Préserver la fonction articulaire grâce à une progression adaptée

L’arthrose est une maladie de l’articulation entière, et non une simple « usure du cartilage ». Elle peut toucher le cartilage, l’os sous-chondral, la membrane synoviale, les ligaments, la capsule et les muscles qui entourent l’articulation. Elle devient plus fréquente avec l’âge, mais elle n’est pas une conséquence inévitable du vieillissement et son évolution varie considérablement d’une personne à l’autre.

Observation du mouvement actif et illustration simplifiée de l’épaule
Comparer une tâche utile avant et après la séance ; cette illustration ne constitue pas un test diagnostique. Illustration originale OsteoMag.

Les symptômes les plus fréquents sont la douleur, la raideur et la réduction de fonction. Le traitement moderne vise moins à « corriger » l’articulation qu’à maintenir ou retrouver la capacité de marcher, monter des escaliers, utiliser les mains, travailler et pratiquer les activités importantes pour la personne.

Les recommandations actuelles placent l’exercice thérapeutique, l’information et, lorsque pertinent, la gestion du poids au centre de la prise en charge. Les traitements manuels, dont l’ostéopathie, peuvent être utilisés comme complément dans certaines situations, mais ils ne régénèrent pas le cartilage et ne doivent pas remplacer l’activité physique.

Qu’est-ce que l’arthrose?

L’arthrose est caractérisée par un déséquilibre entre les processus de réparation et de dégradation à l’intérieur de l’articulation. Avec le temps, le cartilage peut s’amincir, l’os sous-jacent se remodeler et des ostéophytes peuvent apparaître.

La membrane synoviale peut également devenir inflammatoire, particulièrement lors de poussées. Les muscles entourant l’articulation peuvent perdre de la force si la douleur entraîne une diminution d’activité.

Cette vision est plus précise que l’ancienne idée d’une articulation simplement « usée ». Les articulations sont des tissus vivants capables d’adaptation, et l’exercice correctement dosé peut améliorer la fonction même lorsqu’une arthrose est visible à l’imagerie.

Quelles articulations sont le plus souvent touchées?

L’arthrose touche fréquemment :

  • les genoux;
  • les hanches;
  • les mains et les doigts;
  • les articulations de la colonne vertébrale;
  • le gros orteil;
  • certaines articulations de l’épaule.

Les symptômes et la prise en charge diffèrent selon l’articulation concernée.

Quels sont les principaux facteurs de risque?

Âge

La fréquence augmente avec l’âge, mais l’âge seul n’explique pas la maladie. Beaucoup de personnes âgées présentent des changements radiologiques sans douleur importante.

Antécédent de blessure

Une fracture articulaire, une lésion ligamentaire importante ou une chirurgie peut augmenter le risque d’arthrose plusieurs années plus tard.

Poids corporel

Le surpoids et l’obésité augmentent la charge mécanique sur les articulations porteuses, particulièrement les genoux. Le tissu adipeux est également biologiquement actif et peut influencer les processus inflammatoires.

Génétique

Une composante génétique existe, surtout pour certaines formes d’arthrose de la main ou de la hanche.

Charge professionnelle ou sportive

Des contraintes répétées importantes peuvent contribuer au risque dans certaines articulations, mais l’activité physique normale ou la course récréative ne doivent pas être présentées comme une cause automatique d’arthrose.

Au contraire, une activité physique régulière est généralement bénéfique pour la santé articulaire et la fonction.

Quels sont les symptômes typiques?

Les manifestations fréquentes comprennent :

  • douleur lors des activités;
  • raideur après une période d’inactivité;
  • raideur matinale généralement relativement courte;
  • diminution de mobilité;
  • crépitements ou craquements;
  • diminution de force;
  • gonflement lors de certaines poussées;
  • difficulté à marcher, monter les escaliers, s’accroupir ou utiliser la main selon l’articulation touchée.

