Introduction
Depuis toujours, le corps humain parle.
Il parle dans la douleur, dans la tension, dans les silences du souffle et dans les mouvements qui se figent. Pourtant, la médecine moderne a longtemps appris à l’écouter comme une machine plutôt que comme une histoire vivante.
Carl Gustav Jung, l’un des penseurs majeurs du XXe siècle, a proposé une autre vision : celle d’une psyché profondément liée au corps, où les symptômes peuvent parfois être compris comme des messages de transformation intérieure.
L’ostéopathie, par son approche manuelle et globale, rencontre cette intuition d’une manière étonnante.
Une Psyché en Harmonie : La Vision Holistique de Carl Jung
Carl Gustav Jung, figure majeure de la psychologie du XXe siècle, s’est distingué par une approche profondément holistique de la psyché humaine. Contrairement à son mentor Sigmund Freud, qui se concentrait principalement sur les pulsions inconscientes et les conflits intrapsychiques, Jung a proposé une vision plus large et intégrative du fonctionnement psychique. Pour lui, l’être humain ne pouvait être réduit à ses traumatismes ou à ses mécanismes de défense ; il devait être compris dans son entièreté, dans une dynamique constante entre le conscient et l’inconscient, entre le corps et l’esprit, entre le personnel et le collectif.

L’atmosphère sobre met en valeur la gravité de leur échange : deux esprits confrontant leurs idées sur la nature de la psyché humaine. Leur relation, d’abord marquée par l’admiration et la collaboration, évoluera vers une rupture théorique profonde qui marquera durablement l’histoire de la psychologie.
Cette scène symbolise ainsi la tension créatrice nécessaire aux grandes transformations intellectuelles. De leur rencontre — et de leur séparation — naîtront deux visions distinctes, mais complémentaires, qui continuent d’influencer la clinique, la pensée contemporaine et la compréhension de l’être humain.
Au cœur de la pensée jungienne se trouve le concept de l’individuation, un processus d’unification des différentes composantes de la personnalité. Loin d’être un simple développement de la personnalité, l’individuation vise l’émergence du soi, c’est-à-dire de l’identité profonde et authentique de l’individu. Pour atteindre cet état, l’être humain doit explorer les recoins de son inconscient, intégrer ses ombres (aspects refoulés ou méconnus de lui-même), et tendre vers un équilibre entre les polarités psychiques qui le constituent : masculin/féminin, rationnel/intuitif, introverti/extraverti, etc.
Jung ne voyait pas la psyché comme une entité désincarnée. Bien au contraire, il reconnaissait l’importance du corps dans l’expression des processus psychiques. Les émotions refoulées, les conflits internes ou les expériences non intégrées pouvaient, selon lui, se manifester par des symptômes physiques. Cette vision préfigure des approches modernes psychosomatiques et trouve une résonance particulière avec des disciplines comme l’ostéopathie, qui s’intéresse aussi bien aux déséquilibres structurels qu’à leurs répercussions émotionnelles.
Autre apport fondamental de Jung : l’inconscient collectif. Ce réservoir d’images et d’expériences partagées par l’humanité entière, transmis au fil des générations, se manifeste à travers les archétypes — des symboles universels tels que la Mère, le Héros, le Sage ou encore l’Ombre. Ces archétypes apparaissent dans nos rêves, nos mythes, nos comportements et même dans certaines pathologies. Jung voyait dans ces symboles des clés pour comprendre les dynamiques profondes qui animent l’individu, bien au-delà de son vécu personnel. Ainsi, chaque symptôme pouvait être interprété comme un message symbolique, une invitation à explorer une facette encore inexplorée de soi-même.
L’approche holistique de Jung repose également sur la recherche de sens. Il considérait la souffrance non comme une fatalité à éliminer coûte que coûte, mais comme une opportunité d’évolution. Pour lui, les crises personnelles – qu’elles soient psychiques, physiques ou existentielles – avaient le potentiel de catalyser une transformation intérieure. Dans cette perspective, le thérapeute n’est pas simplement un soignant, mais un accompagnant du processus d’individuation, un témoin du voyage intérieur de l’autre.
Enfin, Jung insistait sur l’importance de la spiritualité dans la santé psychique. Il ne s’agissait pas pour lui d’adhérer à une religion particulière, mais de cultiver une relation vivante et personnelle avec le sacré, avec ce qu’il appelait « l’âme ». Cette dimension spirituelle, souvent négligée dans les approches scientifiques contemporaines, est pourtant essentielle dans une vision holistique de la personne.
En somme, la vision jungienne de la psyché est un appel à réconcilier les contraires, à écouter les messages du corps, à explorer le monde symbolique, et à rechercher une cohérence intérieure profonde. Elle offre un cadre précieux pour ceux – thérapeutes ou patients – qui souhaitent aborder la santé mentale non pas comme la simple absence de trouble, mais comme un chemin vers l’harmonie intérieure et la plénitude.
Le Processus d’Individuation : Quand le Corps Accompagne la Transformation Intérieure
Dans la pensée de Carl Gustav Jung, les crises physiques ou psychiques ne sont pas toujours de simples dysfonctionnements à éliminer. Elles peuvent parfois représenter des moments charnières dans le développement de la personnalité. Jung appelait ce processus l’individuation.
L’individuation désigne le chemin par lequel une personne devient progressivement elle-même. Il ne s’agit pas simplement d’un développement psychologique ordinaire, mais d’un mouvement profond d’intégration intérieure. Au cours de ce processus, les différentes dimensions de la psyché cherchent à s’harmoniser : le conscient et l’inconscient, la raison et l’intuition, les forces instinctives et les aspirations spirituelles.
Selon Jung, de nombreux conflits intérieurs apparaissent précisément lorsque certaines parties de la personnalité restent ignorées ou refoulées. Les émotions non reconnues, les expériences difficiles ou les aspects de soi que l’on refuse d’accepter peuvent alors créer une tension intérieure durable. Cette tension ne demeure pas uniquement dans la sphère psychique : elle peut aussi s’exprimer à travers le corps.
Dans certaines situations, le corps devient ainsi le lieu où se manifeste le processus d’individuation. Une douleur persistante, une fatigue inexpliquée ou une sensation de blocage corporel peuvent apparaître lorsque l’équilibre intérieur d’une personne est perturbé. Ces manifestations ne remplacent évidemment pas l’explication médicale ou physiologique d’un symptôme, mais elles peuvent parfois refléter un moment de transformation personnelle.
