Quand un tendon produit un clic douloureux à l’intérieur du genou
Entendre son genou cliquer en montant un escalier n’annonce pas forcément une lésion. Le bruit devient plus informatif lorsqu’il apparaît toujours au même endroit, reproduit une douleur connue et limite une activité. Parmi les causes possibles figure le ressaut de la patte d’oie, aussi appelé syndrome de l’anse d’oie à ressaut ou snapping pes anserinus. Un tendon change alors brusquement de position pendant que le genou se plie ou se redresse. Ce phénomène est décrit dans de petites séries ; il reste inhabituel et ne doit pas devenir l’explication automatique de tout clic interne.[1] [2]
La question pratique est de savoir quelle structure bouge et si ce mouvement explique vraiment la gêne. Un tendon visible à l’échographie peut glisser sans être douloureux. À l’inverse, une douleur interne peut provenir du ménisque, d’une bourse ou d’un autre tissu. L’examen pendant le mouvement, associé à l’histoire des symptômes, aide à relier ces informations. Une image réalisée au repos ne raconte pas nécessairement ce qui se passe lors du ressaut.[2] [3]
Trois tendons convergent vers le tibia
La patte d’oie correspond aux tendons du sartorius, du gracile et du semi-tendineux qui s’insèrent sur la partie antéro-interne du tibia, sous l’interligne du genou. Ils proviennent de régions différentes de la cuisse et participent à la flexion ainsi qu’au contrôle du membre inférieur. Le sartorius se situe plus superficiellement ; le gracile et le semi-tendineux passent dans des plans plus profonds. Une bourse facilite le glissement entre les tendons et les tissus voisins.
Ces structures se déplacent naturellement avec les changements d’angle du genou. Dans les cas publiés, le gracile ou le semi-tendineux peut franchir brusquement un relief osseux ou une structure voisine. La sensation est celle d’une corde qui passe d’un côté à l’autre d’un obstacle, plutôt que celle d’une articulation entière qui se déboîte. Le trajet exact varie : il faut identifier le tendon concerné au lieu de supposer un mécanisme identique chez tous les patients.[2] [3] [12]
Le semi-membraneux, voisin du semi-tendineux, ne fait pas partie des trois tendons de la patte d’oie. Un rapport décrit néanmoins un ressaut impliquant ces deux tendons chez une triathlète. Cette distinction anatomique compte : l’expression « ressaut interne du genou » couvre plusieurs situations, dont certaines dépassent la patte d’oie au sens strict. Une localisation approximative ne suffit donc pas à choisir une intervention.[6]
Décrire le symptôme avant de lui donner un nom
Le récit précise depuis quand le clic existe, s’il a suivi une blessure ou une chirurgie, et quelles activités le déclenchent. Un ressaut pendant les derniers degrés de redressement n’est pas identique à un accrochage dans une flexion profonde. Il est utile de distinguer le bruit entendu, le déplacement senti sous la peau et la douleur. Ces trois expériences peuvent coïncider, mais leur association doit être vérifiée plutôt que présumée.[1] [2]
Le vélo, la course, un squat ou le passage de la position assise à debout peuvent révéler le phénomène. Cela ne prouve pas que ces activités ont abîmé le tendon. Elles peuvent simplement répéter l’angle auquel il change de position. Une personne qui entend un clic indolore, garde son amplitude et poursuit ses activités n’a pas les mêmes besoins qu’une personne qui évite les escaliers à cause de douleurs répétées.
