Une brûlure du dos du pouce sans faiblesse peut provenir de la branche superficielle du nerf radial
Une brûlure ou des fourmillements sur le dos du pouce et le bord radial de la main peuvent parfois être pris pour une ténosynovite de De Quervain, un problème cervical ou un syndrome du canal carpien. Pourtant, une petite branche sensitive du nerf radial peut être responsable : le syndrome de Wartenberg, aussi appelé cheiralgia paresthetica ou neuropathie du nerf radial superficiel.
Le nerf radial superficiel est purement sensitif. Lorsqu’il est comprimé ou irrité dans l’avant-bras distal, il peut provoquer douleur, brûlure, picotements et hypersensibilité sur le dos radial de la main, souvent autour du pouce et de l’index, sans déficit moteur. Une série électrodiagnostique de 2023 portant sur 34 patients a montré que les causes traumatiques et iatrogènes dominaient, alors qu’une cause compressive externe ou locale était retrouvée chez d’autres patients.
Pour l’ostéopathe, ce syndrome est important parce qu’il peut être confondu avec plusieurs douleurs beaucoup plus fréquentes. Une bonne localisation des symptômes, l’absence de déficit moteur et le contexte — montre serrée, menottes, bracelets, chirurgie ou traumatisme — orientent le raisonnement, mais l’imagerie ou l’électrodiagnostic peuvent être nécessaires dans les cas persistants.
Anatomie du nerf radial superficiel
Le nerf radial se divise près du coude en une branche profonde motrice et une branche superficielle principalement sensitive. La branche superficielle descend dans l’avant-bras sous le brachioradial, en relation avec l’artère radiale, puis devient sous-cutanée dans le tiers distal.
Elle se divise ensuite en branches qui innervent une partie du dos du pouce, de l’index et de la main radiale. Son trajet superficiel la rend vulnérable à la compression externe et aux traumatismes.
Une revue anatomique récente des compressions du nerf radial rappelle que le syndrome de Wartenberg représente l’une des neuropathies spécifiques de la branche superficielle [1].
Pourquoi ce nerf peut-il être comprimé ?
Les causes comprennent :
- bracelet, montre ou bandage serré ;
- menottes ;
- traumatisme direct ;
- chirurgie du poignet ou de l’avant-bras ;
- cicatrice ;
- mouvements répétitifs de pronation-supination ;
- compression sous le brachioradial ;
- masse ou ganglion dans de rares cas.
La branche devient particulièrement superficielle près du poignet, ce qui explique pourquoi une pression externe relativement modeste peut produire des symptômes.
Quels symptômes ?
Le patient peut décrire :
- brûlure sur le dos radial de la main ;
- picotements du pouce ou de l’index ;
- hypersensibilité au contact ;
- douleur lors de la pronation ;
- douleur avec préhension ou pincement ;
- symptômes aggravés par un bracelet ou une montre ;
- absence habituelle de faiblesse.
Le terme cheiralgia paresthetica décrit précisément cette combinaison de douleur et paresthésies dans le territoire radial superficiel [2].
Pourquoi la pronation peut-elle aggraver les symptômes ?
Lorsque l’avant-bras tourne en pronation, la relation entre le nerf, le brachioradial et les tissus voisins change. Cette position peut augmenter la tension ou la compression sur la branche superficielle.
Les mouvements répétitifs de rotation de l’avant-bras, notamment certains sports ou métiers manuels, peuvent donc entretenir les symptômes.
Différentiel : ténosynovite de De Quervain
La ténosynovite de De Quervain provoque une douleur sur le bord radial du poignet, surtout lors des mouvements du pouce et de la préhension.
Elle peut se situer presque au même endroit que la neuropathie de Wartenberg. La différence importante est la qualité neurologique : brûlure, engourdissement, allodynie ou picotements suggèrent davantage un nerf.
Les deux conditions peuvent également coexister.
Différentiel : radiculopathie cervicale
Une atteinte cervicale peut provoquer des paresthésies vers le pouce et la main. Le tableau est cependant généralement plus étendu et peut s’accompagner de douleur cervicale, faiblesse ou modification des réflexes.
L’examen du cou reste important lorsque les symptômes ne sont pas strictement limités au territoire du nerf radial superficiel.
Différentiel : canal carpien
Le canal carpien touche le nerf médian. Les paresthésies concernent surtout la face palmaire du pouce, de l’index, du majeur et parfois la moitié de l’annulaire.
Le syndrome de Wartenberg concerne plutôt la face dorsoradiale de la main.
Différentiel : nerf cutané latéral de l’avant-bras
Le nerf cutané latéral de l’avant-bras peut participer à l’innervation du dos radial du poignet et du pouce chez certaines personnes. Les territoires se chevauchent parfois.
