Comprendre le lien entre l’ossicule, le long fibulaire et la douleur latérale du pied
Une douleur sur le bord plantaire externe du pied est souvent attribuée à une entorse, au cuboïde, aux tendons fibulaires ou au cinquième métatarsien. Une cause plus rare mérite pourtant d’être connue : le syndrome douloureux de l’os péronier, souvent désigné par son nom anglais painful os peroneum syndrome.

L’os péronier est un petit os sésamoïde situé à l’intérieur du tendon du long fibulaire, près du cuboïde. Il est présent chez une partie de la population et ne provoque le plus souvent aucun symptôme. Il devient cliniquement important lorsqu’il est fracturé, séparé, dégénératif ou associé à une lésion du tendon du long fibulaire.
Le diagnostic peut être manqué parce que cette zone est rarement examinée de façon spécifique. Pour l’ostéopathe, reconnaître ce syndrome permet d’éviter d’attribuer une douleur latérale persistante à un simple « cuboïde bloqué » alors qu’une fracture sésamoïde ou une lésion tendineuse peut être présente.
Qu’est-ce que l’os péronier ?
L’os péronier est généralement situé dans le tendon du long fibulaire lorsque celui-ci contourne la partie latérale du cuboïde avant de passer sous le pied vers la base du premier métatarsien.
Il peut être ossifié, cartilagineux, unique ou multipartite. Il est souvent bilatéral.
Sa présence est une variante anatomique normale et non une pathologie.
Le rôle du long fibulaire
Le long fibulaire participe à l’éversion et à la flexion plantaire du pied. Son tendon passe derrière la malléole latérale, descend le long du calcanéum puis change de direction autour du cuboïde.
Cette courbe impose des contraintes importantes au tendon, particulièrement pendant les activités sportives, la propulsion et les mouvements brusques d’inversion.
Qu’appelle-t-on syndrome douloureux de l’os péronier ?
Le terme regroupe plusieurs situations décrites dans la littérature [1] :
- fracture aiguë de l’os péronier ;
- séparation d’un os multipartite ;
- lésion partielle du tendon du long fibulaire ;
- rupture complète du tendon ;
- ténosynovite sténosante ;
- conflit autour d’un tubercule fibulaire hypertrophié ;
- changements dégénératifs ou nécrose rare de l’ossicule.
Le point commun est une douleur plantaire ou latérale près du cuboïde.
Comment survient une fracture ?
Une inversion ou supination forcée peut mettre brutalement en tension le long fibulaire. L’os péronier peut alors se fracturer ou les fragments d’un os multipartite peuvent se séparer.
Une lésion du tendon peut accompagner l’événement.
La douleur aiguë peut être confondue avec une entorse latérale ou une fracture du cinquième métatarsien.
Quels symptômes ?
Le patient peut présenter :
- douleur plantaire latérale du médio-pied ;
- douleur près du cuboïde ;
- douleur à la marche ou à la propulsion ;
- sensibilité le long du tendon du long fibulaire ;
- gonflement local ;
- douleur à l’éversion ou à la flexion plantaire résistée ;
- faiblesse ou difficulté sur la pointe du pied.
Dans les formes chroniques, la douleur peut être plus diffuse et liée à l’activité.
Différentiel : fracture du cinquième métatarsien
Une fracture de la base du cinquième métatarsien provoque une douleur plus distale et généralement très localisée sur l’os.
L’os péronier est situé plus proximalement, près de l’articulation calcanéo-cuboïdienne.
La radiographie permet souvent de faire la distinction.
Différentiel : tendinopathie des fibulaires
La tendinopathie du court ou du long fibulaire peut provoquer douleur derrière la malléole ou le long du bord externe du pied.
Le syndrome de l’os péronier constitue en réalité souvent une forme particulière d’atteinte du long fibulaire.
L’échographie et l’IRM permettent de voir si le tendon est fissuré, épaissi ou entouré de liquide.
Différentiel : syndrome du cuboïde
Le terme « syndrome du cuboïde » est utilisé pour décrire une douleur latérale du médio-pied supposée liée à la mécanique du cuboïde.
Avant une prise en charge locale, une évaluation médicale doit rechercher une fracture, une lésion tendineuse ou une atteinte de l’os péronier lorsqu’un traumatisme ou une douleur importante est présent.
Radiographie
La radiographie peut montrer l’os péronier et identifier une fracture ou une séparation inhabituelle des fragments.
Un os multipartite normal possède généralement des contours bien corticés et relativement arrondis. Une fracture aiguë peut présenter des bords plus irréguliers.
La comparaison avec le pied opposé peut parfois être utile.
Échographie
L’échographie est particulièrement utile parce qu’elle permet d’examiner le tendon du long fibulaire en mouvement.