Le praticien observe quelques mouvements confortables et cherche à reproduire le symptôme habituel sans multiplier les essais irritants. La palpation peut repérer un déplacement superficiel, mais elle ne distingue pas toujours précisément les tendons voisins. Un clic observé une fois, sans douleur concordante, reste un indice limité. La comparaison avec l’autre genou apporte du contexte sans faire de toute différence un problème.[1] [2]
Plusieurs causes de douleur interne se ressemblent
Le tableau suivant présente des pistes d’orientation, pas un outil d’autodiagnostic. Deux problèmes peuvent coexister. Une douleur très localisée, un gonflement ou un accrochage ne sont pas exclusifs d’un seul tissu. La recherche d’un déplacement tendineux concordant est particulièrement utile pour éviter d’attribuer un ressaut superficiel à une anomalie méniscale découverte fortuitement.[2]
| Hypothèse | Éléments possibles | Point à vérifier |
|---|---|---|
| Ressaut tendineux de la patte d’oie | Passage superficiel, parfois palpable, pendant une flexion-extension précise | Observer le tendon au moment du symptôme ; un clic seul ne suffit pas. |
| Atteinte méniscale | Douleur à l’interligne, parfois gonflement, accrochage ou blocage | Les symptômes se recoupent ; rechercher une cause dans l’articulation. |
| Bursite de la patte d’oie | Sensibilité sous l’interligne interne, souvent lors des efforts | Une bourse douloureuse ne produit pas nécessairement un tendon qui saute. |
| Ligament collatéral médial | Douleur après contrainte latérale, parfois impression d’instabilité | L’histoire du traumatisme et l’examen ligamentaire orientent. |
| Plica ou douleur fémoro-patellaire | Accrochage ou douleur plus antérieure selon la tâche | La localisation du clic et de la douleur doit être concordante. |
| Proéminence osseuse | Masse dure ou relief inhabituel, notamment chez un jeune | Une radiographie peut être nécessaire ; éviter de conclure à une simple tension. |

L’échographie dynamique montre le passage du tendon
L’échographie dynamique consiste à suivre les tissus pendant que la personne reproduit le mouvement. La sonde est placée dans la région concernée, puis le praticien observe le trajet des tendons lors de la flexion-extension. L’intérêt est de voir le déplacement au même instant que le clic et la douleur habituelle. Des publications ont documenté ainsi un ressaut du gracile, du semi-tendineux ou de leur association.[2] [3] [7]
Cet examen dépend de l’expérience de l’opérateur et de la possibilité de reproduire le phénomène. Un mouvement uniquement présent en charge peut être difficile à retrouver allongé. La pression de la sonde peut également modifier le glissement. Il faut donc interpréter l’observation avec la situation réelle du patient. L’échographie apporte une information dynamique ; elle ne rend pas automatiquement causal tout mouvement inhabituel découvert.
La radiographie répond à une autre question : existe-t-il un relief osseux, une masse ou une particularité après chirurgie ? L’IRM peut être utile lorsque l’on suspecte une cause intra-articulaire ou une autre lésion des tissus. Toutefois, une IRM normale au repos n’exclut pas un ressaut. Une danseuse décrite dans la littérature présentait un phénomène observable malgré une IRM normale, ce qui illustre cette différence entre examen statique et mouvement.[5]
Les situations après chirurgie ou chez l’enfant
Des ressauts ont été rapportés après une prothèse totale et après une prothèse unicompartimentale du genou. Ces observations sont rares et ne permettent pas d’estimer un risque individuel. Elles rappellent qu’un nouveau clic douloureux après chirurgie doit être replacé dans le contexte opératoire : les rapports entre tendons et structures voisines peuvent avoir changé. Il est préférable de prévenir l’équipe qui suit le genou plutôt que d’engager seul une série d’étirements intensifs.[8] [9]
Chez l’enfant ou l’adolescent, une masse dure près du tibia proximal mérite une évaluation. Une petite série a décrit cinq jeunes présentant des symptômes de la patte d’oie associés à un ostéochondrome ; un seul avait un ressaut. D’autres observations portent sur des éperons tibiaux irritant la bourse. Ces publications ne signifient pas que tout clic chez un jeune provient d’une tumeur osseuse. Elles justifient de vérifier un relief palpable ou une douleur persistante inhabituelle.[10] [11]
Adapter l’activité sans chercher le silence absolu
Lorsque les symptômes ne suggèrent pas une situation urgente, l’accompagnement peut commencer par diminuer temporairement le mouvement le plus irritant. Il peut s’agir de raccourcir une séance, réduire une résistance ou choisir une amplitude plus confortable. L’objectif est de maintenir les activités tolérées tout en évitant la répétition quotidienne d’un clic franchement douloureux. Le repos complet n’est pas un programme universel, et la disparition immédiate du bruit n’est pas le seul repère de progression.
Sur un vélo, une adaptation modeste de la résistance ou de la position peut être testée avec une personne compétente. Pour les escaliers, une marche moins haute ou un appui supplémentaire peut aider temporairement. On évalue alors si la douleur baisse et si la tâche devient plus facile. Ces essais sont des ajustements individuels ; les petites publications disponibles ne démontrent pas qu’un réglage particulier corrige le trajet du tendon chez tous les patients.[1] [2]
Construire une reprise guidée par la tolérance
Un travail progressif de force peut soutenir la capacité globale du membre inférieur. Selon les besoins, il peut inclure des flexions de genou contre résistance légère, des ponts, des montées sur une marche ou des exercices de hanche. Le choix dépend de la réponse au mouvement et des objectifs. On commence dans une amplitude tolérée, puis on augmente progressivement une variable, comme le nombre de répétitions ou la résistance. Il n’existe pas d’essai solide établissant une dose spécifique pour ce syndrome rare.
