Après la pandémie, les douleurs musculosquelettiques ont souvent reflété un mélange d’inactivité, de conditions de télétravail, de stress de charge et, chez certains, de séquelles post-COVID
La pandémie de COVID-19 a modifié brutalement le travail, l’activité physique, les déplacements, le sommeil et les habitudes quotidiennes. Beaucoup de personnes ont passé davantage de temps assises, ont improvisé un poste de travail à domicile et ont réduit leurs activités habituelles. Chez certaines, ces changements se sont accompagnés de douleurs au cou, au dos, aux épaules ou aux membres supérieurs.
Il serait toutefois trop simple de dire que « le télétravail abîme le dos » ou que toute douleur apparue depuis 2020 est une conséquence directe du virus. Les données montrent plutôt une interaction entre conditions de travail, durée d’exposition, activité physique, facteurs psychosociaux, antécédents de douleur et, chez certaines personnes, symptômes persistants après l’infection.
Le télétravail est-il mauvais pour le système musculosquelettique ?
Pas en soi. Le télétravail peut être confortable, flexible et compatible avec une bonne santé. Une revue systématique de 2023 a toutefois montré que les études réalisées pendant la pandémie rapportaient fréquemment des douleurs musculosquelettiques chez les télétravailleurs, avec des associations possibles avec des postes improvisés, de longues périodes assises et certains facteurs organisationnels.
Une revue systématique publiée en 2025 comparant travailleurs de bureau et télétravailleurs souligne que l’équipement inadéquat, les longues périodes devant un ordinateur, les demandes psychosociales et l’organisation du travail peuvent contribuer aux symptômes. Cela ne signifie pas qu’un type de chaise ou qu’une posture explique tout.
Pourquoi rester longtemps dans la même position peut-il devenir inconfortable ?
Une position assise n’est pas dangereuse simplement parce qu’elle est « mauvaise ». Le problème vient surtout du temps passé dans une position peu variée et de la réduction du mouvement global. Même une posture jugée idéale peut devenir inconfortable lorsqu’elle est maintenue pendant plusieurs heures.
Changer de position, se lever, marcher quelques minutes et alterner les tâches sont généralement plus réalistes que chercher à conserver un angle parfait du cou, du bassin ou des épaules.
Existe-t-il une posture de travail parfaite ?
Non. L’ergonomie vise surtout à rendre le travail tolérable, adaptable et suffisamment varié. La hauteur de l’écran, la position du clavier et le soutien du siège peuvent réduire certaines contraintes, mais aucun réglage n’annule les effets d’une exposition très longue.
Une bonne installation est celle qui permet de travailler confortablement, de varier les positions et de ne pas exiger en permanence un effort musculaire inutile.
Pourquoi l’activité physique a-t-elle diminué pendant la pandémie ?
Les fermetures, le télétravail, l’isolement et les changements de routine ont réduit les déplacements et les activités de nombreuses personnes. Une diminution de marche, de sport ou de tâches quotidiennes peut entraîner une perte progressive d’endurance et de force.
Le déconditionnement ne se ressent pas toujours immédiatement. Il apparaît parfois lors de la reprise : un trajet, une journée de travail ou une séance d’exercice auparavant habituels deviennent plus exigeants.
Le déconditionnement peut-il augmenter la douleur ?
Il peut réduire la tolérance à la charge. Un tissu ou un système qui n’a pas été sollicité pendant plusieurs mois peut réagir davantage à une reprise rapide. Cela ne signifie pas qu’il est fragile ou lésé, mais qu’il a besoin d’une progression.
Reprendre exactement le niveau d’activité pré-pandémique après une longue période d’inactivité peut créer un écart entre la charge imposée et la capacité actuelle.
Quels symptômes musculosquelettiques ont été fréquemment rapportés ?
Les études ont décrit des douleurs cervicales, lombaires, d’épaule, de poignet et de membre supérieur. Ces symptômes sont également fréquents dans la population générale, ce qui rend difficile d’attribuer une cause unique au télétravail.