Elle peut montrer :
- rupture partielle ;
- ténosynovite ;
- déplacement d’un fragment ;
- irrégularité autour de l’os péronier ;
- conflit dynamique.
Des travaux radiologiques classiques ont décrit l’association entre fracture de l’os péronier et lésions du tendon du long fibulaire [1][2].
IRM
L’IRM évalue simultanément l’ossicule, la moelle osseuse, le tendon et les tissus mous.
Elle est utile dans les douleurs chroniques ou lorsque la radiographie ne permet pas de distinguer un os multipartite normal d’une lésion récente.
Un essai pictural de 2021 rappelle que les os accessoires deviennent parfois symptomatiques par fracture, inflammation, nécrose ou atteinte des tissus voisins [3].
Traitement conservateur
Une lésion sans rupture importante peut être traitée initialement par :
- repos relatif ;
- réduction de la course et des sauts ;
- chaussure adaptée ;
- immobilisation temporaire dans certaines fractures ;
- progression de charge ;
- rééducation du mollet et des fibulaires.
La décision dépend de l’imagerie et de la stabilité du tendon.
Le rôle de l’ostéopathie
L’ostéopathe peut travailler sur la mobilité globale de la cheville et du pied, la tolérance à l’appui et la reprise progressive des mouvements.
Le traitement manuel local doit être suspendu lorsqu’une fracture ou une rupture tendineuse est possible.
Une douleur aiguë après inversion avec sensibilité focale mérite d’abord un diagnostic.
Renforcement des fibulaires
Après la phase douloureuse, le programme peut inclure :
- éversion avec élastique ;
- élévations de mollet ;
- équilibre unipodal ;
- marche sur différents terrains ;
- progression vers la course et les changements de direction.
Le long fibulaire doit retrouver une capacité suffisante pour contrôler le pied pendant la propulsion.
Le rôle de la première colonne du pied
Le long fibulaire se termine près de la base du premier métatarsien et du cunéiforme médial. Il participe donc à la stabilisation dynamique de l’avant-pied.
Une douleur du tendon peut modifier la propulsion et transférer la charge vers d’autres régions.
La rééducation doit donc dépasser la seule zone douloureuse.
Quand une chirurgie est-elle envisagée ?
Une chirurgie peut être nécessaire en cas de :
- rupture complète du long fibulaire ;
- fracture déplacée ;
- douleur persistante malgré traitement conservateur ;
- conflit mécanique important ;
- non-union symptomatique.
Les options dépendent de la lésion : excision de l’ossicule, réparation tendineuse, fixation ou reconstruction.
Pourquoi le diagnostic est parfois tardif ?
La condition est rare, l’os péronier n’est pas présent chez tout le monde et la douleur latérale du pied possède de nombreux diagnostics possibles.
De plus, une radiographie peut montrer l’ossicule sans que sa signification soit immédiatement reconnue.
Un diagnostic précis nécessite donc de corréler l’imagerie avec le trajet du tendon et les symptômes.
Quand référer ?
Une évaluation médicale est recommandée si :
- la douleur suit un traumatisme important ;
- l’appui est difficile ;
- le patient perd de la force en éversion ;
- la douleur reste focalisée près du cuboïde ;
- la radiographie montre un fragment déplacé ;
- les symptômes persistent plusieurs semaines malgré une bonne prise en charge.
Le retest
Les mesures fonctionnelles peuvent inclure marche, élévation de mollet, appui unipodal et résistance à l’éversion.
La reprise de course doit être progressive et évaluée non seulement pendant l’exercice, mais aussi le lendemain.
Ce que l’ostéopathie ne peut pas prétendre
Elle ne peut pas « replacer » un os péronier fracturé, réparer un tendon rompu ni différencier avec certitude un ossicule multipartite d’une fracture uniquement par palpation.
Elle peut contribuer au confort, à la mobilité et au retour fonctionnel une fois les lésions importantes exclues.
Fracture aiguë ou os multipartite normal ?
Cette distinction est l’un des principaux pièges radiologiques. Un os péronier multipartite peut naturellement présenter plusieurs fragments. Les contours bien corticés et réguliers favorisent une variante ancienne, alors qu’une séparation nouvelle, des bords irréguliers, un déplacement important ou un œdème adjacent orientent vers une lésion récente.
La comparaison avec le pied opposé et l’imagerie du tendon du long fibulaire peuvent être particulièrement utiles. Une interprétation erronée peut conduire soit à immobiliser inutilement une variante normale, soit à manquer une rupture tendineuse.
