Une neuropathie ulnaire chez un patient jeune peut parfois être liée à un muscle accessoire du coude
Un syndrome du tunnel cubital chez une personne jeune, sportive, avec douleur médiale du coude et progression relativement rapide peut parfois être lié à une variante anatomique : le muscle anconé épitrochléaire. Ce petit muscle accessoire relie l’épicondyle médial de l’humérus à l’olécrâne et peut former le toit du tunnel cubital au-dessus du nerf ulnaire.
Cette variante est relativement fréquente sur le plan anatomique, mais elle ne provoque des symptômes que chez une minorité de personnes. Une étude publiée en 2025 a examiné son association avec la compression ulnaire et rappelle que la simple présence du muscle ne suffit pas à prouver qu’il est pathologique. Selon les individus, sa présence pourrait même modifier différemment la mécanique du tunnel cubital.
Pour l’ostéopathe, ce diagnostic est intéressant lorsqu’une neuropathie ulnaire ne correspond pas au profil habituel ou survient chez une personne jeune sans facteurs classiques. L’échographie et l’IRM peuvent identifier le muscle accessoire, tandis que les études électrodiagnostiques aident à localiser et quantifier l’atteinte nerveuse.
Qu’est-ce que l’anconé épitrochléaire ?
L’anconé épitrochléaire est un muscle accessoire qui passe au-dessus du nerf ulnaire à la face médiale du coude. Il est considéré comme une variante anatomique.
Les études rapportent une prévalence variable, parfois jusqu’à environ un tiers des individus selon les séries anatomiques [2].
Chez la plupart des personnes, il ne provoque aucun symptôme.
Pourquoi peut-il comprimer le nerf ulnaire ?
Lorsqu’il est hypertrophié, contracté ou œdémateux, le muscle peut réduire l’espace disponible dans le tunnel cubital.
Les mouvements répétés de flexion du coude ou les activités sollicitant fortement le muscle peuvent augmenter la compression.
Mais certaines études suggèrent aussi que sa présence pourrait parfois protéger le nerf en remplaçant un ligament plus rigide. La relation n’est donc pas simple.
Quels symptômes ?
Le tableau ressemble à une neuropathie ulnaire au coude :
- engourdissement du petit doigt ;
- paresthésies de l’annulaire ulnaire ;
- douleur médiale du coude ;
- symptômes avec flexion prolongée ;
- fatigue de la main ;
- faiblesse intrinsèque dans les cas plus avancés ;
- parfois masse ou plénitude médiale du coude.
Les patients avec anconé épitrochléaire symptomatique sont parfois plus jeunes et présentent une évolution plus rapide que dans une neuropathie ulnaire idiopathique [3].
Différentiel : tunnel cubital classique
La compression ulnaire classique peut venir d’épaississement ligamentaire, d’instabilité du nerf, de valgus du coude, d’arthrose ou de facteurs répétitifs.
La présence d’un muscle accessoire n’est qu’une cause possible parmi d’autres.
Différentiel : épicondylalgie médiale
Une douleur tendineuse des fléchisseurs-pronateurs peut être localisée près de l’épicondyle sans paresthésie du petit doigt.
La présence de symptômes sensitifs ou de faiblesse intrinsèque oriente davantage vers le nerf ulnaire.
Différentiel : radiculopathie C8-T1
Une radiculopathie peut produire des symptômes dans le territoire ulnaire, mais elle touche souvent plusieurs muscles en dehors du nerf ulnaire.
L’examen cervical et électrodiagnostique aide à localiser la lésion.
Différentiel : canal de Guyon
Une compression au poignet donne des symptômes ulnaires mais épargne généralement la sensation sur le dos de la main, puisque la branche cutanée dorsale naît avant le canal.
La localisation sensitive aide donc à distinguer coude et poignet.
Comment confirmer le diagnostic ?
L’examen clinique comprend :
- sensibilité du petit doigt ;
- force des interosseux ;
- adduction du pouce ;
- percussion du tunnel cubital ;
- test en flexion du coude ;
- recherche d’instabilité du nerf.
L’électrodiagnostic peut montrer un ralentissement ou un bloc de conduction au coude.
Échographie
L’échographie est particulièrement utile car elle peut montrer le muscle accessoire, le calibre du nerf, son déplacement et sa relation avec le tunnel cubital.
Les recommandations d’experts pour les neuropathies ulnaires encouragent l’association de l’électrodiagnostic et de l’échographie afin d’améliorer la localisation [4].