Dans cette perspective, le symptôme n’est plus seulement considéré comme une anomalie biologique à supprimer. Il peut aussi être compris comme un signal indiquant qu’un réajustement intérieur est en cours. Le corps attire l’attention sur une tension qui demande à être reconnue, intégrée ou transformée.
C’est ici que certaines approches corporelles, comme l’ostéopathie, peuvent jouer un rôle intéressant. En rétablissant la mobilité des tissus, en améliorant la respiration et en réduisant les tensions physiques, l’ostéopathie contribue à restaurer un état physiologique plus équilibré. Cet état peut favoriser une meilleure perception corporelle et parfois permettre à la personne de se reconnecter à des aspects d’elle-même restés en arrière-plan.
Ainsi, dans une lecture inspirée par la psychologie jungienne, le corps peut être vu comme un partenaire actif dans le processus d’individuation. Les tensions corporelles ne sont pas seulement des obstacles à corriger, mais parfois les traces visibles d’un mouvement intérieur plus profond — un mouvement par lequel l’être humain cherche progressivement à devenir plus cohérent, plus conscient et plus pleinement lui-même.
L’Ombre et la Douleur : Quand le Corps Révèle l’Inconscient Refoulé
Dans la psychologie jungienne, l’Ombre représente l’ensemble des aspects de nous-mêmes que nous avons réprimés, rejetés ou dont nous n’avons pas conscience. Il s’agit de contenus inconscients — émotions, pulsions, souvenirs, instincts — qui ne correspondent pas à l’image que nous avons de nous-mêmes ou à ce que notre environnement nous a autorisé à exprimer. Jung ne voyait pas l’Ombre comme quelque chose de « mauvais », mais comme une partie intégrante de l’individuation, c’est-à-dire du processus d’unification intérieure. Et cette Ombre, bien souvent, trouve refuge dans le corps.

L’ostéopathe, en écoutant le langage du corps, est fréquemment confronté à des douleurs résistantes, des tensions inexpliquées ou des déséquilibres chroniques. Dans bien des cas, ces symptômes échappent aux modèles purement biomécaniques. Ils semblent disproportionnés par rapport aux lésions anatomiques observées, ou reviennent malgré des traitements structuraux efficaces. C’est là que la lecture symbolique et l’approche jungienne offrent une grille de lecture précieuse.
Car le corps est un lieu d’exil pour l’Ombre. Ce que nous ne pouvons pas dire, ce que nous n’osons pas ressentir, ce que nous avons appris à nier — tout cela peut s’exprimer sous forme de douleurs. Une rage contenue peut se cristalliser dans les mâchoires, une peur refoulée dans le plexus solaire, une honte persistante dans les épaules affaissées. Le symptôme devient alors le masque somatique d’un fragment d’âme oublié.

Lorsque l’ostéopathe travaille dans cette perspective, il ne cherche pas uniquement à libérer un fascia ou à mobiliser une articulation. Il devient un accompagnant du dévoilement, un facilitateur de la rencontre avec l’inconnu en soi. Par son toucher attentif et respectueux, il permet au corps d’entrer dans une relation plus consciente avec ce qu’il retient.
Prenons l’exemple d’un patient présentant des douleurs pelviennes diffuses, sans étiologie médicale claire. En abordant la zone avec délicatesse, l’ostéopathe observe une résistance tissulaire profonde, presque une peur du mouvement. Lors de l’échange verbal, il apparaît que le patient a vécu, dans l’enfance, des épisodes de violence physique refoulés depuis longtemps. Le bassin, dans sa symbolique, est le centre de la vitalité, de l’enracinement et de l’intégrité corporelle. Ici, il est aussi devenu le gardien silencieux d’un traumatisme non exprimé.
Jung écrivait que « l’Ombre ne disparaît pas lorsqu’on l’ignore ; elle devient simplement plus obscure et plus pesante ». L’ostéopathie, en rendant le corps à nouveau habitable, en restaurant la sécurité dans le ressenti, peut ouvrir la voie à l’intégration de cette Ombre. Le symptôme n’est plus vu comme un ennemi à faire taire, mais comme un messager à écouter.
Ce travail requiert bien sûr des précautions éthiques : l’ostéopathe ne remplace pas le psychothérapeute, mais peut orienter et soutenir. Lorsqu’il perçoit qu’un symptôme est chargé émotionnellement ou symboliquement, il peut collaborer avec des professionnels de la santé mentale pour accompagner au mieux le processus. L’approche devient alors interdisciplinaire, respectueuse de la complexité de l’humain.

La réintégration de l’Ombre ne mène pas seulement à un mieux-être physique ; elle ouvre une porte vers une plus grande liberté intérieure. Le corps, en cessant de porter seul ce qui n’a pas été dit, retrouve sa fluidité, sa souplesse, sa capacité à ressentir. Le patient, lui, accède à une version plus authentique de lui-même — moins divisée, plus consciente, plus vivante.
Le Symbole : Quand le Corps Devient Expression de l’Inconscient
Dans la pensée de Carl Jung, le symbole occupe une place centrale. Contrairement à un simple signe qui renvoie à une signification précise et fixe, le symbole possède une profondeur particulière. Il est l’expression vivante d’un contenu inconscient qui cherche progressivement à émerger dans la conscience.
Pour Jung, l’inconscient ne s’exprime pas directement par un langage rationnel. Il se manifeste plutôt à travers des images, des récits, des rêves ou des expériences chargées de sens. Les mythes, les œuvres artistiques et les visions symboliques constituent ainsi des voies privilégiées par lesquelles la psyché tente de communiquer avec la conscience.
Dans certains cas, les manifestations corporelles peuvent également participer à ce processus symbolique. Le symptôme physique n’est alors pas seulement un signal biologique ou mécanique ; il peut aussi refléter une tension intérieure plus profonde. Le corps ne « parle » pas au sens littéral, mais il peut exprimer des déséquilibres entre différentes dimensions de l’existence : entre ce que l’on ressent et ce que l’on exprime, entre ce que l’on vit intérieurement et ce que l’on accepte consciemment.
