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Otalgie : pourquoi une douleur d’oreille ne vient pas toujours de l’oreille

Reconnaître les origines de la douleur et orienter sans retarder les soins

L’otalgie désigne une douleur ressentie dans une oreille. Elle peut provenir directement de l’oreille — on parle alors d’otalgie primaire — ou être référée à partir d’une autre région comme l’articulation temporo-mandibulaire, les dents, la gorge ou la colonne cervicale.

Une douleur d’oreille peut être locale ou référée. Une baisse auditive soudaine nécessite une évaluation médicale rapide.

Cette distinction est particulièrement importante chez l’adulte. Une douleur d’oreille accompagnée d’une otoscopie normale oriente souvent vers une cause située ailleurs. Une revue clinique canadienne publiée en 2023 estime que près de la moitié des otalgies peuvent être secondaires à une origine non otologique.

Une douleur persistante ne doit donc pas être automatiquement attribuée à une otite. À l’inverse, certaines infections de l’oreille peuvent devenir sérieuses et nécessitent une évaluation rapide.

Otalgie primaire ou douleur référée?

Une otalgie primaire vient de l’oreille externe, moyenne ou des structures immédiatement voisines. Elle est souvent accompagnée d’autres signes : écoulement, sensation d’oreille bouchée, diminution de l’audition, rougeur du conduit ou anomalies du tympan.

Une otalgie secondaire correspond à une douleur ressentie dans l’oreille alors que la source se trouve ailleurs. L’oreille partage son innervation avec plusieurs nerfs qui desservent aussi la mâchoire, les dents, le pharynx, le larynx et le cou. Le cerveau peut donc localiser imparfaitement l’origine du signal douloureux.

Les causes provenant directement de l’oreille

Otite externe

L’otite externe, souvent appelée « oreille du nageur », est une inflammation ou infection du conduit auditif externe. La douleur augmente typiquement lorsqu’on tire doucement sur le pavillon ou lorsqu’on appuie sur le tragus, la petite saillie située devant l’entrée du conduit.

Des démangeaisons, une sensation d’oreille pleine, un écoulement ou une diminution de l’audition peuvent être présents. La baignade, l’humidité, l’utilisation répétée de cotons-tiges, les écouteurs ou les traumatismes du conduit peuvent augmenter le risque.

Le traitement dépend de l’examen médical du conduit et du tympan. Le choix ne doit pas être improvisé à domicile.

Otite moyenne

L’otite moyenne aiguë touche l’oreille moyenne, derrière le tympan. Elle est plus fréquente chez l’enfant, mais peut aussi survenir chez l’adulte. Elle peut provoquer douleur, fièvre, sensation de pression et diminution temporaire de l’audition.

Le diagnostic repose sur l’examen du tympan. Une membrane bombée ou un liquide dans l’oreille moyenne oriente davantage vers ce diagnostic qu’une simple douleur sans anomalie visible.

Dysfonction de la trompe d’Eustache

La trompe d’Eustache relie l’oreille moyenne au rhinopharynx et aide à équilibrer la pression. Un rhume, des allergies, une inflammation nasale ou un changement d’altitude peuvent perturber cette fonction.

La personne peut ressentir une pression, des craquements, une oreille bouchée ou une douleur, notamment en avion ou en plongée.

Barotraumatisme

Lorsqu’un changement de pression est trop rapide, par exemple pendant la descente d’un avion ou une plongée, la pression dans l’oreille moyenne peut ne pas s’équilibrer correctement. La douleur peut être brutale et parfois s’accompagner d’une diminution de l’audition ou d’un saignement derrière le tympan.

Douleur référée : quand l’oreille est normale

Chez un adulte dont le conduit auditif et le tympan semblent normaux, il faut envisager une cause secondaire.

Les causes les plus fréquentes comprennent les troubles temporo-mandibulaires, les maladies dentaires et certaines douleurs cervicales. Des pathologies de la gorge, du pharynx ou du larynx peuvent également produire une douleur ressentie dans l’oreille.

Articulation temporo-mandibulaire

L’articulation temporo-mandibulaire se trouve juste devant l’oreille. Les troubles temporo-mandibulaires peuvent provoquer :

  • douleur devant l’oreille;
  • douleur à la mastication;
  • claquements ou crépitements de la mâchoire;
  • raideur au réveil;
  • difficulté à ouvrir largement la bouche;
  • douleur qui irradie vers la tempe ou l’oreille.

Le bruxisme, le serrement des dents et certaines surcharges de la mâchoire peuvent contribuer au tableau. La présence d’un bruit articulaire seul n’indique cependant pas nécessairement une pathologie.

Origine dentaire

Les pathologies dentaires sont une cause fréquente d’otalgie référée. Une carie profonde, une pulpite, un abcès ou une inflammation autour d’une dent de sagesse peuvent envoyer une douleur vers l’oreille.

Une douleur déclenchée par le chaud, le froid, la mastication ou la pression sur une dent oriente davantage vers une origine dentaire. Un examen dentaire est alors plus pertinent qu’un traitement local de l’oreille.