La qualité du poste, le nombre d’heures, les pauses, l’activité physique, le sommeil et les antécédents de douleur doivent être considérés ensemble.
Et après une infection par le SARS-CoV-2 ?
Pendant l’infection aiguë, les myalgies et douleurs articulaires sont fréquentes. Chez certaines personnes, fatigue, douleur, essoufflement, troubles cognitifs ou intolérance à l’effort persistent après la phase aiguë et s’inscrivent dans une affection post-COVID.
Ces symptômes ne doivent pas être automatiquement assimilés à un simple déconditionnement. Une personne peut avoir été inactive et présenter en plus des mécanismes post-infectieux spécifiques.
Qu’est-ce que le malaise post-effort ?
Le malaise post-effort, ou exacerbation post-effort des symptômes, correspond à une aggravation disproportionnée après une activité physique ou cognitive. Elle peut apparaître avec un délai et durer plusieurs heures ou jours.
Une méta-analyse publiée en 2025 confirme que ce phénomène représente un problème important chez une partie des personnes atteintes d’affection post-COVID. Cette distinction est essentielle, car un programme d’exercice progressif standard peut être mal toléré chez certaines d’entre elles.
Faut-il donc éviter tout exercice après un COVID long ?
Non, mais l’exercice doit être individualisé. Une proposition de bonnes pratiques publiée en 2024 distingue les personnes sans malaise post-effort de celles qui en présentent une forme légère, modérée ou sévère.
Chez une personne sans exacerbation post-effort, une progression structurée peut être appropriée. Chez une personne qui présente un malaise post-effort marqué, l’objectif peut être davantage de gérer l’énergie et d’éviter les dépassements répétés que de forcer une augmentation linéaire de l’exercice.
Comment reconnaître une reprise trop rapide ?
Une fatigue importante qui persiste, une augmentation de douleur, un essoufflement inhabituel, des palpitations ou une aggravation retardée le lendemain indiquent que la charge mérite d’être réévaluée.
La progression doit se baser sur la réponse réelle et non sur l’idée qu’il faut absolument augmenter chaque semaine.
Pourquoi le sommeil compte-t-il autant ?
Le sommeil influence la récupération, la sensibilité à la douleur, la fatigue et la capacité d’attention. La pandémie a perturbé les horaires de nombreuses personnes, ce qui peut avoir contribué à l’irritabilité musculosquelettique.
Une douleur persistante ne se résout pas nécessairement avec un meilleur sommeil, mais un sommeil très perturbé peut rendre la récupération plus difficile.
Le stress du travail à domicile peut-il influencer la douleur ?
Oui, sans signifier que la douleur est psychologique. Les exigences professionnelles, les conflits entre travail et vie familiale, l’isolement et l’incertitude peuvent modifier le sommeil, l’activité et la sensibilité.
Une revue de 2025 sur les travailleurs de bureau et télétravailleurs souligne l’importance des facteurs organisationnels et psychosociaux en plus des facteurs ergonomiques.
Quels changements simples sont les plus raisonnables au travail ?
On peut tester :
- changer régulièrement de position ;
- fractionner les longues périodes d’écran ;
- placer les objets fréquemment utilisés à portée confortable ;
- alterner clavier, téléphone, lecture et réunions ;
- marcher quelques minutes plusieurs fois par jour ;
- reprendre progressivement une activité physique régulière.
L’objectif n’est pas une posture parfaite, mais une exposition plus variée.
Que faire pour une douleur cervicale ou lombaire apparue en télétravail ?
En l’absence de signes d’alerte, maintenir un niveau d’activité tolérable, varier les positions et reprendre progressivement la force et l’endurance est généralement raisonnable. Des exercices simples du cou, des épaules, des jambes et du tronc peuvent être adaptés à la personne.
Un traitement passif seul ne corrige pas plusieurs heures d’immobilité quotidienne.
Quand faut-il penser à autre chose qu’un problème musculosquelettique ?
Un essoufflement important, une douleur thoracique, des syncopes, une faiblesse neurologique, des palpitations persistantes, une fièvre ou une dégradation générale nécessitent une évaluation médicale. Après une infection, ces symptômes ne doivent pas être attribués au dos ou à une « tension » musculaire.