Les craquements ne sont pas nécessairement pathologiques. Une articulation peut produire des bruits sans être douloureuse.

La douleur reflète-t-elle directement l’état du cartilage?

Non. Le cartilage lui-même est peu ou pas innervé. La douleur arthrosique peut provenir de plusieurs structures : os sous-chondral, synoviale, capsule, ligaments, muscles et autres tissus périarticulaires.

La sensibilité du système nerveux peut aussi augmenter lorsqu’une douleur persiste longtemps.

C’est pourquoi deux personnes ayant des radiographies très semblables peuvent avoir des symptômes très différents.

Comment pose-t-on le diagnostic?

Pour une arthrose typique du genou ou de la hanche chez l’adulte, le diagnostic peut souvent être posé à partir de l’histoire et de l’examen clinique sans imagerie systématique.

NICE recommande de ne pas utiliser l’imagerie de routine lorsque le tableau clinique est typique. La radiographie devient utile lorsque le diagnostic est incertain, que les symptômes sont atypiques, qu’une autre maladie est suspectée ou qu’une intervention chirurgicale est envisagée.

Quels signes radiographiques peut-on observer?

Les signes classiques comprennent :

  • rétrécissement de l’espace articulaire;
  • ostéophytes;
  • sclérose sous-chondrale;
  • remodelage osseux;
  • kystes sous-chondraux dans certains cas.

Ces modifications doivent toujours être mises en relation avec les symptômes. Une image sévère n’oblige pas à une chirurgie si la personne fonctionne bien.

Exercice : le traitement central

Les recommandations NICE conseillent d’offrir un exercice thérapeutique à toutes les personnes atteintes d’arthrose. Il peut inclure renforcement local, exercice aérobique et activités fonctionnelles adaptées.

La douleur peut parfois augmenter légèrement lorsque l’exercice commence. Cela ne signifie pas nécessairement que l’articulation s’abîme. Une progression régulière et bien dosée améliore généralement la douleur, la fonction et la qualité de vie à long terme.

Quel exercice choisir?

Il n’existe pas un programme unique. Selon l’articulation et les objectifs, on peut utiliser :

  • marche;
  • vélo;
  • natation;
  • renforcement des quadriceps pour le genou;
  • renforcement des fessiers pour la hanche;
  • exercices de mobilité;
  • travail d’équilibre;
  • exercices fonctionnels comme se lever d’une chaise;
  • progression vers les activités de loisirs ou professionnelles.

La régularité compte davantage que la recherche d’un exercice parfait.

Perte de poids : quand est-elle utile?

Chez une personne ayant une arthrose du genou ou de la hanche et vivant avec un surpoids ou une obésité, une réduction du poids peut diminuer la douleur et améliorer la fonction.

NICE indique que toute perte de poids peut être bénéfique et qu’une réduction d’environ 10 % du poids initial peut apporter davantage de bénéfices qu’une perte de 5 %.

Cette recommandation doit être abordée avec respect, sans réduire la personne à son poids et sans promettre qu’une perte de poids supprimera toute douleur.

Aides à la marche

Une canne ou un autre dispositif peut améliorer la sécurité, réduire la charge et permettre à certaines personnes de marcher davantage.

NICE recommande de considérer les aides à la marche pour l’arthrose des membres inférieurs lorsque la fonction est limitée.

Semelles, orthèses et genouillères

Elles ne sont pas recommandées systématiquement pour toutes les personnes atteintes d’arthrose.

Elles peuvent être utiles lorsqu’il existe une instabilité ou une charge biomécanique particulière et qu’elles améliorent réellement le mouvement ou la fonction.

Quelle place pour la thérapie manuelle?

Les recommandations NICE sont claires : pour l’arthrose de la hanche ou du genou, la thérapie manuelle peut être considérée en complément de l’exercice, mais les preuves sont insuffisantes pour la recommander seule.

