Un accord libre, compris et renouvelé tout au long du soin
Le consentement est souvent imaginé comme une signature ou une question posée au début de la première séance : « êtes-vous d’accord pour être traité? ». En pratique manuelle, cette approche est insuffisante.

Le consentement est un processus continu. [1] Une mobilisation douce, une technique abdominale, un contact près d’une zone intime ne représentent pas la même expérience. Demander l’accord avant une nouvelle technique respecte l’autonomie du patient, mais peut également améliorer la qualité du traitement en augmentant la prévisibilité, le contrôle et la confiance.
Pourquoi un consentement général ne couvre-t-il pas nécessairement tout?
Un patient peut accepter un examen manuel mais ne pas vouloir un contact abdominal.
Il peut accepter un contact sur l’épaule mais être inconfortable avec une technique abdominale.
Le consentement doit donc correspondre à l’intervention réellement proposée. [3]
Qu’est-ce qu’un consentement éclairé?
Le patient doit comprendre suffisamment :
- ce qui est proposé;
- pourquoi;
- les bénéfices attendus;
- les risques pertinents;
- les alternatives;
- qu’il peut refuser ou interrompre.
Le consentement doit-il toujours être formel et long?
Non.
Après une information adaptée, l’accord peut être vérifié simplement :
« Je vais maintenant mobiliser votre épaule dans cette direction. Est-ce que ça vous convient? »
L’important est que la question soit réelle et que le patient puisse répondre librement.
Pourquoi la prévisibilité compte-t-elle?
Un stimulus inattendu est généralement plus susceptible de provoquer une réaction de sursaut ou de protection.
Lorsque le patient sait ce qui va se passer, il peut se préparer et signaler plus tôt une sensation désagréable.
Pourquoi le contrôle change-t-il l’expérience?
Savoir qu’on peut dire stop, demander moins de pression ou changer de position réduit l’impuissance.
Le sentiment de contrôle est particulièrement important chez les personnes très sensibles ou ayant vécu des expériences de soins négatives.
Le consentement peut-il diminuer la contraction musculaire?
Cela peut améliorer le confort, mais ce n’est ni un test musculaire ni une garantie de relâchement.
Une personne qui anticipe un contact douloureux peut retenir sa respiration ou se raidir avant le contact.
Expliquer et demander l’accord peut diminuer cette anticipation.
Pourquoi cela ne doit-il pas être interprété comme de la “résistance”?
Une contraction protectrice n’est pas forcément volontaire.
Elle peut refléter l’incertitude, une mauvaise expérience précédente ou simplement la peur que le geste fasse mal.
Le rôle du praticien est d’ajuster le contexte, pas de forcer le patient à « lâcher prise ».
Quand faut-il redemander le consentement?
Notamment lorsque :
- la région change;
- la technique change;
- la pression augmente;
- le patient change de position;
- une zone sensible ou intime est approchée;
- le patient manifeste une hésitation.
Une absence de refus signifie-t-elle un consentement?
Pas toujours.
Un patient peut rester silencieux par politesse, surprise ou impression qu’il n’a pas le choix.
Le praticien doit créer un espace où le refus est réellement possible.
Pourquoi le langage “je vais faire ça maintenant” est-il différent de “est-ce que cela vous convient?”
La première formulation annonce une décision déjà prise.
La seconde ouvre une possibilité de choix.
Cette différence est petite en apparence mais importante pour l’autonomie.
Le patient peut-il retirer son consentement pendant la technique?
Oui.
Le consentement n’est jamais irrévocable.
Un patient peut changer d’avis si une technique est inconfortable ou s’il se sent inquiet.
Pourquoi cela améliore-t-il la qualité clinique?
Parce que le patient donne davantage d’informations.
S’il se sent libre de parler, il signalera plus facilement :
- douleur inhabituelle;
- vertige;
- engourdissement;
- peur;
- inconfort;
- préférence pour une autre approche.
Ces informations permettent au praticien d’ajuster la technique.
Le consentement peut-il améliorer la relation thérapeutique?
Oui.
Il montre que le praticien considère le patient comme partenaire du soin, pas comme objet passif.
Cette collaboration peut renforcer la confiance et l’engagement.
Quelle différence entre consentement et préférence?
Le consentement répond à la question : « est-ce acceptable pour vous? »
La préférence va plus loin : « parmi les options raisonnables, laquelle préférez-vous? »
Une décision partagée prend les deux en compte.
Pourquoi proposer des alternatives?
Un patient ne peut pas réellement choisir si une seule option lui est présentée.
Pour une cervicalgie, par exemple, le praticien peut proposer :
- mobilisation douce;
- traitement thoracique;
- exercice;
- combinaison de plusieurs approches.
Que montrent les études sur les événements indésirables?