IRM
L’IRM peut montrer l’anconé épitrochléaire, son volume et parfois un œdème. Dans les cas symptomatiques, un muscle hypertrophié ou œdémateux peut renforcer l’hypothèse causale [3].
Mais voir un muscle accessoire à l’IRM ne prouve pas qu’il est responsable des symptômes.
Que dit la littérature récente ?
Une étude publiée en 2025 a examiné si la présence de l’anconé épitrochléaire prédit réellement la compression ulnaire. Elle souligne que la relation n’est pas absolue et que le muscle peut être observé sans neuropathie [1].
Une revue narrative des causes anatomiques inhabituelles de compression ulnaire a néanmoins identifié l’anconé épitrochléaire parmi les structures bien documentées pouvant causer une neuropathie [5].
Traitement conservateur
Une prise en charge initiale peut comprendre :
- éviter la flexion prolongée du coude ;
- protéger le nerf pendant le sommeil ;
- modifier les activités répétitives ;
- réduire temporairement les charges ;
- mobilité neurale douce ;
- rééducation de la main si nécessaire.
Les formes légères peuvent s’améliorer si la compression reste fonctionnelle.
Le rôle de l’ostéopathie
L’ostéopathe peut travailler la mobilité du coude, du poignet et du membre supérieur et aider à identifier les positions qui aggravent les symptômes.
Il ne peut pas faire disparaître un muscle accessoire par manipulation.
Une neuropathie progressive doit être adressée rapidement.
Faut-il masser la région ?
Une pression forte directement sur le tunnel cubital peut augmenter les paresthésies. Le traitement doit donc éviter la compression prolongée du nerf.
Un travail doux sur les tissus adjacents peut être utilisé s’il améliore le confort.
Mobilisations neurales
Les glissements du nerf ulnaire peuvent être utilisés prudemment. Ils doivent rester sous le seuil de provocation.
Une augmentation persistante de l’engourdissement ou de la faiblesse est un signal pour réduire ou arrêter l’exercice.
Quand la chirurgie est-elle envisagée ?
Lorsque le muscle est considéré comme responsable d’une compression persistante, l’excision de l’anconé épitrochléaire et la décompression du nerf peuvent être proposées.
La transposition du nerf ulnaire est parfois ajoutée selon l’instabilité et le jugement chirurgical.
Les séries publiées rapportent généralement une amélioration lorsque la sélection diagnostique est bonne [3,5].
Pourquoi le diagnostic est parfois découvert seulement pendant la chirurgie ?
Historiquement, le muscle accessoire était souvent identifié directement au bloc opératoire. L’échographie moderne permet désormais de le détecter plus facilement avant l’intervention.
Cette évolution améliore la planification chirurgicale et évite certaines surprises.
Quand référer ?
Une évaluation spécialisée est pertinente si :
- la faiblesse de la main progresse ;
- une atrophie apparaît ;
- les paresthésies deviennent constantes ;
- les symptômes surviennent chez un patient jeune avec évolution rapide ;
- une masse médiale est palpable ;
- le traitement conservateur échoue.
Le retest
Le suivi peut mesurer la force de pince, l’endurance de la main, la durée tolérée en flexion du coude et la fréquence des réveils nocturnes.
Ces critères sont plus pertinents que la seule douleur à la palpation.
Ce que l’ostéopathie ne peut pas prétendre
Elle ne peut pas éliminer un muscle accessoire, diagnostiquer avec certitude son implication par palpation ni remplacer l’échographie et l’électrodiagnostic.
Elle peut contribuer à limiter les contraintes, maintenir la mobilité et orienter au bon moment.
Conclusion
L’anconé épitrochléaire est une variante anatomique relativement fréquente, mais une cause rare de compression du nerf ulnaire.
Le diagnostic devient particulièrement pertinent chez une personne jeune avec symptômes ulnaires, douleur médiale du coude et progression rapide.
Pour l’ostéopathe, connaître cette variante permet de ne pas attribuer toute neuropathie ulnaire à une simple tension ou à une posture. Parfois, l’anatomie réelle du tunnel cubital est différente.
Pourquoi la présence du muscle ne suffit pas à poser le diagnostic
Avec l’échographie et l’IRM, il devient relativement facile d’identifier un anconé épitrochléaire. Mais une variante anatomique n’est pas nécessairement une pathologie. Pour considérer le muscle comme responsable, il faut une concordance entre la localisation de la compression, les symptômes, l’électrodiagnostic et l’imagerie.
