L’arthrose de la hanche est souvent décrite comme une usure du cartilage. Cette image est simple, mais incomplète. La maladie touche l’ensemble de l’articulation : cartilage, os sous-chondral, capsule, muscles et parfois structures périarticulaires. Elle modifie aussi la façon dont une personne marche, monte les escaliers, se lève d’une chaise et répartit les charges entre ses deux membres inférieurs.

Comprendre cette biomécanique est utile en ostéopathie, à condition de ne pas transformer chaque différence de mouvement en « désalignement ». Le patient arthrosique adopte souvent des stratégies qui réduisent la douleur ou économisent la hanche. Certaines sont protectrices à court terme, mais peuvent aussi diminuer progressivement la force, l’amplitude et la confiance dans le mouvement.

Le rôle de l’ostéopathe n’est pas de « remettre la hanche en place » ni de régénérer le cartilage par une technique manuelle. Il consiste plutôt à reconnaître le tableau clinique, surveiller les drapeaux rouges, évaluer la fonction et utiliser le toucher comme complément d’un programme centré sur le mouvement, la force et l’autonomie.

Qu’est-ce que l’arthrose de la hanche ?

L’arthrose est une maladie articulaire dans laquelle les tissus de l’articulation se modifient progressivement. Le cartilage peut s’amincir, l’os sous-chondral se remodeler et des ostéophytes peuvent apparaître. Une inflammation locale de faible intensité peut aussi contribuer aux symptômes.

La radiographie montre parfois des changements importants chez une personne peu douloureuse, alors qu’une autre personne peut présenter beaucoup de symptômes avec des anomalies radiologiques plus modestes. Il faut donc éviter de traiter l’image plutôt que le patient.

Les recommandations contemporaines insistent sur une prise en charge combinant activité physique, exercice thérapeutique, éducation, gestion du poids lorsque pertinent, médicaments et, pour certaines personnes, chirurgie [1].

Quels sont les symptômes habituels ?

La douleur est souvent ressentie dans l’aine, mais elle peut aussi se manifester sur le côté de la hanche, dans la fesse ou même au genou. Les symptômes apparaissent généralement lors de la marche, de la montée d’escaliers, du passage assis-debout ou après une période prolongée d’activité.

La raideur est souvent plus marquée après le repos. Certaines personnes perdent progressivement de l’amplitude, particulièrement en rotation interne et en flexion. Mettre une chaussette, entrer dans une voiture ou croiser les jambes peut devenir difficile.

À un stade plus avancé, la vitesse de marche peut diminuer et le patient peut raccourcir son pas afin de réduire l’extension de hanche.

Comment l’arthrose modifie-t-elle la marche ?

Une revue systématique et méta-analyse de 2023 a montré que les personnes ayant une arthrose de hanche présentent souvent des amplitudes réduites au niveau de la hanche et du genou pendant la marche. Les différences sont généralement plus marquées lorsque l’arthrose est sévère [2].

Plusieurs adaptations sont fréquemment observées :

  • diminution de la vitesse de marche ;
  • réduction de la longueur du pas ;
  • moins d’extension de hanche en fin d’appui ;
  • augmentation du temps passé en double appui ;
  • asymétrie entre les deux membres ;
  • modification de la rotation du bassin et du tronc.

Ces changements ne sont pas nécessairement des « erreurs ». Ils peuvent être une façon intelligente de réduire la charge douloureuse. Le problème apparaît lorsque ces stratégies deviennent très limitées ou lorsque la personne réduit tellement son activité qu’elle perd de la capacité physique.

La boiterie est-elle toujours due à un manque de mobilité ?

Non. Une boiterie peut refléter la douleur, la faiblesse des abducteurs de hanche, une diminution d’amplitude, une différence de longueur fonctionnelle, une peur d’appuyer sur la jambe ou une combinaison de plusieurs facteurs.

Le moyen fessier et les autres abducteurs jouent un rôle important dans la stabilité du bassin pendant l’appui unipodal. Chez certains patients arthrosiques, leur force diminue parce que la douleur réduit l’utilisation de la hanche. Cependant, une faiblesse n’est pas nécessairement la cause initiale de l’arthrose.

En clinique, l’objectif n’est donc pas de rechercher un muscle « responsable », mais de comprendre quelles capacités peuvent être améliorées.

Quels facteurs augmentent le risque d’arthrose ?

