particulièrement gênante à genoux ou lorsqu’un vêtement touche la zone.

Après chirurgie du genou

La branche infrapatellaire est vulnérable lors de plusieurs interventions : arthroscopie, chirurgie du ligament croisé, arthroplastie, prélèvement de tendon ou incisions autour du genou.

Une douleur neuropathique postopératoire doit donc être distinguée d’un problème mécanique de l’articulation.

Dans une série de cas de neuropathie saphène compressive, plusieurs patients avaient développé leurs symptômes après chirurgie ou traumatisme et avaient parfois subi d’autres interventions avant que le nerf soit identifié comme source de douleur.

Différentiel : ménisque médial

Une lésion méniscale peut provoquer douleur de l’interligne, gonflement, accrochage ou douleur avec rotation chargée.

Elle ne produit habituellement pas de brûlure cutanée ou d’hypersensibilité suivant un trajet nerveux.

Différentiel : ligament collatéral médial

Une entorse du ligament collatéral médial provoque une sensibilité le long du ligament, souvent après un mécanisme en valgus.

La douleur est davantage mécanique que neuropathique.

Un ancien traumatisme peut toutefois créer une cicatrice qui irrite secondairement une branche nerveuse.

Différentiel : patte d’oie

La bursite ou tendinopathie de la patte d’oie produit une douleur quelques centimètres sous l’interligne médial, souvent augmentée par les escaliers ou la charge.

Elle peut coexister avec une neuropathie, mais une sensation de brûlure ou une allodynie cutanée fait davantage penser au nerf.

Différentiel : radiculopathie L3-L4

Une irritation lombaire peut donner une douleur médiale du genou ou de la jambe. L’examen doit donc inclure la force du quadriceps, les réflexes, la sensibilité et les mouvements lombaires.

La présence de faiblesse ou de diminution du réflexe rotulien oriente davantage vers une racine ou le nerf fémoral que vers le nerf saphène isolé.

Comment le diagnostic est-il posé ?

Il repose sur l’histoire, la distribution de la douleur et l’examen clinique.

La reproduction de la douleur par percussion ou pression sur le trajet nerveux peut soutenir l’hypothèse, mais n’est pas suffisante à elle seule.

L’échographie peut montrer un épaississement ou une irritation et localiser une cicatrice. L’IRM peut montrer un contexte de fibrose ou une autre cause.

Électrophysiologie

Les études de conduction du nerf saphène peuvent être utiles, mais leur interprétation n’est pas toujours simple. Un résultat normal n’exclut pas une petite neuropathie de branche infrapatellaire.

Le diagnostic clinique et l’imagerie ciblée prennent donc une place importante.

Bloc diagnostique

Une injection d’anesthésique local autour du nerf sous guidage échographique peut aider à confirmer que la douleur provient de cette structure.

Un soulagement net et temporaire renforce l’hypothèse.

Cette procédure relève d’un professionnel habilité.

Traitement conservateur

La prise en charge peut inclure :

  • éviter la compression directe ;
  • désensibilisation progressive ;
  • mobilité de la hanche et du genou ;
  • glissements neuraux prudents ;
  • gestion des cicatrices ;
  • reprise progressive des activités.

Le traitement dépend fortement de la cause : compression dynamique, cicatrice, chirurgie ou traumatisme.

Le rôle de l’ostéopathie

L’ostéopathe peut aider à identifier les mouvements qui augmentent la tension sur la région, travailler la mobilité de hanche et du genou et réduire certaines tensions tissulaires autour du canal des adducteurs.

Le traitement doit rester doux. Une forte pression sur un nerf hypersensible peut augmenter les symptômes.

Le praticien doit surtout reconnaître le caractère neuropathique de la douleur.

Travail de cicatrice

Après une chirurgie, une cicatrice peut être sensible sans que le nerf soit nécessairement emprisonné. Un travail progressif de désensibilisation peut être utile.

Lorsqu’une douleur électrique très précise suit la cicatrice, une échographie ou un avis spécialisé peut être pertinent afin de rechercher un neurome ou une fibrose périneurale.

Glissements du nerf

Les mobilisations neurales doivent être réalisées sans reproduire fortement la brûlure ou les décharges.

L’objectif est d’améliorer la tolérance au mouvement, non de « casser » une adhérence.

Le genou doit-il être renforcé ?

Oui lorsque la douleur a entraîné une diminution de capacité. Un programme peut inclure :

  • extension du genou progressive ;
  • squat ;
  • montée de marche ;
  • renforcement de hanche ;
  • marche et retour progressif au sport.

Le renforcement ne traite pas directement le nerf, mais aide à restaurer la fonction globale.

Quand une chirurgie est-elle envisagée ?

Une neurolyse ou une libération du nerf peut être discutée lorsqu’une compression claire persiste malgré une prise en charge conservatrice.

La petite série publiée sur la compression saphène rapportait une amélioration complète ou partielle chez plusieurs patients après libération chirurgicale.

Ces données restent limitées et ne justifient pas une chirurgie systématique.

Quand référer ?

Une évaluation spécialisée est pertinente si :

  • la douleur suit une chirurgie ;
  • l’allodynie est importante ;
  • un neurome est suspecté ;
  • la douleur persiste malgré une prise en charge adéquate ;
  • le diagnostic articulaire n’explique pas les symptômes ;
  • des déficits moteurs apparaissent, suggérant une atteinte plus proximale.