Pourquoi la douleur peut apparaître sans fracture
Le long fibulaire change fortement de direction autour du cuboïde. Une ténosynovite, un épaississement tendineux ou un conflit avec un tubercule fibulaire proéminent peut irriter l’os péronier sans fracture visible. La douleur chronique peut donc être mécanique et tendineuse plutôt que purement osseuse.
Dans ces cas, l’examen dynamique par échographie peut être particulièrement intéressant pour observer le tendon pendant les mouvements du pied.
Examen clinique : rechercher la fonction du tendon
Le professionnel de santé précise si la douleur suit une inversion, une augmentation de course ou un choc direct. Il examine le bord externe du pied, le trajet des fibulaires et la propulsion, sans multiplier les tests douloureux si une fracture est possible. La force apparente peut être diminuée par la douleur ; elle ne permet pas à elle seule de distinguer une rupture d’une inhibition. L’échographie, l’IRM et parfois le scanner répondent à des questions différentes. [4][5][6]
Drapeaux rouges et degré d’urgence
Une douleur aiguë avec impossibilité d’appui, déformation, plaie ou gonflement important après traumatisme doit être évaluée rapidement. Un pied froid ou pâle, une perte de sensibilité soudaine ou une douleur majeure inhabituelle imposent une aide urgente. Une zone rouge et chaude avec fièvre nécessite aussi un avis sans délai. En attendant, éviter de tester la résistance du pied en sautant ou en courant. Les fractures de l’os péronier sont parfois associées à une lésion du long fibulaire. [7][8]
Réadaptation : une progression adaptée à la lésion
Une irritation tendineuse stable et une fracture avec rupture ne suivent pas le même parcours. La protection et la reprise d’appui relèvent d’abord du plan médical lorsqu’une lésion structurelle est confirmée. Ensuite, la marche, le travail du mollet et l’éversion peuvent être réintroduits en fonction de la cicatrisation et des symptômes, avant les sauts ou les changements de direction.
Le suivi doit comparer une tâche reproductible, par exemple marcher une distance connue ou monter quelques marches. Une séance mieux tolérée constitue un progrès possible ; elle ne prouve pas qu’un ossicule est consolidé. La douleur ne se lit pas directement sur une radiographie. [9]
Un accompagnement ostéopathique peut viser un confort associé et faciliter un mouvement autorisé, mais il n’existe pas de preuve suffisante d’un effet spécifique sur ce syndrome. Le patient doit connaître cette limite, les solutions disponibles et les raisons d’une éventuelle orientation spécialisée. Le choix du traitement dépend de la fonction du tendon et des objectifs, plutôt que de la seule présence de l’os. [10]
Repères pratiques : tableau comparatif
| Situation | Repères à rechercher | Conduite ou évaluation |
|---|---|---|
| Os péronier symptomatique | Douleur plantaire latérale près du cuboïde | Bilan de l’ossicule et du long fibulaire |
| Fracture du cinquième métatarsien | Sensibilité osseuse plus distale | Évaluation médicale après traumatisme |
| Tendinopathie des fibulaires | Douleur tendineuse ou rétromalléolaire | Examen et imagerie selon le contexte |
| Variante multipartite | Fragments anciens bien corticés | Ne pas conclure à une fracture sur l’image seule |
Conclusion
Le syndrome douloureux de l’os péronier est une cause rare mais importante de douleur plantaire latérale du pied. Il représente en réalité un spectre de lésions associant l’ossicule et le tendon du long fibulaire.
La radiographie, l’échographie et l’IRM peuvent être nécessaires pour distinguer variante anatomique, fracture et lésion tendineuse.
Pour l’ostéopathe, l’essentiel est d’éviter de réduire cette douleur à un « cuboïde bloqué ». Une douleur persistante ou traumatique sur le bord externe du pied mérite une évaluation structurelle avant toute intervention agressive.
Références
- Sobel M et coll. Painful os peroneum syndrome: a spectrum of conditions responsible for plantar lateral foot pain. 1994.
- Brigido MK et coll. Radiography and US of os peroneum fractures and associated peroneal tendon injuries: initial experience. 2005.
- Kim HG et coll. Clinical Features and Radiological Differential Diagnoses of Symptomatic Sesamoid Bones and Accessory Ossicles: A Pictorial Essay. 2021.
- Os peroneum imaging: normal appearance and pathological findings. Insights Imaging. 2017.
- Peroneus longus tear and its relation to the peroneal tubercle: A review of the literature. 2013.
- Normal variants and diseases of the peroneal tendons and superior peroneal retinaculum: MR imaging features. 2005.
- Fracture of an os peroneum. 2020.
- Os Peroneum. StatPearls.
- Raja SN et coll. The revised IASP definition of pain: concepts, challenges, and compromises. Pain. 2020.
- NICE. Shared decision making. NG197. 2021.



