Cette perspective ne signifie pas que toute douleur possède nécessairement une signification symbolique. Le corps demeure avant tout un organisme biologique complexe soumis à de multiples influences physiologiques. Cependant, dans certaines situations, les tensions corporelles peuvent apparaître en parallèle de conflits émotionnels ou de périodes de transformation personnelle.
Dans ce contexte, certaines approches corporelles peuvent favoriser un processus de réorganisation globale. L’ostéopathie, par exemple, cherche à restaurer la mobilité des tissus, à améliorer la respiration et à rétablir l’équilibre fonctionnel du corps. En redonnant du mouvement et de la fluidité aux structures corporelles, elle peut contribuer à réduire les tensions physiques qui accompagnent parfois ces états de déséquilibre intérieur.
Ainsi, dans une lecture inspirée par la psychologie jungienne, le symptôme corporel peut parfois être compris comme une expression symbolique d’un processus vivant plus large. Lorsque les tensions se relâchent et que le corps retrouve sa mobilité, ce qui semblait figé peut progressivement évoluer — permettant à la personne de retrouver un équilibre plus cohérent entre son expérience intérieure et son expression corporelle.
Ponts Inattendus : Quand Jung Rencontre l’Ostéopathie
À première vue, la psychologie analytique de Carl Jung et l’ostéopathie semblent appartenir à deux univers distincts : l’un étant centré sur les dynamiques de la psyché, l’autre sur la structure et la fonction du corps. Pourtant, lorsqu’on s’aventure au-delà des apparences, des résonances profondes apparaissent. Ces deux approches, bien que développées indépendamment, partagent une philosophie commune : celle de l’unité de l’être humain, considéré dans toutes ses dimensions — physique, psychique, émotionnelle et symbolique.
Jung insistait sur l’importance de l’intégration du corps et de l’esprit dans la quête de santé et d’équilibre. Dans ses écrits, il affirmait que les conflits psychiques non résolus pouvaient trouver un exutoire somatique, s’exprimant à travers des symptômes corporels. Il s’agissait alors de signes, de symboles corporels que l’inconscient utilisait pour signaler une dissonance intérieure. Cette vision fait écho à l’approche ostéopathique, où les tensions physiques sont souvent interprétées comme les manifestations d’un déséquilibre global, pouvant inclure des facteurs émotionnels ou psychiques.

Les ostéopathes, tout comme les junguiens, observent que le corps « parle ». Une restriction dans un diaphragme, une tension persistante dans la nuque ou un déséquilibre pelvien peuvent être plus que des dysfonctionnements mécaniques : ils peuvent refléter des résistances, des peurs, des souvenirs inscrits dans les tissus corporels. Cette idée, selon laquelle le corps garde en mémoire ce que la conscience a refoulé, résonne profondément avec la perspective jungienne de l’ombre – cet espace intérieur où sont relégués les aspects de soi non acceptés.
Un autre point de convergence se trouve dans la quête de l’équilibre. Jung parlait d’individuation comme d’un processus dynamique visant à harmoniser les opposés psychiques et à accéder à un soi plus unifié. L’ostéopathie, de son côté, œuvre à la restauration de la mobilité et de l’équilibre dans le corps, en cherchant à rétablir la fluidité des échanges (sanguins, lymphatiques, nerveux) et la cohérence entre structure et fonction. Ces deux démarches – psychique et physique – visent en réalité le même but : réconcilier les dissonances intérieures pour permettre à l’individu de retrouver son axe.
De plus, Jung soulignait l’importance des symboles dans la transformation intérieure. Les rêves, les maladies, les douleurs peuvent être interprétés comme des messages codés de l’inconscient. L’ostéopathie, bien que moins directement orientée vers le symbolique, offre néanmoins un espace d’écoute où le corps devient le théâtre d’une narration symbolique silencieuse. Un ostéopathe attentif pourra percevoir dans la posture d’un patient, dans ses réactions aux mobilisations, ou dans ses descriptions subjectives de douleur, des indices d’un récit plus vaste que le simple dysfonctionnement physique.
Enfin, l’un des liens les plus riches entre ces deux disciplines réside dans leur approche de la personne comme un tout. Ni Jung ni les ostéopathes ne se contentent de traiter des symptômes. Ils s’intéressent à la personne dans sa globalité : son histoire, ses relations, ses rêves, son corps, ses peurs et ses espoirs. Cette approche globale, fondée sur l’écoute, l’intuition et la compréhension profonde de l’être, confère à leurs pratiques un pouvoir de transformation qui dépasse le champ strictement thérapeutique.
Le Corps comme Mythe Vivant : Archétypes et Symbolisme en Ostéopathie
Carl Gustav Jung a profondément transformé notre compréhension de l’être humain en montrant que la psyché ne s’exprime pas uniquement à travers la pensée consciente. Elle parle également par des images, des symboles et des récits intérieurs qui prennent racine dans ce qu’il appelait l’inconscient collectif. Cet inconscient partagé par l’humanité entière contient des structures fondamentales — les archétypes — qui organisent notre manière de ressentir, de rêver et de donner du sens à nos expériences.
Ces archétypes ne vivent pas seulement dans l’imaginaire ou dans les mythes anciens. Ils s’expriment aussi dans la vie quotidienne, dans nos comportements, nos émotions et parfois dans nos symptômes physiques. Le corps devient alors un lieu d’expression privilégié de ces dynamiques profondes. Dans cette perspective, la douleur ou la tension corporelle ne sont pas seulement des phénomènes biomécaniques : elles peuvent aussi être les manifestations visibles de mouvements psychiques plus profonds.
C’est ici que la rencontre entre la pensée jungienne et l’ostéopathie devient particulièrement intéressante.
L’ostéopathie repose sur une écoute attentive du corps. Par la palpation et l’observation du mouvement des tissus, le praticien perçoit des zones de restriction, des tensions persistantes ou des déséquilibres subtils. Habituellement, ces phénomènes sont interprétés à travers la biomécanique, la circulation ou la physiologie. Mais dans certains cas, ces tensions semblent porter une signification plus profonde, comme si le corps racontait une histoire silencieuse.
Dans une lecture inspirée par Jung, le corps peut être considéré comme un espace symbolique vivant. Les zones de tension deviennent alors les lieux où se rejouent certains conflits intérieurs, certaines peurs ou certains processus de transformation. Le symptôme n’est plus seulement une défaillance mécanique : il devient un message du système vivant cherchant à rétablir une forme d’équilibre.