Cette variation explique pourquoi la cartographie sensitive n’est jamais parfaitement identique d’un patient à l’autre.
Comment le diagnostic est-il posé ?
Le diagnostic repose surtout sur :
- distribution des symptômes ;
- absence de faiblesse ;
- reproduction par pression ou percussion sur le trajet nerveux ;
- facteurs compressifs évidents ;
- exclusion d’un problème tendineux ou cervical.
Les études de conduction peuvent être utiles, mais une petite neuropathie sensorielle peut parfois donner des résultats limites.
Échographie haute résolution
L’échographie peut visualiser la branche superficielle du nerf radial et rechercher un épaississement, une cicatrice ou une compression. Une revue de 2023 sur les nerfs distaux du poignet décrit l’échographie comme un outil complémentaire utile pour les petites branches nerveuses [3].
Elle peut également guider une injection diagnostique ou thérapeutique lorsque cela est indiqué.
Le rôle du test de Tinel
Une percussion légère sur le nerf peut reproduire les paresthésies. Ce signe de Tinel soutient l’hypothèse mais n’est pas spécifique.
Le test doit être interprété avec la distribution des symptômes et le contexte.
Traitement conservateur
La première étape consiste souvent à supprimer la compression :
- retirer ou desserrer montre et bracelet ;
- éviter les bandages serrés ;
- adapter les gestes répétitifs ;
- réduire temporairement les activités provocatrices ;
- protéger une cicatrice sensible.
Beaucoup de formes légères s’améliorent lorsque l’irritation mécanique disparaît.
Le rôle de l’ostéopathie
L’ostéopathe peut travailler la mobilité du poignet, de l’avant-bras et du coude, réduire certaines tensions autour du brachioradial et aider à identifier les gestes qui reproduisent les symptômes.
Le traitement doit rester doux. Une pression forte directement sur un nerf superficiel et irrité peut augmenter la douleur.
La réponse doit être évaluée sur les symptômes et la fonction, non sur l’impression de « libérer » le nerf.
Mobilisations neurales
Des glissements doux du nerf radial peuvent être proposés. Ils doivent rester sous le seuil de provocation.
Une augmentation durable des paresthésies après l’exercice signifie généralement que la dose est trop élevée.
Désensibilisation
Lorsque la peau devient hypersensible, une exposition progressive à différents tissus, textures et pressions légères peut aider à réduire l’allodynie.
Le patient doit avancer progressivement plutôt que forcer la zone douloureuse.
Quand une injection est-elle envisagée ?
Une injection locale d’anesthésique ou de corticostéroïde peut être proposée dans certains cas persistants. L’échographie permet de cibler le nerf et d’éviter les structures voisines.
Ces procédures appartiennent à la médecine interventionnelle.
Quand la chirurgie est-elle envisagée ?
Une décompression chirurgicale est réservée aux cas persistants avec compression localisée et échec du traitement conservateur.
Une masse, une cicatrice serrée ou un neurome peuvent modifier la décision.
Le rôle des cicatrices
Une intervention sur le poignet ou l’avant-bras peut irriter une petite branche nerveuse même lorsque la chirurgie a atteint son objectif principal.
Une douleur très superficielle, électrique et sensible au toucher près d’une cicatrice mérite donc une évaluation nerveuse spécifique.
Pourquoi la force reste-t-elle normale ?
La branche superficielle du nerf radial est sensitive. Une faiblesse d’extension du poignet ou des doigts suggère une atteinte plus proximale du nerf radial ou une autre neuropathie.
Cette distinction est particulièrement utile pour le triage.
Quand référer ?
Une évaluation spécialisée est pertinente si :
- la douleur persiste plusieurs mois ;
- une faiblesse apparaît ;
- une masse est suspectée ;
- la douleur suit une chirurgie ;
- l’échographie ou les études de conduction sont nécessaires ;
- les symptômes s’étendent au-delà du territoire attendu.
Le retest
Le suivi peut utiliser la tolérance au port d’une montre, la pronation, la préhension, l’étendue de la zone engourdie et la sensibilité au contact.
Une réduction de l’allodynie et une meilleure tolérance aux gestes quotidiens indiquent une évolution favorable.
Ce que l’ostéopathie ne peut pas prétendre
Elle ne peut pas confirmer une neuropathie par simple palpation, remplacer l’échographie ou les études de conduction dans un cas complexe, ni réparer un nerf lésé par massage.
Elle peut contribuer à diminuer les contraintes mécaniques, soutenir la mobilité et aider le patient à reprendre progressivement ses activités.
Pourquoi les gestes de pince et de préhension peuvent-ils entretenir les symptômes ?