Origine cervicale

Les structures cervicales supérieures peuvent parfois référer une douleur vers l’oreille. Le tableau est souvent associé à une raideur du cou, une douleur déclenchée par certains mouvements de tête ou une sensibilité des muscles et articulations cervicales.

Cette origine ne doit être retenue qu’après avoir considéré les causes otologiques, dentaires et ORL plus importantes.

Gorge, amygdales et larynx

Une infection de la gorge, une inflammation des amygdales ou certaines lésions du pharynx peuvent être ressenties comme une douleur d’oreille. Une douleur augmentée lors de la déglutition oriente vers cette possibilité.

Chez l’adulte, une otalgie persistante associée à une difficulté à avaler, une voix modifiée ou une masse dans le cou nécessite une évaluation ORL afin d’exclure une pathologie plus sérieuse.

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Ils sont beaucoup moins fréquents que les causes dentaires ou temporo-mandibulaires, mais représentent la cause importante à ne pas manquer dans une otalgie référée persistante.

Le risque augmente notamment lorsqu’une douleur unilatérale persiste sans anomalie évidente dans l’oreille et s’accompagne de :

  • difficulté ou douleur à la déglutition;
  • voix enrouée persistante;
  • masse dans le cou;
  • perte de poids inexpliquée;
  • saignement buccal;
  • antécédents importants de tabagisme ou de consommation d’alcool.

Dans ce contexte, l’évaluation de la bouche, du pharynx et du larynx est essentielle.

Comment examiner une otalgie?

L’otoscopie est la première étape. Le conduit auditif, le tympan et l’oreille moyenne doivent être inspectés.

L’examen ne devrait toutefois pas s’arrêter à l’oreille. Une bonne évaluation peut aussi comprendre :

  • palpation de la région mastoïdienne;
  • examen de la bouche et des dents;
  • observation de l’oropharynx;
  • palpation du cou et des ganglions;
  • évaluation de l’articulation temporo-mandibulaire;
  • mouvements cervicaux;
  • examen neurologique ciblé lorsque nécessaire.

Signes d’alerte : quand consulter rapidement ?

Certains symptômes ne doivent pas être traités comme une simple douleur musculosquelettique :

  • fièvre importante avec douleur d’oreille;
  • rougeur ou gonflement derrière l’oreille;
  • oreille qui semble repoussée vers l’avant;
  • écoulement important ou sang;
  • perte auditive soudaine;
  • vertige important accompagné de signes neurologiques;
  • paralysie faciale;
  • douleur sévère chez une personne diabétique ou immunodéprimée;
  • gonflement majeur du conduit auditif;
  • otalgie chronique unilatérale sans cause évidente;
  • masse cervicale ou difficultés à avaler.

Diabète et otite externe sévère

Chez une personne diabétique ou immunodéprimée, une douleur intense de l’oreille externe peut rarement correspondre à une otite externe nécrosante, parfois appelée historiquement « maligne ». Il s’agit d’une infection sévère qui peut s’étendre aux tissus et à l’os autour du conduit.

Une douleur disproportionnée, persistante et souvent nocturne nécessite dans ce contexte une évaluation médicale rapide.

Que faire à la maison?

Il faut éviter d’introduire des objets dans l’oreille, y compris les cotons-tiges.

Il est également préférable de ne pas utiliser au hasard des gouttes, des huiles ou d’autres produits lorsqu’on ne sait pas si le tympan est intact.

Une douleur légère qui suit un rhume peut parfois se résoudre spontanément, mais une douleur importante, un écoulement ou une baisse d’audition mérite un examen.

Quelle place pour l’ostéopathie?

L’ostéopathie ne traite pas une otite moyenne, une otite externe bactérienne, un cholestéatome ou une autre maladie de l’oreille nécessitant un traitement médical.

En revanche, lorsqu’une évaluation a écarté une cause otologique importante et que l’otalgie semble liée à un trouble temporo-mandibulaire ou à une douleur cervicale, un traitement manuel peut être envisagé comme complément.

Une revue systématique publiée en 2024 sur les symptômes otologiques associés aux troubles temporo-mandibulaires suggère que des exercices de la mâchoire et du cou, parfois associés à une thérapie manuelle, peuvent améliorer certains symptômes comme l’otalgie ou la sensation d’oreille pleine. La certitude globale des preuves reste toutefois très faible.

Il est donc raisonnable de présenter le traitement manuel comme une option visant la mâchoire ou le cou lorsqu’ils sont réellement impliqués, et non comme un moyen de « drainer l’oreille » ou de corriger directement une trompe d’Eustache.

Approche de la mâchoire

Lorsque l’ATM est en cause, la prise en charge peut comprendre :

  • réduction temporaire des aliments très durs;
  • éviter le serrement volontaire des dents;
  • mouvements doux de la mâchoire;
  • exercices gradués;
  • thérapie manuelle ciblée;
  • évaluation dentaire lorsque nécessaire.