Une revue systématique 2024 sur les essais de thérapie manuelle des extrémités a montré que la qualité du rapport des événements indésirables restait insuffisante.
Les auteurs soulignent que le consentement exige une meilleure connaissance et une meilleure communication des risques. [6]
Comment parler des risques sans créer de peur excessive?
Il faut être proportionnel.
Un risque rare ne doit pas être présenté comme probable, mais ne doit pas être caché lorsqu’il est pertinent. [7]
Une formulation claire pourrait être :
« Voici les bénéfices possibles, les risques pertinents pour votre situation et les limites des données. Nous pouvons aussi choisir une autre approche ou ne pas réaliser ce geste. »
Le consentement écrit remplace-t-il la conversation?
Non.
Un formulaire peut documenter l’information, mais il ne prouve pas que le patient a compris ni qu’il se sent libre de refuser.
Qu’est-ce que la décision partagée?
Le praticien apporte ses connaissances cliniques et le patient apporte ses objectifs, préférences et valeurs.
La décision est prise ensemble lorsque plusieurs options raisonnables existent. [2]
Pourquoi cela est-il particulièrement adapté aux troubles musculosquelettiques?
Parce que plusieurs interventions ont souvent des bénéfices comparables ou modestes.
Il peut donc être légitime de choisir selon le confort, les préférences, l’expérience et les objectifs.
Consentement et toucher abdominal en ostéopathie
Les techniques abdominales peuvent être perçues comme plus intimes ou vulnérabilisantes.
Le praticien doit expliquer pourquoi il souhaite toucher cette région et demander clairement l’accord.
Il ne doit pas supposer que le fait d’être allongé sur une table signifie que tout contact est accepté.
Consentement et approche psychocorporelle
Lorsqu’un praticien observe une réaction émotionnelle ou corporelle, il doit éviter d’imposer une interprétation.
Le patient doit rester libre de reconnaître ou non l’hypothèse proposée.
Pourquoi demander “comment vous sentez-vous dans votre corps?” peut être utile?
Cette question laisse le patient décrire son expérience sans suggérer une cause.
Elle est différente de : « est-ce que cette tension vous rappelle un traumatisme? » qui oriente fortement l’interprétation.
Le silence du patient est-il un problème?
Pas nécessairement.
Mais si le praticien change de technique ou approche une région sensible, il doit vérifier explicitement le confort plutôt que supposer que le silence signifie l’accord.
Pourquoi la sécurité corporelle améliore-t-elle parfois la réponse au traitement?
Lorsque le patient se sent en contrôle, le toucher peut être mieux toléré et le mouvement moins protégé.
La sécurité n’est pas une garantie de disparition de la douleur, mais elle peut améliorer l’expérience thérapeutique.
Que faire si le patient refuse une technique?
Le refus doit être respecté sans pression.
On peut proposer une alternative ou expliquer qu’aucun traitement n’est obligatoire.
Le refus signifie-t-il que le patient ne veut pas guérir?
Non.
Une personne peut refuser une technique tout en souhaitant pleinement progresser.
Assimiler refus et résistance nuit à l’alliance.
Pourquoi le consentement protège-t-il aussi le praticien?
Parce qu’il clarifie les attentes, améliore la communication et documente une décision partagée.
Mais sa fonction première reste de protéger l’autonomie et la sécurité du patient.
Une bonne phrase à utiliser
« Je vous propose cette technique parce qu’elle peut aider à réduire la douleur ou améliorer le mouvement. Voici comment elle se déroule. Vous pouvez dire stop à tout moment, et nous avons aussi d’autres options. Est-ce que cela vous convient? »
Pourquoi expliquer ce que le patient va ressentir peut-il être utile?
Avant une technique, préciser qu’une pression, un étirement ou un mouvement peut être ressenti aide le patient à distinguer une sensation attendue d’un symptôme inhabituel. Il peut alors donner un retour plus précis pendant la séance.
L’information doit cependant rester neutre. [10] Dire « vous allez probablement avoir très mal » peut créer une attente négative inutile, alors que « vous pourriez sentir une pression; dites-moi si cela devient inconfortable » préserve à la fois l’information et le contrôle.
Pourquoi le consentement doit-il aussi être vérifié après un changement de réaction?
Un patient qui acceptait une technique peut devenir douloureux, étourdi ou inquiet pendant son exécution. Le praticien doit alors interrompre, réévaluer et demander si la personne souhaite poursuivre, modifier ou arrêter.
Le consentement n’est donc pas un événement ponctuel avant le geste : il accompagne toute l’évolution de la séance.
Comment le consentement soutient-il l’autonomie entre les séances?
Un patient habitué à participer aux décisions comprend mieux qu’il peut aussi ajuster ses exercices, signaler une aggravation et poser des questions. Cette posture active est cohérente avec une prise en charge qui cherche progressivement à réduire la dépendance au traitement manuel.