Prenons l’exemple d’une douleur persistante dans la région thoracique. Sur le plan physiologique, elle peut être liée à une restriction costale, à une tension diaphragmatique ou à un déséquilibre postural. Mais sur le plan symbolique, cette région du corps est aussi associée au cœur, à l’identité personnelle et à la capacité de se relier aux autres. Chez certains patients, ces douleurs apparaissent dans des périodes de transition, de perte ou de questionnement identitaire.
Dans la perspective jungienne, ces situations correspondent souvent à des moments de transformation intérieure. Les archétypes peuvent alors se manifester à travers des images, des rêves ou des sensations corporelles. Le corps devient ainsi le théâtre discret d’un processus de réorganisation psychique.
L’ostéopathe, sans nécessairement interpréter ces symboles comme le ferait un psychothérapeute, peut néanmoins reconnaître que le corps participe à une dynamique globale de régulation. En rétablissant la mobilité des tissus, en améliorant la respiration ou en relâchant certaines tensions profondes, il crée les conditions physiologiques qui permettent au système nerveux et à la personne elle-même de retrouver un état d’équilibre.
Cette approche ne signifie pas que chaque douleur possède une signification symbolique précise. Le corps reste avant tout une structure biologique complexe. Toutefois, reconnaître que les dimensions physiologiques, émotionnelles et symboliques peuvent s’entrelacer ouvre une perspective plus riche sur la santé humaine.
Dans cette vision intégrative, le corps n’est plus seulement un objet médical à réparer. Il devient un mythe vivant, c’est-à-dire un récit incarné où se croisent l’histoire personnelle, les expériences émotionnelles et les dynamiques profondes de la psyché.
Chaque tension, chaque mouvement retrouvé, chaque respiration libérée peut alors être compris comme une étape dans un processus d’ajustement plus vaste. L’ostéopathie agit non seulement sur la structure du corps, mais aussi sur la capacité du système vivant à retrouver son organisation et sa cohérence.
Ainsi, lorsque le thérapeute écoute attentivement le corps, il ne perçoit pas seulement des muscles et des articulations. Il rencontre un organisme porteur d’une histoire, d’un vécu et d’un mouvement intérieur qui cherche, parfois silencieusement, à retrouver son équilibre.
Dans cette perspective, le corps n’est pas seulement un mécanisme biologique : il est aussi un espace où la vie psychique laisse son empreinte, un lieu où l’expérience humaine s’inscrit et se transforme.
Et c’est peut-être là que l’ostéopathie rejoint, de manière inattendue, la pensée de Jung : dans l’idée que le soin consiste avant tout à réconcilier les différentes dimensions de l’être humain, afin que le corps et la psyché puissent à nouveau avancer dans la même direction.
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L’Ostéopathie au Cœur d’une Médecine Intégrative
Au cours des dernières décennies, la médecine a progressivement évolué vers une vision plus globale de la santé. Si la médecine moderne a accompli des avancées remarquables dans le diagnostic et le traitement des maladies, de nombreux professionnels reconnaissent aujourd’hui que la santé humaine ne peut être pleinement comprise à travers une approche strictement biomédicale. Le corps, l’esprit, l’environnement et l’histoire personnelle d’un individu interagissent constamment pour façonner son état de santé.
C’est dans ce contexte qu’émerge la notion de médecine intégrative. Cette approche vise à combiner les connaissances scientifiques de la médecine conventionnelle avec des disciplines complémentaires qui prennent en compte la personne dans sa globalité. L’objectif n’est pas de remplacer la médecine classique, mais de l’enrichir par des pratiques capables d’aborder les dimensions fonctionnelles, émotionnelles et relationnelles de la santé.
L’ostéopathie occupe une place particulièrement intéressante dans ce paysage thérapeutique. Depuis sa fondation par Andrew Taylor Still à la fin du XIXe siècle, cette discipline repose sur une idée simple mais profonde : le corps possède une capacité naturelle d’autorégulation et d’auto-guérison, à condition que ses structures puissent fonctionner librement et harmonieusement.
Selon les principes ostéopathiques, les restrictions de mobilité des tissus — qu’elles concernent les articulations, les fascias, les organes ou les structures crâniennes — peuvent perturber l’équilibre global de l’organisme. Ces perturbations peuvent influencer la circulation sanguine, la transmission nerveuse, la respiration ou encore la dynamique des fluides corporels. En rétablissant la mobilité et la coordination entre les différentes structures du corps, l’ostéopathie cherche à restaurer les conditions favorables au fonctionnement optimal du système vivant.
Cette approche s’inscrit naturellement dans la philosophie de la médecine intégrative. L’ostéopathie ne se limite pas à traiter un symptôme isolé. Elle s’intéresse à l’ensemble des interactions qui relient les différents systèmes du corps : système musculo-squelettique, système nerveux, système viscéral et système circulatoire. Elle considère également le rôle du stress, de la posture, des habitudes de vie et de l’histoire personnelle dans l’apparition de certains déséquilibres.
Dans une perspective intégrative, l’ostéopathe peut collaborer avec d’autres professionnels de santé : médecins, physiothérapeutes, psychologues, nutritionnistes ou spécialistes de la santé mentale. Chaque discipline apporte alors son expertise spécifique pour accompagner le patient de manière complémentaire.
Par exemple, une personne souffrant de douleurs chroniques peut bénéficier d’une prise en charge multidisciplinaire : un suivi médical pour évaluer l’évolution clinique, un accompagnement psychologique pour gérer l’impact émotionnel de la douleur, une approche ostéopathique pour améliorer la mobilité des tissus et réduire les tensions corporelles, ainsi que des recommandations en matière d’activité physique et d’hygiène de vie.
Dans ce type de collaboration, l’ostéopathie agit souvent comme un pont entre la dimension structurelle et la dimension fonctionnelle du corps. En travaillant sur les tensions profondes et les déséquilibres mécaniques, elle peut contribuer à améliorer la perception corporelle, la qualité du mouvement et l’adaptation du système nerveux face au stress.