Le retest

Le suivi peut utiliser la marche, les escaliers, la tolérance à l’agenouillement et la cartographie de l’hypersensibilité.

La diminution de la zone douloureuse et l’augmentation de la tolérance au contact sont souvent plus pertinentes qu’une mesure de mobilité articulaire.

Ce que l’ostéopathie ne peut pas prétendre

Elle ne peut pas confirmer un neurome par palpation, libérer une branche cicatricielle profonde avec certitude ni remplacer un bloc diagnostique ou une échographie lorsque le tableau est complexe.

Elle peut cependant reconnaître la douleur neuropathique, réduire certains facteurs mécaniques et orienter vers les examens appropriés.

Pourquoi la douleur peut persister après une chirurgie techniquement réussie

Une articulation peut être mécaniquement stable et pourtant rester douloureuse si une petite branche sensitive a été irritée ou sectionnée. Le patient décrit alors parfois une zone très précise d’hypersensibilité, une brûlure ou des décharges qui ne correspondent pas au résultat radiographique de l’intervention.

Reconnaître cette possibilité évite de conclure trop vite que la prothèse, le ligament reconstruit ou le ménisque est nécessairement responsable. Une douleur neuropathique postopératoire demande une logique différente de celle d’une douleur articulaire.

Le rôle des vêtements, genouillères et positions prolongées

Comme le nerf devient superficiel près du genou, une genouillère serrée, un appui prolongé ou certaines positions peuvent amplifier les symptômes. Demander au patient ce qui se passe avec la compression directe peut fournir un indice simple.

Une réduction temporaire de cette pression, associée à une désensibilisation graduelle, peut parfois améliorer le confort avant même d’ajouter des interventions plus complexes.

Repères scientifiques et limites des interprétations

Le nerf saphène est une branche sensitive du nerf fémoral, avec un trajet exposé à plusieurs compressions. [1]

L’atteinte au canal des adducteurs fait partie des localisations possibles; elle ne résume pas toutes les douleurs médiales du genou. [2]

Une névralgie infrapatellaire peut suivre un traumatisme ou une intervention, mais les publications comprennent de petites séries et des observations. [3]

L’association d’un examen clinique et d’une échographie peut aider à sélectionner les patients pour une exploration spécialisée. [4]

Des sensations de brûlure seules ne prouvent pas une lésion du nerf saphène. [5]

L’imagerie doit répondre à une hypothèse clinique et peut rechercher un neurome ou une fibrose. [6]

L’arthrose reste une autre cause possible, avec un profil clinique à comparer à celui d’une douleur cutanée. [7]

Une faiblesse motrice vraie ne s’explique pas directement par ce nerf purement sensitif et impose un bilan plus large. [8]

La réadaptation générale des lésions nerveuses fournit des principes de protection, sans démontrer un protocole unique pour cette neuropathie rare. [9]

Le soulagement après un soin manuel ne valide pas une libération du canal des adducteurs. [10]

Drapeaux rouges et critères d’orientation

Un genou chaud et gonflé avec fièvre, une douleur importante après traumatisme ou une incapacité à prendre appui nécessitent un avis rapide. Un mollet gonflé et douloureux demande une évaluation vasculaire; s’il s’accompagne d’essoufflement ou douleur thoracique, appeler le 911. Une faiblesse nouvelle ne relève pas d’une neuropathie saphène isolée.

Réadaptation : suivre une capacité utile

La progression peut associer diminution des compressions externes, tolérance graduelle au toucher et renforcement adapté du membre inférieur. L’objectif est de marcher, monter un escalier et porter des vêtements plus confortablement. Une désensibilisation n’est pas une preuve de réparation nerveuse. Une aggravation persistante après exercice ou pression justifie d’adapter le plan.

Conclusion

La neuropathie du nerf saphène est une cause sous-reconnue de douleur médiale du genou et de la jambe, particulièrement après traumatisme ou chirurgie.

Son caractère purement sensitif explique l’absence habituelle de faiblesse. La brûlure, l’hypersensibilité cutanée et la distribution médiale peuvent aider à la distinguer d’un problème méniscal ou ligamentaire.

Pour l’ostéopathe, la clé est de ne pas traiter indéfiniment l’articulation lorsqu’un nerf est probablement impliqué. Identifier le bon tissu change complètement la stratégie.

Références

  1. Nerve entrapment syndromes of the lower limb: a pictorial review. 2023.
  2. Saphenous nerve entrapment at the adductor canal. 1989.
  3. Infrapatellar saphenous neuralgia: diagnosis and treatment. 2013.
  4. Diagnostics of infrapatellar saphenous neuralgia: a reversible cause of chronic anteromedial pain following knee surgery.
  5. Neuropathic pain: an updated grading system for research and clinical practice. 2016.
  6. Peripheral Nerve Imaging. Musculoskeletal Diseases 2026–2029. NCBI Bookshelf.
  7. NICE. Osteoarthritis, NG226: recommendations.
  8. Muscle Weakness in Adults: Evaluation and Differential Diagnosis. 2020.
  9. Assessment, management, and rehabilitation of traumatic peripheral nerve injuries for non-surgeons. 2024.
  10. Keter et al. The mechanisms of manual therapy. 2025.

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