Les mobilisations ou techniques de tissus mous peuvent améliorer temporairement la douleur ou la mobilité chez certaines personnes. Leur intérêt principal est souvent de faciliter ensuite l’exercice ou une activité fonctionnelle.

Quelle place pour l’ostéopathie?

L’ostéopathie peut donc s’inscrire dans ce cadre complémentaire. Le praticien peut travailler sur le confort de l’articulation, la mobilité des régions voisines et certaines tensions musculaires, puis encourager le mouvement actif.

Il faut toutefois éviter plusieurs affirmations anciennes :

  • une manipulation ne régénère pas le cartilage;
  • elle ne « remet » pas une articulation arthrosique en place;
  • elle ne retire pas les ostéophytes;
  • elle ne corrige pas durablement l’alignement osseux;
  • elle ne remplace pas l’exercice thérapeutique.

Le traitement manuel est donc mieux présenté comme un outil symptomatique pouvant créer une fenêtre de confort.

Faut-il éviter l’activité lorsque l’articulation est douloureuse?

Pas nécessairement. Une réduction temporaire de la charge peut être utile pendant une poussée, mais l’arrêt prolongé de l’activité favorise la perte de force et la diminution de capacité.

Une stratégie souvent plus efficace consiste à diminuer temporairement le volume ou l’intensité, puis à remonter progressivement.

Qu’est-ce qu’une poussée d’arthrose?

Une poussée correspond à une aggravation temporaire de la douleur, de la raideur ou du gonflement. Elle peut durer quelques jours ou davantage.

Une poussée n’indique pas nécessairement une accélération irréversible de la maladie. Adapter les activités, maintenir un mouvement tolérable et reprendre progressivement la charge est généralement approprié.

Quand envisager une chirurgie?

Une arthroplastie, comme une prothèse de hanche ou de genou, peut être envisagée lorsque :

  • la douleur est importante et persistante;
  • la fonction est fortement réduite;
  • les traitements conservateurs bien conduits n’apportent pas suffisamment de bénéfices;
  • la qualité de vie est significativement affectée.

La décision dépend des symptômes et de la fonction, pas uniquement de l’image radiologique.

Quand consulter rapidement?

Une articulation douloureuse doit être évaluée rapidement lorsqu’elle présente :

  • rougeur importante et chaleur;
  • gonflement soudain;
  • fièvre;
  • incapacité brutale à prendre appui;
  • douleur intense après un traumatisme;
  • déformation nouvelle;
  • raideur matinale prolongée associée à plusieurs articulations;
  • aggravation rapide inhabituelle.

Ces signes peuvent évoquer une infection, une fracture, une arthrite inflammatoire ou une autre affection qui ne doit pas être attribuée automatiquement à l’arthrose.

Arthrose et mouvement : le message le plus important

L’une des idées les plus nuisibles est de croire qu’une articulation arthrosique doit être ménagée en permanence pour ne pas « l’user davantage ».

Un mouvement correctement dosé est généralement bénéfique. Il renforce les muscles, améliore la fonction, favorise l’autonomie et peut réduire la douleur.

L’objectif n’est pas d’éviter toute contrainte, mais de développer progressivement la capacité de l’articulation à supporter les activités de la vie.

À retenir

L’arthrose est une maladie complexe de l’articulation entière. Elle ne se résume pas à une usure passive et ne peut pas être jugée uniquement sur une radiographie.

Les traitements les mieux soutenus sont l’éducation, l’exercice thérapeutique, l’activité physique et, lorsque pertinent, la gestion du poids. Des aides fonctionnelles peuvent compléter cette approche.

L’ostéopathie peut contribuer au confort et à la mobilité à court terme chez certains patients, mais elle doit rester complémentaire. Une prise en charge efficace vise surtout à maintenir la personne active, confiante et fonctionnelle malgré les changements articulaires.