Des étirements ne sont pas nécessaires simplement parce qu’un tendon saute. Ils peuvent être envisagés en présence d’une limitation de mobilité pertinente, à condition de ne pas reproduire fortement la douleur. L’idée de faire passer un tendon au bon endroit en tirant davantage sur le muscle est trop simpliste. Une modification anatomique, un relief osseux ou un trajet particulier ne disparaît pas automatiquement avec plus de souplesse.
Le suivi porte sur une tâche choisie avec le patient : nombre de marches confortables, durée de vélo ou distance de course. On note la gêne pendant l’activité, mais aussi la récupération ensuite. Une amélioration signifie que les activités importantes redeviennent accessibles et que les symptômes sont moins perturbants. Un bruit résiduel indolore ne nécessite pas forcément de suspendre la reprise. En revanche, une douleur croissante ou un blocage impose une réévaluation.
Que permettent réellement les traitements spécifiques ?
La littérature repose surtout sur des cas isolés et de très petites séries. Une publication décrit quatre patients ; une autre rapporte trois interventions sur les tendons internes. Des résultats favorables existent après une intervention ciblée, mais ces observations ne permettent pas de comparer solidement les options ni de prédire le résultat pour une nouvelle personne. Elles ne constituent pas la validation d’un protocole applicable à tous.[1] [4]
Une discussion chirurgicale peut être pertinente lorsque le mécanisme est documenté, la douleur reste limitante et une prise en charge adaptée n’a pas suffi. Les gestes décrits dépendent du tendon ou du relief responsable. Un cas de chirurgie sélective du gracile souligne l’intérêt de l’identification échographique préalable ; il ne démontre pas que cette technique soit supérieure dans toutes les situations. Le bénéfice attendu, les conséquences sur la fonction et les incertitudes doivent être discutés individuellement.[7]
La place de l’ostéopathie dans cet accompagnement
Une approche ostéopathique peut contribuer à comprendre les tâches qui provoquent la gêne, examiner la mobilité confortable et accompagner des adaptations cohérentes avec les objectifs du patient. L’observation de la hanche et de la cheville peut être utile si une modification de ces régions change effectivement la tâche. Cela ne permet pas de conclure qu’un bassin asymétrique est la cause du ressaut.
Il n’existe pas de preuve clinique solide montrant que l’ostéopathie modifie durablement le trajet du tendon responsable de ce syndrome. Une amélioration de confort ne démontre pas qu’une insertion a changé. La relation entre structure et fonction invite ici à observer avec précision, à vérifier les effets dans l’activité et à reconnaître les limites du toucher. Le praticien doit aussi orienter lorsque la situation exige une imagerie ou un avis spécialisé.
Consulter rapidement
Un traumatisme important, l’impossibilité de prendre appui, un genou très chaud et gonflé, de la fièvre, un véritable blocage, une masse qui grossit ou une détérioration rapide nécessitent une évaluation rapide. Ces signes dépassent l’explication d’un simple ressaut tendineux.
Références scientifiques
- Bollen et Arvinte. Snapping pes syndrome: a report of four cases. 2008.
- Shapiro et coll. Snapping Pes Anserinus and the Diagnostic Utility of Dynamic Ultrasound. 2017.
- Karataglis et coll. Snapping knee syndrome in an athlete caused by the semitendinosus and gracilis tendons. 2008.
- Geeslin et LaPrade. Surgical treatment of snapping medial hamstring tendons. 2010.
- Guney et coll. Semitendinosus snapping: analysis of movement, electromyographic activities, muscle strength and endurance, motor control and joint position sense. 2013.
- von Dercks et coll. Snapping knee syndrome caused by semitendinosus and semimembranosus tendons. 2016.
- Akagawa et coll. Snapping Pes Syndrome Caused by the Gracilis Tendon: Successful Selective Surgery with Specific Diagnosis by Ultrasonography. 2020.
- Tensho et coll. Snapping pes syndrome after total knee arthroplasty. 2014.
- Inui et coll. Snapping Pes Syndrome after Unicompartmental Knee Arthroplasty. 2016.
- Sakamoto et Matsuda. Pes Anserinus Syndrome Caused by Osteochondroma in Paediatrics: A Case Series Study. 2017.
- Tiwari et coll. Pes Anserinus Bursitis due to Tibial Spurs in Children. 2017.
- Bae et Kwon. Snapping knee caused by the gracilis and semitendinosus tendon. 1997.



