Quelle place pour l’ostéopathie ?
L’ostéopathie peut contribuer à la prise en charge de douleurs musculosquelettiques associées au télétravail ou à une reprise d’activité. Les techniques manuelles peuvent parfois diminuer temporairement la douleur et faciliter le mouvement.
Elle ne traite pas l’infection, les séquelles cardiorespiratoires ou neurologiques du COVID long et ne doit pas pousser une personne présentant un malaise post-effort à dépasser systématiquement ses limites.
Pourquoi le traitement manuel doit-il rester secondaire dans le COVID long ?
Le profil de symptômes peut inclure fatigue sévère, dysautonomie, essoufflement, troubles cognitifs et intolérance à l’effort. Une douleur musculaire n’est alors qu’une partie du tableau.
La prise en charge doit être coordonnée avec les professionnels appropriés. Le rôle manuel peut être symptomatique et prudent, non curatif.
Comment mesurer une amélioration réelle ?
Une amélioration peut se traduire par une meilleure tolérance au travail, davantage de marche, moins de douleur en fin de journée, un sommeil amélioré ou une reprise d’activité sans exacerbation retardée.
Ces critères fonctionnels sont plus utiles que la seule sensation de « tension » lors de la palpation.
Pourquoi les douleurs peuvent-elles persister même quand l’activité reprend ?
La reprise du mouvement ne fait pas toujours disparaître immédiatement les symptômes. Une personne peut avoir retrouvé une routine plus active tout en conservant une sensibilité cervicale, lombaire ou des épaules. La durée de la douleur, les habitudes de travail, le sommeil, la fatigue et les attentes influencent la vitesse de récupération.
Une amélioration peut donc se manifester d’abord par une meilleure tolérance aux tâches avant une disparition complète de la douleur. Pouvoir travailler plus longtemps, marcher davantage ou récupérer plus vite après une journée exigeante sont des marqueurs utiles.
Pourquoi les pauses actives sont-elles différentes du simple repos ?
Une pause active consiste à changer de position, marcher, bouger les épaules ou effectuer quelques mouvements simples. L’objectif n’est pas de « corriger » la posture, mais de modifier l’exposition mécanique et visuelle liée au travail prolongé.
Ces pauses peuvent également réduire la fatigue mentale et favoriser une meilleure perception du corps sans imposer un programme d’exercice formel pendant la journée.
Comment reprendre le renforcement après une longue période d’inactivité ?
Une reprise raisonnable commence souvent avec des charges faciles à modérées, un nombre limité de séries et une progression lente. Il n’est pas nécessaire d’attendre une absence totale de douleur si les symptômes restent faibles, prévisibles et récupèrent rapidement.
Chez une personne ayant des symptômes post-COVID complexes, cette logique doit toutefois être adaptée à la tolérance systémique et à la présence éventuelle de malaise post-effort.
Pourquoi faut-il distinguer douleur musculosquelettique et fatigue systémique ?
Une douleur mécanique du cou ou du dos peut s’améliorer avec le mouvement, alors qu’une fatigue systémique post-COVID peut s’aggraver après un effort pourtant léger. Les deux phénomènes peuvent coexister chez la même personne.
Cette distinction évite d’interpréter toute limitation comme une faiblesse musculaire à corriger par davantage d’exercice.
Ce qu’il faut retenir
Les douleurs musculosquelettiques observées pendant et après la pandémie ne s’expliquent pas par une seule cause. Télétravail, diminution d’activité, conditions ergonomiques, sommeil, stress, reprise de charge et symptômes post-COVID peuvent tous contribuer.
La stratégie la plus cohérente est individualisée : varier les positions, reconstruire progressivement la capacité, surveiller les signes systémiques et reconnaître le malaise post-effort lorsqu’il est présent. L’ostéopathie peut accompagner les symptômes musculosquelettiques, mais elle ne remplace pas l’évaluation médicale d’une affection post-COVID complexe.
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