Anatomie, examen clinique et diagnostic différentiel

L’anatomie de l’arthrose concerne l’ensemble de l’articulation : cartilage, os sous-chondral, synoviale et tissus périarticulaires. L’examen clinique associe douleur à l’activité, raideur, mobilité et fonction. Le diagnostic différentiel comprend arthrite inflammatoire, infection, fracture et douleur projetée. L’intensité des symptômes ne se lit pas directement sur une radiographie. L’imagerie n’est pas nécessaire pour toutes les présentations typiques ; elle devient pertinente si le diagnostic est incertain, le tableau atypique ou si elle doit modifier une décision médicale.

ObservationInterprétation prudenteConduite utile
Douleur à l’effort et raideur brèveArthrose possible selon contexteÉvaluer fonction et plan actif
Articulation rouge, chaude, fièvreInfection ou autre arthrite possibleÉvaluation urgente
Image d’arthrose avec peu de douleurDécalage fréquent entre structure et symptômesTraiter les besoins de la personne

Données scientifiques : repères et limites

Dans l’arthrose, l’information et l’exercice adapté sont centraux ; le soin manuel est au mieux complémentaire. [1] Les recommandations adaptent les options aux articulations, aux préférences et aux capacités. [2]

Les interventions non chirurgicales reposent sur un ensemble cohérent, non une technique unique. [3] L’exercice peut réduire la douleur et améliorer la fonction du genou arthrosique. [4]

Les mécanismes manuels proposés restent multiples ; un soulagement ne démontre pas une remise en place. [5] La douleur est une expérience personnelle ; elle ne se déduit pas d’une seule anomalie tissulaire. [6]

Sommeil et douleur peuvent s’influencer dans les deux sens, sans cause unique chez chaque personne. [7] La douleur peut réorganiser le recrutement moteur ; une tension n’est pas toujours un spasme permanent. [8]

Une mesure fonctionnelle standardisée aide au suivi, sans déterminer à elle seule le tissu responsable. [9] Les effets des soins ostéopathiques varient selon l’indication et la qualité des essais ; ils ne démontrent pas un traitement universel. [10]

Drapeaux rouges et orientation

Une articulation soudain très chaude et gonflée, surtout avec fièvre, demande une évaluation urgente. Une incapacité nouvelle d’appui après une chute nécessite un bilan de fracture. Une raideur matinale prolongée ou plusieurs articulations gonflées justifient un avis médical pour rechercher une autre maladie.

Réadaptation et place réaliste de l’ostéopathie

La réadaptation repose sur l’exercice choisi avec la personne, le renforcement et la progression de la marche ou d’autres activités tolérées. Les fluctuations invitent à ajuster la dose. Un soin manuel peut aider temporairement certains symptômes, sans reconstruire le cartilage ; son intérêt se juge sur la fonction et l’autonomie.

Références

  1. NICE NG226. Osteoarthritis in over 16s: diagnosis and management..
  2. Kolasinski SL, et al. 2019 ACR/Arthritis Foundation guideline for osteoarthritis of the hand, hip and knee. 2020..
  3. Bannuru RR, et al. OARSI guidelines for non-surgical management of osteoarthritis. 2019..
  4. Exercise for osteoarthritis of the knee. Cochrane. 2024..
  5. Keter DL, et al. The mechanisms of manual therapy: a living review. 2025..
  6. Raja SN, et al. The revised IASP definition of pain. 2020..
  7. Runge N, et al. The bidirectional relationship between sleep problems and chronic musculoskeletal pain. 2024..
  8. Hodges PW, Tucker K. Moving differently in pain: a new theory to explain the adaptation to pain. 2011..
  9. Jakobsson M, et al. Reliability, validity and responsiveness of physical capacity tasks in low back pain. 2019..
  10. Bagagiolo D, et al. Efficacy and safety of osteopathic manipulative treatment: an overview of systematic reviews. 2022..
Bandeau original Osteomag aux lignes fluides évoquant la respiration et les fascias