L’âge est un facteur important, mais il n’explique pas tout. Le risque peut être influencé par :

  • antécédents familiaux ;
  • morphologie de la hanche, par exemple certaines dysplasies ;
  • ancien traumatisme ;
  • certaines activités professionnelles ou sportives exposant à des charges importantes ;
  • surpoids ou obésité ;
  • faiblesse ou déconditionnement ;
  • antécédents de conflit fémoro-acétabulaire ou d’autres anomalies structurelles chez certains patients.

Ces facteurs augmentent un risque statistique. Ils ne permettent pas de prédire avec certitude l’évolution d’une personne.

Comment pose-t-on le diagnostic ?

Chez un patient présentant une douleur typique de l’aine, une raideur, une perte progressive de mobilité et une diminution de fonction, l’examen clinique peut fortement orienter le diagnostic. Une radiographie peut être utilisée lorsque le diagnostic est incertain, lorsque les symptômes sont importants ou lorsqu’une décision thérapeutique nécessite de connaître l’état structurel de l’articulation.

L’IRM n’est pas systématiquement nécessaire. Elle peut être utile lorsque le tableau suggère une autre pathologie, comme une lésion osseuse, une nécrose avasculaire ou certaines atteintes des tissus mous.

Diagnostic différentiel

Toute douleur de hanche n’est pas une arthrose. Il faut notamment distinguer :

  • syndrome douloureux du grand trochanter ;
  • tendinopathie fessière ;
  • conflit fémoro-acétabulaire ;
  • lésion labrale ;
  • douleur référée depuis la colonne lombaire ;
  • radiculopathie ;
  • fracture de stress ou fracture après chute ;
  • nécrose avasculaire ;
  • arthrite inflammatoire ;
  • infection ou tumeur, plus rarement.

Quand consulter rapidement ?

Une incapacité soudaine à prendre appui après un traumatisme, une douleur aiguë avec déformation, une fièvre associée à une articulation très douloureuse, une douleur nocturne rapidement progressive ou une perte de poids inexpliquée nécessitent une évaluation médicale.

Chez une personne âgée, une chute avec douleur de hanche mérite une attention particulière même si elle peut encore marcher. Certaines fractures restent compatibles avec un appui partiel au début.

Les traitements recommandés

Les lignes directrices de l’American Academy of Orthopaedic Surgeons mises à jour en 2024 confirment l’importance du traitement non chirurgical chez les personnes ayant une arthrose symptomatique [1]. Les recommandations d’autres organismes, comme l’American College of Rheumatology et l’OARSI, placent également l’exercice, l’éducation et les stratégies de gestion globale au centre de la prise en charge [3,4].

Exercice

L’exercice peut réduire la douleur et améliorer la fonction. Il peut inclure du renforcement, de la marche, du vélo, des exercices aquatiques et des mouvements de mobilité adaptés.

Le programme doit être progressif. Une séance qui provoque une augmentation légère et temporaire des symptômes n’est pas nécessairement nocive, mais une forte aggravation qui persiste peut indiquer que la dose était trop importante.

Gestion du poids

Chez une personne en surpoids, une réduction pondérale peut diminuer les contraintes mécaniques et améliorer la santé générale. L’approche doit rester respectueuse et individualisée. Le poids n’est jamais la seule explication de la douleur.

Médicaments

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens peuvent être efficaces chez certains patients lorsque leur profil médical permet leur utilisation. Les décisions médicamenteuses appartiennent au médecin ou au pharmacien selon le contexte clinique.

Injections

Des injections intra-articulaires peuvent être utilisées dans certaines situations pour réduire temporairement les symptômes. Leur bénéfice est généralement limité dans le temps et elles ne remplacent pas la réadaptation.

Chirurgie

Une arthroplastie de hanche peut être proposée lorsque la douleur et la limitation fonctionnelle restent importantes malgré une prise en charge conservatrice appropriée. La décision repose sur l’impact réel de la maladie dans la vie du patient, et pas seulement sur la radiographie.

Quelle place pour l’ostéopathie ?

Observer la marche

L’ostéopathe peut observer la vitesse, la longueur du pas, la capacité à transférer le poids, la rotation du bassin et la confiance pendant l’appui. Ces observations ne servent pas à rechercher une symétrie parfaite, mais à identifier des limitations qui pourraient être améliorées.

Une personne qui réduit volontairement la longueur de son pas parce que l’extension de hanche est douloureuse peut, par exemple, bénéficier d’une progression graduelle vers une foulée plus confortable lorsque l’irritabilité diminue.

Évaluer la fonction plutôt que l’image

Les tests peuvent inclure le passage assis-debout, un squat partiel, l’équilibre unipodal, la montée d’une marche et les mouvements actifs de la hanche.