Comprendre l’anatomie sans interpréter le patient à sa place
La peau, les muscles et les articulations transmettent des informations sensorielles. Leur interprétation dépend aussi de la douleur actuelle et de l’expérience de la personne. Une respiration retenue ou un mouvement de retrait peut accompagner l’inconfort, sans révéler une émotion précise ni un traumatisme ancien. La douleur est une expérience personnelle : la description du patient compte davantage qu’une supposition du praticien. [8]
Examen clinique : consentir à chaque étape utile
L’entretien précède l’examen. Le praticien explique la région à observer, la nécessité éventuelle de découvrir une zone et les options permettant de préserver la pudeur. Il limite l’exposition à ce qui est utile. Demander l’accord pour toucher ne dispense jamais de vérifier que le geste est indiqué. Une palpation ne suffit pas à diagnostiquer une maladie générale, et aucun consentement ne rend approprié un soin sans justification clinique.
Au Québec, les articles 10 et 11 du Code civil encadrent l’intégrité et le consentement aux soins. La personne peut retirer son accord ; les situations d’inaptitude et de représentation obéissent à des règles particulières. [1] Une difficulté à communiquer ne signifie pas automatiquement une incapacité à décider. Le professionnel doit adapter l’information et vérifier la compréhension. [4] [5] Les références britanniques citées ici servent de repères professionnels complémentaires, sans remplacer le cadre québécois.
Diagnostic différentiel et drapeaux rouges pendant une séance
Un inconfort local attendu n’est pas équivalent à une douleur nouvelle intense, une faiblesse ou un malaise. Dans ces situations, il faut interrompre puis évaluer la nécessité d’une orientation. Des troubles urinaires nouveaux ou un engourdissement périnéal associés à une lombalgie irradiée nécessitent une évaluation immédiate. [9] Une douleur thoracique avec essoufflement ou malaise justifie le 911. L’imagerie éventuelle relève du bilan médical indiqué ; elle ne remplace pas la conversation sur le consentement.
| Situation | Réponse du praticien |
|---|---|
| Nouvelle région à examiner | Expliquer pourquoi, demander l’accord et préserver la pudeur. |
| Hésitation ou silence inhabituel | Faire une pause et vérifier le choix, sans interprétation. |
| Refus d’un geste | Respecter le refus et discuter d’une option acceptable. |
| Symptôme préoccupant | Arrêter, réévaluer et orienter selon l’urgence. |
Documenter et préparer la suite
Le dossier peut noter l’information donnée, les questions, l’accord, les limites demandées et les changements survenus. Une note standard cochée automatiquement ne remplace pas ce dialogue. Pour vérifier la compréhension, demandez à la personne de reformuler ce qu’elle souhaite essayer et ce qui lui ferait demander une pause. [2]
Le plan de réadaptation se construit aussi avec elle : activité choisie, progression tolérée et modalités de suivi. La préférence pour des exercices plutôt que pour un contact manuel est un choix recevable. [11] Si une détresse psychologique persiste, une orientation vers un psychothérapeute peut être proposée, sans imposer une interprétation émotionnelle ni entreprendre une psychothérapie hors compétence.
Conclusion
Demander le consentement avant chaque nouvelle technique n’est pas une interruption bureaucratique du traitement. C’est une composante du soin.
En augmentant la prévisibilité, le contrôle et la collaboration, le consentement peut améliorer la qualité du toucher et la relation thérapeutique. Il rappelle surtout que le patient garde en permanence le droit de choisir, de modifier ou d’arrêter une intervention.
Références
- [1] Code civil du Québec. Articles 10 et 11 : intégrité et consentement aux soins.
- [2] NICE. Shared decision making. NG197.
- [3] General Osteopathic Council. Consent. Référentiel professionnel britannique.
- [4] Gouvernement du Québec. Consentir à des soins de santé en cas d’inaptitude.
- [5] Collège des médecins du Québec. Le médecin et le consentement aux soins.
- [6] Adverse Events Reported in Trials Assessing Manual Therapy to the Extremities: A Systematic Review. 2024.
- [7] Evers AWM et al. Implications of Placebo and Nocebo Effects for Clinical Practice: Expert Consensus. 2018.
- [8] Raja SN et al. The revised International Association for the Study of Pain definition of pain. Pain. 2020.
- [9] NICE. Suspected neurological conditions: recognition and referral. NG127.
- [10] Evers AWM et al. What Should Clinicians Tell Patients about Placebo and Nocebo Effects? Practical Considerations Based on Expert Consensus. 2021.
- [11] NICE. Chronic pain: assessment and management of chronic primary pain. NG193.



