De plus en plus d’études scientifiques explorent aujourd’hui les effets des thérapies manuelles sur la douleur chronique, les troubles musculo-squelettiques ou certains troubles fonctionnels. Bien que la recherche continue d’évoluer, plusieurs travaux suggèrent que les approches manuelles peuvent influencer la modulation de la douleur, la régulation du système nerveux autonome et la perception corporelle.
Dans cette perspective, l’ostéopathie participe à une évolution plus large de la médecine : le passage d’un modèle centré uniquement sur la maladie vers un modèle centré sur la personne et sur la capacité du corps à retrouver son équilibre.
Cette vision ne cherche pas à opposer les différentes approches thérapeutiques, mais plutôt à les relier. Elle reconnaît que la santé humaine est le résultat d’interactions complexes entre les dimensions biologiques, psychologiques et sociales de l’existence.
En plaçant l’écoute du corps au centre de la relation thérapeutique, l’ostéopathie rappelle que le soin ne consiste pas seulement à supprimer un symptôme, mais aussi à comprendre les mécanismes qui ont conduit à son apparition.
Ainsi, dans le cadre d’une médecine intégrative, l’ostéopathie peut jouer un rôle précieux : celui d’une discipline capable de relier la science du corps à l’expérience vécue du patient, afin de favoriser un rétablissement durable et une meilleure harmonie entre les différentes dimensions de la santé humaine.
Corps et Conscience : L’Ostéopathie comme Outil de Révélation
Dans une époque où l’esprit est souvent dissocié du corps, l’ostéopathie réintroduit une vérité oubliée : le corps n’est pas un simple support mécanique, mais un lieu de conscience. En travaillant sur les structures physiques, l’ostéopathe ne se contente pas de corriger des dysfonctionnements : il aide l’individu à se reconnecter à lui-même. Et c’est précisément dans cette reconnexion que réside un potentiel de révélation profonde.
Le corps, tel que le voyait Jung, est une interface entre le conscient et l’inconscient. Il exprime ce que l’on ne parvient pas à dire, il cristallise nos conflits intérieurs, nos peurs, nos blessures enfouies. L’ostéopathe, à travers son toucher attentif, devient un médiateur entre ces deux mondes. Il perçoit les tensions invisibles, sent les résistances, et invite les tissus à relâcher ce qu’ils ont retenu trop longtemps. Ce processus ne libère pas seulement une articulation ou un diaphragme : il libère aussi un message.
Les patients décrivent souvent une expérience surprenante après une séance : un sentiment de légèreté, une émotion inattendue, une prise de conscience spontanée. Ce phénomène s’explique par le fait que l’ostéopathie agit sur le système nerveux autonome, en particulier le système parasympathique, favorisant un état de détente propice à l’émergence d’émotions et de souvenirs. Dans cet état d’apaisement, la conscience corporelle s’aiguise, et les sensations jusque-là négligées reprennent leur place.
Ce retour au corps est une forme de présence à soi. Il interrompt le flux incessant des pensées, ramène l’attention à l’instant présent. Jung aurait reconnu là une forme d’individuation corporelle : une manière d’unifier les différentes dimensions de l’être autour d’un centre vécu — le ressenti incarné.
Cette révélation n’est pas toujours immédiate ni spectaculaire. Parfois, elle se manifeste par un simple changement de posture, une respiration plus ample, une démarche plus fluide. Mais derrière ces ajustements subtils se cache une dynamique plus profonde : le corps retrouve sa cohérence, et avec elle, la personne peut redécouvrir un sentiment d’unité intérieure.
L’ostéopathie invite également à l’écoute de soi. En apprenant à sentir ses zones de tension, à reconnaître les signaux du corps avant qu’ils ne deviennent douloureux, le patient développe une forme d’intelligence somatique. Cette capacité à sentir et à comprendre ce qui se passe en soi est une clé majeure du bien-être durable. Elle permet de prévenir les déséquilibres, mais surtout, elle offre une voie d’accès à une conscience élargie de soi.
Dans ce cadre, l’ostéopathe devient un accompagnant de conscience, bien plus qu’un technicien du corps. Par son toucher précis, respectueux et attentif, il réveille des perceptions endormies. Il permet au patient de renouer avec une mémoire corporelle parfois ancienne, de revisiter des émotions enkystées, de donner du sens au ressenti physique.
Jung parlait du processus thérapeutique comme d’une alchimie intérieure. L’ostéopathie peut jouer ce rôle catalyseur : elle initie un mouvement de transformation douce, où les blocages physiques deviennent les portes d’entrée vers une compréhension plus vaste de soi. Elle agit comme un révélateur silencieux, où chaque tension relâchée, chaque respiration libérée, ouvre un espace pour que le sens émerge.
Croissance Intérieure et Alignement Corporel : L’Ostéopathie au Service de Soi
L’ostéopathie peut être perçue comme un outil de développement personnel puissant, car elle aborde de manière holistique les aspects physiques et psychologiques de l’individu. Voici comment l’ostéopathie s’aligne avec le développement personnel, favorisant la croissance et l’épanouissement personnel :
- Prise de Conscience Corporelle :
- L’ostéopathie encourage la prise de conscience corporelle en aidant les individus à percevoir et à comprendre les sensations physiques. Cela favorise une connexion plus profonde avec le corps, amenant une conscience accrue des schémas de tension, de la posture, et des réponses physiques aux émotions.
- Libération des Tensions Emotionnelles :
- Les tensions physiques souvent présentes dans le corps peuvent être liées à des expériences émotionnelles. En libérant ces tensions par des techniques ostéopathiques, l’ostéopathie peut faciliter la libération d’émotions refoulées, contribuant ainsi à un soulagement émotionnel et à une croissance personnelle.
- Réduction du Stress et de l’Anxiété :
- Les techniques ostéopathiques, qui visent à rétablir l’équilibre et à détendre le système nerveux, peuvent aider à réduire le stress et l’anxiété. Cette réduction du stress favorise un environnement propice au développement personnel, permettant une réflexion plus claire et une prise de décision plus éclairée.
- Alignement avec la Philosophie du Corps Esprit :
- L’ostéopathie s’aligne avec la philosophie du corps-esprit, reconnaissant l’interconnexion entre les aspects physiques et psychologiques de l’individu. En travaillant sur le corps, l’ostéopathie contribue à équilibrer et à harmoniser ces deux dimensions, créant ainsi un terrain favorable au développement personnel.