Ces tests fournissent une information directement utile au patient : peut-il se lever plus facilement ? marcher plus longtemps ? monter les escaliers avec moins d’appréhension ?

Palpation prudente

Une sensation de raideur ou de tension autour de la hanche ne permet pas d’estimer l’état du cartilage. La palpation peut identifier une sensibilité musculaire ou aider à guider le traitement, mais elle ne peut pas mesurer l’espace articulaire.

Une perception tissulaire doit donc être présentée comme une hypothèse clinique, jamais comme une preuve qu’un bassin ou un fémur est « déplacé ».

Le traitement manuel peut-il aider ?

Des techniques manuelles visant la hanche, la région lombopelvienne ou les tissus musculaires peuvent apporter un soulagement à court terme chez certains patients. Elles peuvent également améliorer temporairement certaines amplitudes.

Leur intérêt principal est de créer une fenêtre permettant au patient de bouger davantage. Elles ne régénèrent pas le cartilage et ne doivent pas devenir le centre exclusif du traitement.

Après une intervention, l’ostéopathe devrait retester un mouvement important : marche, flexion de hanche ou passage assis-debout. Si le changement est minime, la stratégie doit être ajustée.

Faut-il corriger la façon de marcher ?

Pas systématiquement. Les stratégies de rééducation de la marche peuvent modifier certains paramètres biomécaniques, mais les preuves concernant leur effet sur les symptômes et la progression de l’arthrose restent limitées, particulièrement pour la hanche.

La priorité est souvent plus simple : augmenter graduellement la vitesse, la distance, la force et la confiance. Une marche légèrement asymétrique n’est pas nécessairement dangereuse.

Autonomie du patient

Le patient doit comprendre que l’arthrose n’implique pas que l’articulation est « usée jusqu’à l’os » et qu’il faut éviter de bouger. Une articulation arthrosique peut souvent tolérer beaucoup plus d’activité qu’on ne l’imagine, à condition de progresser de façon adaptée.

La dépendance au traitement passif est rarement souhaitable. L’ostéopathie est plus utile lorsqu’elle soutient la reprise d’activité plutôt qu’elle ne remplace cette activité.

Ce que l’ostéopathie ne peut pas prétendre

L’accompagnement doit être adapté à la situation de la personne, sans promesse de guérison et sans remplacer les soins nécessaires. Elle ne doit pas promettre de retarder une chirurgie par une correction mécanique non démontrée.

Elle peut en revanche contribuer à améliorer le confort, la mobilité fonctionnelle et la confiance, tout en collaborant avec le médecin, le physiothérapeute et, lorsque nécessaire, le chirurgien orthopédiste.

Conclusion

L’arthrose de la hanche est une maladie articulaire complexe qui modifie progressivement la marche et la façon dont le patient gère les charges. Les adaptations biomécaniques observées sont souvent protectrices, mais elles peuvent aussi s’accompagner de perte de force et de mobilité lorsque l’activité diminue trop.

Pour l’ostéopathe, la meilleure approche consiste à observer la fonction, tester le mouvement, utiliser la palpation comme une hypothèse, retester après toute intervention et favoriser l’exercice. Le traitement manuel peut être utile comme complément, mais l’autonomie, le renforcement et la progression de l’activité restent les éléments les plus importants d’une stratégie durable.

Références

  1. Hannon CP, Delanois RE, Brown N, et al. American Academy of Orthopaedic Surgeons Clinical Practice Guideline Summary: Management of Osteoarthritis of the Hip. J Am Acad Orthop Surg. 2024;32(20):e1027-e1034. doi:10.5435/JAAOS-D-24-00420.
  2. Steingrebe H, Spancken S, Sell S, Stein T. Effects of hip osteoarthritis on lower body joint kinematics during locomotion tasks: a systematic review and meta-analysis. Front Sports Act Living. 2023;5:1197883. doi:10.3389/fspor.2023.1197883.
  3. Kolasinski SL, Neogi T, Hochberg MC, et al. 2019 American College of Rheumatology/Arthritis Foundation Guideline for the Management of Osteoarthritis of the Hand, Hip, and Knee. Arthritis Rheumatol. 2020;72(2):220-233. doi:10.1002/art.41142.
  4. Bannuru RR, Osani MC, Vaysbrot EE, et al. OARSI guidelines for the non-surgical management of knee, hip, and polyarticular osteoarthritis. Osteoarthritis Cartilage. 2019;27(11):1578-1589. doi:10.1016/j.joca.2019.06.011.
Bandeau original Osteomag aux lignes fluides évoquant la respiration et les fascias

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