Cette règle évite un piège fréquent : découvrir une variante sur une image puis lui attribuer automatiquement tous les symptômes. Le muscle peut être présent depuis toujours sans avoir causé de problème.
Le rôle du sport et de la musculation
Chez certains athlètes, l’hypertrophie musculaire autour du coude peut réduire davantage l’espace disponible. Les exercices de poussée, de traction ou la flexion répétée peuvent alors augmenter les paresthésies. Une diminution temporaire du volume d’entraînement et un retour progressif peuvent aider à déterminer la part mécanique du problème.
Pronostic après décompression
Lorsque le muscle accessoire est réellement la cause et que la décompression est réalisée avant une perte axonale importante, l’évolution est souvent favorable. Une faiblesse ou une atrophie installée depuis longtemps récupère plus lentement. Le suivi de la force des interosseux et de la sensibilité du petit doigt permet d’évaluer la récupération.
Le patient doit également surveiller l’évolution de la force de pince et la dextérité fine. Une diminution progressive de ces fonctions suggère que la compression n’est plus seulement sensitive et qu’un avis spécialisé doit être accéléré.
Comment confirmer que le muscle accessoire est réellement responsable ?
La simple présence d’un anconé épitrochléaire à l’imagerie ne suffit pas. Le diagnostic devient plus crédible lorsqu’il existe une neuropathie ulnaire documentée, une compression localisée au coude et une relation anatomique claire entre le nerf et le muscle accessoire. L’échographie dynamique peut montrer le nerf, son calibre, sa mobilité et la présence du muscle pendant la flexion du coude.
Les études électrodiagnostiques restent utiles pour mesurer le ralentissement de conduction et rechercher une atteinte motrice ou sensitive. Elles doivent être interprétées avec les symptômes, car une neuropathie intermittente ou très précoce peut parfois être difficile à détecter.
Rôle réaliste de l’ostéopathie
Un muscle accessoire ne peut pas être supprimé par une technique manuelle. Une approche prudente peut aider à modifier les charges, les positions prolongées en flexion et les tensions des tissus voisins, mais une faiblesse progressive, une atrophie des interosseux ou une perte de sensibilité persistante justifie une évaluation neurologique ou chirurgicale.
Quels éléments doivent faire accélérer l’orientation ?
Une faiblesse progressive de la pince, une maladresse croissante, une fonte des muscles interosseux ou une diminution persistante de la sensibilité du petit doigt et de l’annulaire changent le niveau de priorité. Ces signes suggèrent que le nerf ne tolère plus simplement une irritation intermittente, mais qu’une atteinte fonctionnelle plus importante peut s’installer. Dans ce contexte, une évaluation électrodiagnostique et spécialisée devient plus pertinente qu’une répétition de traitements locaux.
Chez le sportif, il faut aussi distinguer une gêne qui apparaît seulement après un volume élevé d’activité d’une neuropathie qui progresse au repos ou dans les activités quotidiennes. Cette évolution temporelle aide à juger la gravité et à décider si une adaptation de charge suffit ou si une investigation plus poussée est nécessaire.
Références scientifiques
- Debras R, Duerinckx J, Van Melkebeke L, van Riet R, Caekebeke P. Is the anconeus epitrochlearis muscle a predictor for ulnar nerve compression? J Shoulder Elbow Surg. 2025;34(6):1568-1573. PMID:39617122.
- Uncommon Anatomical Causes of Ulnar Compression: A Narrative Review. 2024. PMID:38547123.
- Multimodality imaging review of ulnar nerve pathologies. 2023. PMCID:PMC10973834.
- Anconeus Epitrochlearis Muscle Causing Ulnar Neuropathy at the Elbow: Clinical and Neurophysiological Differential Diagnosis. 2016. PMID:27398787.
- Expert consensus on the combined investigation of ulnar neuropathy at the elbow using electrodiagnostic tests and nerve ultrasound. 2021. PMID:34229959.
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- Beekman R, Visser LH. High-resolution sonography of the peripheral nervous system: a review of the literature. Eur J Neurol. 2004.
- Okamoto M, Abe M, Shirai H, Ueda N. Morphology and dynamics of the ulnar nerve in the cubital tunnel. J Hand Surg Br. 2000.
- Spinner RJ, Goldner RD. Snapping of the medial head of the triceps and recurrent dislocation of the ulnar nerve. J Bone Joint Surg Am. 1998.