- Amélioration de la Mobilité et de la Flexibilité :
- En travaillant sur la mobilité des articulations et des tissus, l’ostéopathie contribue à une meilleure flexibilité physique. Cette amélioration de la mobilité peut symboliquement représenter la capacité à s’adapter aux changements de la vie, renforçant ainsi la résilience et la flexibilité mentale.
- Favorisation de l’Équilibre Global :
- L’équilibre est un élément clé du développement personnel. En rétablissant l’équilibre dans le corps, l’ostéopathie peut inspirer une réflexion sur l’équilibre dans d’autres aspects de la vie, tels que le travail, les relations et la spiritualité.
- Encouragement de la Responsabilité Personnelle :
- L’ostéopathie encourage souvent les patients à prendre une part active dans leur processus de guérison. Cette responsabilisation peut se traduire par des changements de mode de vie, des exercices recommandés, et une meilleure compréhension de l’impact des choix quotidiens sur la santé physique et mentale.
- Intégration des Aspects Inconscients :
- En travaillant sur des schémas corporels récurrents et des tensions inconscientes, l’ostéopathie peut aider à intégrer des aspects de l’inconscient personnel. Cette intégration contribue au processus d’individuation, un élément central du développement personnel selon la psychologie analytique de Carl Jung.
En conclusion, l’ostéopathie peut être vue comme un catalyseur du développement personnel en alignant les aspects physiques et psychologiques de l’individu. En favorisant la conscience corporelle, la libération des tensions émotionnelles, et la promotion de l’équilibre global, elle offre un moyen holistique d’accompagner les individus dans leur cheminement vers la croissance personnelle et le bien-être intégral.
Vers une Ostéopathie Jungienne : Pistes Concrètes pour Praticiens Inspirés
Le développement personnel est souvent perçu comme une quête intérieure, un cheminement vers une meilleure connaissance de soi, une maturation émotionnelle et spirituelle. Pourtant, ce processus n’est pas que mental : il s’enracine aussi dans le corps. L’ostéopathie, par sa capacité à restaurer l’équilibre physique et à libérer des tensions profondes, offre un véritable soutien à cette croissance intérieure. Elle devient alors un outil d’alignement, non seulement postural, mais aussi existentiel.
Le corps est le premier lieu de notre expérience du monde. Il enregistre nos joies, nos traumatismes, nos habitudes, nos défenses. Jung évoquait la nécessité d’explorer toutes les dimensions de soi — y compris celles que l’on ignore ou rejette — pour tendre vers l’individuation. Dans cette optique, le corps est un guide, un révélateur des zones d’ombre et des points de rupture entre ce que nous sommes et ce que nous croyons être.
Une posture figée, une douleur persistante, une asymétrie chronique sont parfois plus que des signes biomécaniques. Ils peuvent symboliser un conflit intérieur, une tension émotionnelle non exprimée, un événement non digéré. L’ostéopathie, en redonnant de la mobilité aux tissus, en restaurant la fluidité circulatoire et nerveuse, ouvre un espace où ces mémoires peuvent émerger et se transformer.
Cette libération corporelle s’accompagne souvent d’une sensation de clarté mentale, de détente émotionnelle, et d’un sentiment de recentrage. Le patient se sent « plus lui-même », comme si quelque chose se réalignait à l’intérieur. Cet alignement structurel et énergétique facilite un sentiment d’ancrage, de solidité, propice à la réflexion et à la prise de décision. Il ne s’agit pas d’un simple mieux-être, mais d’une transformation subtile de la relation à soi.
Dans cette dynamique, l’ostéopathie agit comme un miroir corporel. Elle aide à prendre conscience de nos schémas inconscients : tensions répétitives, comportements d’évitement, respirations superficielles. En les rendant visibles, elle permet de rompre avec l’automatisme et de faire des choix plus libres et alignés. Elle accompagne ainsi un processus de responsabilisation et de réappropriation du corps.
Cette responsabilisation est au cœur du développement personnel. Le patient, en apprenant à écouter son corps, à reconnaître ses signaux, devient acteur de son propre équilibre. L’ostéopathe peut alors jouer un rôle de guide, en proposant des conseils de posture, de respiration, de mouvements, qui prolongent et consolident le travail effectué en séance.
L’alignement corporel devient alors le reflet d’un alignement intérieur plus vaste : une cohérence entre ce que l’on ressent, ce que l’on pense, ce que l’on dit et ce que l’on fait. C’est dans cette cohérence que réside la véritable croissance. Et c’est dans cette cohérence que l’ostéopathie, par son approche globale et respectueuse, peut devenir un puissant levier de transformation personnelle.
On pourrait dire, en écho aux écrits de Jung, que chaque pas vers un corps plus libre est aussi un pas vers un soi plus authentique. L’ostéopathie, en dénouant les nœuds invisibles du corps, accompagne ce chemin d’individuation où l’on cesse de se fuir pour enfin se rencontrer.
Étude de Cas 1 : Guérir par le Corps, Traverser par l’Âme
Marie, 42 ans, consulte pour des douleurs lombaires persistantes apparues quelques mois après son divorce. Aucun examen médical n’a révélé d’anomalie significative. Les douleurs sont diffuses, parfois aiguës, et s’accompagnent d’une sensation de fatigue, de lourdeur dans le bassin, ainsi que d’un sommeil perturbé. Elle dit ne plus se « sentir solide » et éprouve un sentiment de vide difficile à verbaliser. C’est dans ce contexte qu’elle entreprend une démarche ostéopathique.
Dès la première séance, le praticien perçoit une tension notable au niveau du diaphragme, une perte de mobilité sacro-iliaque, et un verrouillage subtil dans la région dorsale. Mais au-delà de l’évaluation biomécanique, il choisit d’adopter une posture d’écoute globale. Il questionne, avec douceur, les événements récents de sa vie. Le divorce, évoqué avec pudeur, semble être le point de bascule. Marie confie une profonde sensation de rupture, de désorientation, et un conflit intérieur entre son besoin de liberté et un sentiment d’échec.
Le travail ostéopathique débute alors non seulement comme une tentative de libérer les structures bloquées, mais aussi comme une invitation au dialogue entre le corps et la psyché. À travers des techniques myofasciales et viscérales, le praticien aborde le diaphragme — zone de passage entre le haut et le bas du corps, lieu symbolique de l’expression émotionnelle. Peu à peu, des larmes apparaissent, sans douleur. Marie ne comprend pas immédiatement pourquoi, mais elle décrit une impression de dénouement, de relâchement intérieur.