Les traitements doivent être guidés par les symptômes plutôt que par la recherche d’un « réalignement » parfait de la mâchoire.

Approche cervicale

Si la douleur est clairement associée à une limitation cervicale, l’exercice et certaines techniques manuelles peuvent améliorer la douleur du cou. Une revue de 2024 conclut que, pour plusieurs troubles cervicaux, la combinaison de thérapie manuelle et d’exercice est généralement mieux soutenue que l’une ou l’autre utilisée isolément.

L’amélioration d’une otalgie attribuée au cou doit néanmoins rester un objectif secondaire après exclusion des causes ORL plus importantes.

À retenir

L’otalgie n’est pas synonyme d’otite. Une douleur provenant réellement de l’oreille s’accompagne souvent d’anomalies visibles à l’examen, alors qu’une oreille normale chez l’adulte doit faire rechercher une origine dentaire, temporo-mandibulaire, cervicale ou pharyngée.

La douleur persistante, unilatérale ou associée à des signes ORL inhabituels mérite une évaluation médicale. L’ostéopathie peut avoir une place limitée lorsque la douleur est référée par la mâchoire ou le cou, mais elle ne remplace jamais le diagnostic et le traitement des maladies de l’oreille.

Anatomie : pourquoi plusieurs régions peuvent projeter la douleur

L’oreille externe, le tympan et l’oreille moyenne sont des structures distinctes. Les voies sensitives de l’oreille impliquent notamment des branches des nerfs trijumeau, facial, glossopharyngien, vague et des nerfs cervicaux supérieurs. Ce partage explique qu’une douleur dentaire ou pharyngée soit parfois ressentie à distance. Il ne suffit pas à désigner une origine cervicale chez une personne qui a aussi une nuque sensible. Le diagnostic différentiel doit rester ouvert jusqu’à l’examen approprié. [1]

L’évaluation otoscopique et le diagnostic médical relèvent d’un professionnel formé et habilité. L’ostéopathe ne confirme pas une otite ou une surdité neurosensorielle par la palpation. Une baisse auditive apparue brutalement mérite une évaluation médicale immédiate, avec prise en charge spécialisée rapide selon la cause. Il ne faut pas attendre un traitement de la mâchoire pour vérifier l’audition. [2] [3]

Imagerie et examens complémentaires : une indication ciblée

Une otalgie simple ne nécessite pas automatiquement un scanner. Une anomalie de l’examen, un traumatisme, une complication infectieuse suspectée ou une douleur persistante inexpliquée modifient la décision. Une audiométrie peut préciser une baisse auditive. Une évaluation ORL avec exploration du pharynx ou du larynx peut être nécessaire lorsque l’oreille paraît normale mais que les signes associés inquiètent. Le spécialiste choisit l’imagerie en fonction de l’hypothèse médicale. [1] [2] [3] [10]

Réadaptation et suivi fonctionnel après le bilan ORL

Pour une douleur référée par un trouble temporomandibulaire confirmé, on suit la mastication, l’ouverture confortable et la fréquence des symptômes. Une alimentation temporairement plus facile à mâcher ne doit pas devenir une restriction prolongée sans raison. Les exercices restent gradués et non forcés. Le travail des tissus mous peut viser le confort, sans pression dans le conduit auditif ni promesse de drainage. Si l’otalgie persiste malgré l’amélioration de la mâchoire, il faut reprendre l’évaluation médicale plutôt que prolonger automatiquement les séances. [4] [5] [6] [7] [8] [9]

Présentation Orientation Priorité
Baisse auditive soudaine Évaluation médicale et ORL rapide Ne pas attendre une séance manuelle
Douleur avec mastication et oreille examinée normale Bilan dentaire ou orofacial Soins conservateurs adaptés
Douleur unilatérale persistante, masse ou trouble de déglutition Évaluation médicale et ORL Rechercher une cause importante

Références

  1. Ramazani F et coll. Referred otalgia: assessment and management. Can Fam Physician. 2023;69:762–766.
  2. AAO-HNS. Clinical Practice Guideline: Acute Otitis Externa, mise à jour 2014.
  3. NICE. Hearing loss in adults: assessment and management. NG98.
  4. National Institute of Dental and Craniofacial Research. Temporomandibular Disorders.
  5. Schiffman E et coll. Diagnostic Criteria for Temporomandibular Disorders (DC/TMD). 2014;28:6–27.
  6. Busse JW et coll. Management of chronic pain associated with temporomandibular disorders: clinical practice guideline. BMJ. 2023;383:e076227.
  7. Ferrillo M et coll. Rehabilitative therapies on otologic symptoms in temporomandibular disorders: systematic review. J Oral Rehabil. 2024;51:1621–1631.
  8. Effectiveness of manual therapy and exercise on otological symptoms in temporomandibular disorders. Systematic review. 2024.
  9. Blanpied PR et coll. Neck Pain: Revision 2017. JOSPT. 2017;47:A1–A83.
  10. NICE. Suspected cancer: recognition and referral. NG12.

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