La préhension combine souvent pronation de l’avant-bras, déviation du poignet et tension des tissus autour du nerf radial superficiel. Chez une personne déjà irritable, des tâches répétées comme tourner un tournevis, utiliser des ciseaux, tenir un téléphone ou saisir fortement un objet peuvent provoquer une poussée.
La stratégie n’est pas d’interdire durablement ces gestes, mais de réduire temporairement leur fréquence ou leur intensité puis de les réintroduire progressivement. Cette exposition graduée permet de suivre la tolérance nerveuse plutôt que de maintenir une immobilisation prolongée.
Que montrent les séries cliniques ?
Une série de 34 patients publiée en 2023 a confirmé que les causes étaient variées : traumatisme, lésions iatrogènes, compression externe, kystes ou absence de cause clairement identifiable. La plupart des patients présentaient une diminution de la sensibilité dans le territoire radial dorsal et les études de conduction étaient fréquemment anormales.
Une série historique de 52 cas avait déjà montré qu’une prise en charge conservatrice pouvait donner de bons résultats chez une proportion importante de patients. Elle avait aussi souligné une association fréquente avec la ténosynovite de De Quervain, ce qui explique pourquoi les deux diagnostics peuvent être confondus ou coexister.
Échographie et électrodiagnostic
L’échographie haute résolution peut montrer un élargissement focal du nerf, une compression dynamique, une cicatrice ou une masse adjacente. Dans la série de 2023, la moitié des patients ayant eu une échographie présentaient une augmentation de la section du nerf au site de lésion ou de compression.
Les études de conduction sensitive sont également utiles. Leur normalité n’exclut pas toujours une irritation légère, mais une réduction importante de l’amplitude ou l’absence de réponse renforce le diagnostic lorsqu’elle correspond au territoire clinique.
Pronostic et retour aux activités
Une neuropathie due à une compression externe récente peut s’améliorer lorsque la pression cesse. Une lésion postopératoire, un neurome ou une compression persistante peut demander davantage de temps et parfois une prise en charge spécialisée. Le retour d’une sensibilité normale peut être lent, même lorsque la douleur diminue.
Le retour aux activités doit être guidé par la tolérance au contact, à la pronation et à la préhension. Une hypersensibilité croissante ou une zone engourdie qui s’étend doit conduire à réévaluer la situation.
Ce qu’il faut retenir
Le syndrome de Wartenberg est une neuropathie sensitive rare du nerf radial superficiel. Il provoque brûlure, picotements et hypersensibilité sur le dos radial de la main sans faiblesse motrice. Le diagnostic demande de distinguer De Quervain, radiculopathie cervicale, autres neuropathies cutanées et lésions locales du poignet.
Pour l’ostéopathe, la meilleure stratégie consiste à reconnaître la distribution neurologique, éliminer une compression externe évidente, accompagner prudemment le mouvement et orienter lorsque les symptômes persistent, s’étendent ou deviennent atypiques.
Références scientifiques
- Shields LBE, Iyer VG, Zhang YP, Shields CB. Etiological study of superficial radial nerve neuropathy: series of 34 patients. Front Neurol. 2023;14:1175612. PMID:37153666.
- Cheiralgia Paresthetica (Wartenberg Syndrome). StatPearls. Updated 2026. PMID:31424784.
- Olewnik Ł, et al. Radial nerve compression: anatomical perspective and clinical consequences. 2023. PMID:36781706.
- Wu CH, et al. Ultrasound Imaging and Guidance for Distal Peripheral Nerve Pathologies at the Wrist/Hand. Diagnostics. 2023;13(11):1928. PMID:37296780.
- Braidwood AS. Superficial radial neuropathy. J Bone Joint Surg Br. 1975;57(3):380-383. PMID:1158953.
- Lanzetta M, Foucher G. Entrapment of the superficial branch of the radial nerve (Wartenberg’s syndrome): a report of 52 cases. Int Orthop. 1993;17(6):342-345. PMID:8163306.
- Wartenberg syndrome: a rare or rarely diagnosed compression syndrome of the radial nerve? 1997. PMID:9303888.
- Ultrasound of the Radial Nerve: A Pictorial Review. 2021. PMID:33629784.
- Mononeuropathies of the radial nerve: clinical and neurographic findings in 91 consecutive cases. 2005. PMID:15811608.
- Ultrasound Imaging for the Cutaneous Nerves of the Extremities and Relevant Entrapment Syndromes. 2018. PMID:30469370.
- High-Resolution Ultrasound of Clinically Relevant Sensory Nerves of the Arm and the Forearm. 2025. PMID:40716108.
- Neuropathic pain in superficial radial neuropathy: neurophysiological correlations in a retrospective series of 20 patients. 2026.



