Au fil des séances, d’autres zones se « révèlent » : un psoas tendu, comme s’il retenait encore la peur de tomber ; un bassin figé, témoin symbolique de sa rupture affective. À travers le toucher, ces zones parlent. Marie commence à poser des mots sur ses ressentis corporels : une sensation de vide dans le ventre, un poids dans la poitrine, une gorge nouée. L’ostéopathie devient alors un espace d’expression indirecte de ce qui ne pouvait encore être dit.
Ce travail physique, progressif et respectueux, soutient un cheminement psychique. Marie entame une psychothérapie en parallèle, encouragée par son ostéopathe. Les ponts entre les séances se multiplient : ce qui est relâché dans le corps devient matière à réflexion en psychothérapie ; ce qui est conscientisé dans l’esprit trouve un écho dans le tissu, la posture, le souffle.
L’approche jungienne vient ici éclairer ce processus : Marie traverse une période archétypale de mort et de renaissance, une descente dans l’ombre suivie d’un réajustement identitaire. Le corps, dans sa sagesse, agit comme le théâtre silencieux de cette transformation. Chaque tension libérée devient le symbole d’un deuil traversé, d’un attachement réévalué, d’un fragment d’âme récupéré.
Après quelques mois, Marie se dit « reconnectée ». Les douleurs ont nettement diminué, son sommeil est plus stable, et surtout, elle se sent à nouveau habitée. Le corps n’est plus un champ de bataille, mais un lieu de présence. Elle commence même à pratiquer le yoga, non pour « se détendre », mais pour continuer à habiter cette intériorité retrouvée.
Ce cas illustre combien le soin ostéopathique, lorsqu’il s’inscrit dans une perspective holistique, peut accompagner des processus profonds de transformation. Il montre que le corps, loin d’être un simple récepteur passif de stress, est un acteur de la traversée. Il parle, il guide, il contient. Et parfois, il guérit — non pas à la place de l’âme, mais avec elle.
Étude de Cas 2 : Quand la Nuque Parle – Le Fardeau Invisible de Claire
Claire, 35 ans, graphiste indépendante, consulte pour une cervicalgie chronique qui s’intensifie depuis plusieurs semaines. Elle décrit une douleur lancinante à la base du crâne, irradiant parfois vers les tempes et les épaules, accompagnée de maux de tête et d’une grande difficulté à relâcher les tensions, même au repos. Elle affirme avoir « toujours la tête pleine » et se dit incapable de « décrocher mentalement ».
Les examens médicaux n’ont rien révélé d’anormal, si ce n’est une légère rectification de la courbure cervicale. Son médecin lui a prescrit des anti-inflammatoires, sans effet notable. Elle décide alors de consulter un ostéopathe, poussée par une amie.
Dès la première séance, l’ostéopathe perçoit un état de vigilance élevé, une respiration thoracique haute, un cou rigide, des trapèzes hypertendus, et un crâne très peu mobile. En discutant avec elle, il découvre un contexte de surcharge mentale : Claire gère seule son activité professionnelle, tout en s’occupant d’un parent malade et d’un enfant en bas âge. Elle reconnaît avoir du mal à poser des limites, à déléguer, et à exprimer ses propres besoins.
Le praticien travaille d’abord sur les structures en souffrance : la jonction cranio-cervicale, les fascias cervicaux, les articulations costales. Mais rapidement, il oriente aussi son attention vers les zones symboliques du corps. La nuque, en ostéopathie comme en symbolique jungienne, peut représenter le poids des responsabilités, la tension entre volonté et renoncement.
Lors de la troisième séance, en travaillant sur les muscles sous-occipitaux, Claire se met à évoquer, sans y avoir été incitée, une colère enfouie. Elle parle d’un sentiment d’injustice dans sa fratrie, d’une enfance où elle a dû prendre le rôle de « petite adulte » pour combler les silences parentaux. Ces mots, dit-elle, « sortent tout seuls ». Le relâchement tissulaire coïncide ici avec un déblocage émotionnel, subtil mais puissant.
Au fil des séances, des images récurrentes émergent : un collier trop serré, une tête oppressée, une sensation d’étau. L’ostéopathe utilise ces métaphores pour l’aider à donner du sens à ce que son corps manifeste. La douleur cervicale devient progressivement le symbole d’un excès de contrôle, d’un mental surchargé, d’une absence de souplesse face aux événements.
À travers des techniques crâniennes douces, des mobilisations viscérales (notamment sur le plexus solaire), et une rééducation posturale simple, l’ostéopathe accompagne Claire vers un rééquilibrage structurel et énergétique. Mais c’est aussi à travers l’écoute et la mise en mot du ressenti que se fait la transformation.
Inspiré de la pensée jungienne, le praticien l’invite à tenir un journal de rêves, à noter ses sensations corporelles après chaque séance, et à explorer les résonances symboliques de sa douleur. Cette approche intégrative favorise l’émergence d’une conscience élargie, où le symptôme cesse d’être une fatalité pour devenir un guide.
Après deux mois de suivi, Claire observe une nette amélioration : les douleurs sont moins fréquentes, sa posture est plus relâchée, et surtout, elle se dit « plus à l’écoute de ses propres limites ». Elle commence à déléguer certaines tâches, à dire non plus facilement. Sa nuque ne porte plus le même fardeau.
Ce cas illustre comment l’ostéopathie, conjuguée à une lecture symbolique, peut non seulement apaiser le corps, mais aussi accompagner une transformation intérieure. La douleur devient une invitation à revisiter des schémas anciens, à libérer ce qui a été retenu, et à se réconcilier avec une part oubliée de soi.
Étude de Cas 3 : Étude de Cas : Respirer à Nouveau – Le Corps comme Libérateur d’une Histoire Enfouie
Thomas, 47 ans, ingénieur en informatique, consulte pour des douleurs thoraciques intermittentes. Il décrit une gêne située au centre du sternum, associée à une sensation d’oppression, comme s’il ne pouvait jamais respirer à fond. Les examens médicaux, dont une échocardiographie et une épreuve d’effort, n’ont révélé aucune anomalie. Le diagnostic est vite classé comme « anxiété somatisée ». Insatisfait de cette réponse, Thomas décide d’explorer une approche alternative et consulte un ostéopathe.
À la première séance, il apparaît tendu, les épaules enroulées, le thorax verrouillé, et la respiration restreinte au niveau supérieur. Il parle peu, se dit « fatigué de toujours devoir tout contrôler ». L’ostéopathe perçoit rapidement une rigidité diaphragmatique profonde, une limitation de la mobilité costale, et un état global d’hypervigilance corporelle.
Les premiers traitements sont centrés sur la libération mécanique : travail du diaphragme, relâchement des muscles intercostaux, mobilisation du sternum et des vertèbres dorsales. Après deux séances, Thomas remarque une respiration plus fluide, mais il ressent aussi une vague émotionnelle inattendue, qu’il peine à verbaliser.
C’est lors de la troisième séance, alors que l’ostéopathe travaille en douceur sur le diaphragme et le plexus solaire, que les choses se débloquent. Thomas évoque, de manière spontanée, un épisode traumatique enfoui depuis l’enfance : la mort subite de son petit frère à l’âge de 8 ans. À l’époque, ses parents ne lui ont pas permis d’assister aux funérailles, ni même d’en parler. Il dit avoir « tout gardé pour lui, sans bruit, sans larmes ».
Cette révélation agit comme une clé. Le thorax, dans sa symbolique jungienne, est le centre du cœur, du souffle, de la peine contenue. La restriction respiratoire de Thomas prend soudain un sens symbolique fort : elle est le reflet d’un chagrin resté suspendu, d’un souffle bloqué par l’interdit de pleurer.
À partir de là, le travail ostéopathique prend une tournure différente. Il ne s’agit plus seulement de restaurer la mobilité costale, mais d’accompagner un processus de libération émotionnelle, d’intégration. Le corps devient le lieu où peut enfin s’exprimer ce deuil ancien. Les manipulations deviennent plus subtiles : cranio-sacré, travail énergétique sur le médiastin, écoute tissulaire attentive. Chaque séance permet à Thomas d’aller un peu plus loin dans l’accueil de ce qu’il a longtemps enfoui.
En parallèle, il commence à faire des rêves puissants. Il voit des portes qui s’ouvrent, des chambres fermées, un enfant qui pleure au loin. L’ostéopathe, inspiré par l’approche jungienne, l’invite à noter ses rêves, à laisser les symboles parler. Il ne s’agit pas d’interpréter, mais de laisser le langage de l’inconscient résonner avec les transformations du corps.
Au bout de quelques semaines, Thomas respire mieux, mais surtout, il parle différemment. Sa voix est plus posée, son regard plus clair. Il dit : « Je sens que je reprends possession de mon corps… et de ma peine. » Ce processus ne l’a pas « guéri » d’un jour à l’autre, mais il lui a offert un espace où son histoire a pu être entendue – par son corps d’abord, par sa conscience ensuite.
Ce cas montre que l’ostéopathie, lorsqu’elle s’allie à une écoute symbolique et psychocorporelle, peut raviver la mémoire corporelle enfouie et soutenir un processus d’individuation. En libérant les tensions tissulaires, elle permet à l’âme d’exprimer ce qu’elle n’a jamais pu dire, et au patient de redevenir auteur de son récit intérieur.
La Relation Thérapeutique : Quand Deux Présences Permettent la Transformation
Dans la pensée de Carl Jung, la thérapie ne se réduit jamais à l’application d’une méthode ou à l’utilisation d’une technique. Elle repose avant tout sur une rencontre humaine profonde. Pour Jung, le processus thérapeutique est un espace vivant où deux psychés entrent en relation : celle du patient et celle du thérapeute.
Dans cette rencontre, deux histoires personnelles se croisent, deux expériences du monde se mettent en dialogue. Le thérapeute n’est pas un observateur neutre qui appliquerait simplement un protocole. Sa présence, son écoute et sa capacité à accueillir l’expérience de l’autre deviennent des éléments essentiels du processus de transformation.
Jung parlait souvent de la thérapie comme d’un processus relationnel dynamique, dans lequel la compréhension, la confiance et la sécurité psychologique permettent à des contenus inconscients d’émerger progressivement. Dans ce cadre, la relation thérapeutique devient un espace où la personne peut explorer des aspects d’elle-même qu’elle n’avait pas encore pu reconnaître ou exprimer.
Dans la pratique ostéopathique, cette dimension relationnelle prend une forme particulière à travers le toucher thérapeutique. Le contact manuel ne sert pas uniquement à examiner une articulation ou à corriger une restriction de mobilité. Il crée également un espace de communication non verbale entre le thérapeute et le patient.
Le toucher attentif et respectueux peut contribuer à instaurer un sentiment de sécurité physiologique et relationnelle. Dans cet état de confiance, le système nerveux peut progressivement quitter un mode de vigilance ou de protection pour entrer dans un état plus propice au relâchement et à la régulation.
Dans ce contexte, certaines tensions corporelles profondément inscrites dans les tissus peuvent commencer à se relâcher. Le corps retrouve alors progressivement de la mobilité, et la personne peut accéder à une perception plus claire de ses sensations et de ses émotions.
Ainsi, le soin ostéopathique peut devenir bien plus qu’une intervention mécanique sur le corps. Il peut offrir un espace dans lequel le corps et la psyché retrouvent progressivement un dialogue, permettant au patient de rétablir une forme d’équilibre entre son expérience corporelle et son vécu intérieur.
Conclusion – Une Alliance Prometteuse entre Science et Symbolisme
Le corps humain n’est pas seulement un assemblage de structures anatomiques. Il est aussi le lieu où se rencontrent l’histoire personnelle, les émotions et les dynamiques profondes de la psyché.
Carl Jung nous a appris que les symptômes peuvent parfois être les signes d’un processus de transformation intérieure. L’ostéopathie, en rétablissant le mouvement et l’équilibre du corps, peut accompagner ce processus d’une manière subtile mais profonde.
Entre science et symbolisme, entre structure et sens, se dessine alors une vision plus large du soin : une médecine qui ne cherche pas seulement à corriger un dysfonctionnement, mais à aider l’être humain à retrouver son équilibre intérieur.
Références
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