Table des matières

Distinguer solitude choisie, isolement subi et détresse psychologique

Les années de pandémie ont modifié les habitudes sociales, le travail, l’école, les loisirs et la façon de maintenir les relations. Chez certaines personnes, les restrictions ont interrompu des routines qui n’ont jamais complètement repris. D’autres ont découvert qu’elles appréciaient davantage le calme ou le télétravail.

Il est important de distinguer isolement social, solitude et véritable trouble psychiatrique. Une personne peut avoir peu de contacts sociaux tout en se sentant bien. À l’inverse, elle peut être entourée et ressentir une solitude profonde. Le rôle d’un professionnel de santé est d’évaluer la souffrance et la fonction, pas d’imposer une norme sociale.

Une femme téléphone à une proche, marche avec une amie et participe à une rencontre conviviale.
Une reconnexion peut passer par un contact choisi, une courte marche ou une activité partagée. Elle respecte les préférences et les capacités de chacun; elle ne remplace pas les soins de santé mentale lorsqu’ils sont nécessaires. Illustration éducative originale Osteomag. Cliquer sur l’image pour l’agrandir.

Qu’est-ce que l’isolement social ?

L’isolement social décrit objectivement un réseau relationnel limité, peu de contacts ou peu de participation sociale. [4]

Il ne dit pas comment la personne vit cette situation.

Qu’est-ce que la solitude ?

La solitude est une expérience subjective de manque de connexion ou de relations satisfaisantes. [2]

Elle peut survenir même chez une personne qui travaille, vit en famille ou participe régulièrement à des activités.

Osteomag — Comprendre la situation avant de proposer une aide
SituationCe qui compteOrientation possible
Solitude choisieSatisfaction et fonctionnement préservésRespecter les préférences
Isolement subiContacts souhaités difficiles à maintenirChercher des solutions choisies et accessibles
Détresse persistanteHumeur, anxiété et activités quotidiennes altéréesÉvaluation par un professionnel qualifié
Mobilité limitéeDouleur, fatigue ou peur de tomberBilan fonctionnel et reprise adaptée
Repères éducatifs à adapter à la situation individuelle.

Pourquoi les deux concepts sont-ils souvent confondus ?

Parce qu’ils peuvent coexister. Cependant, leurs conséquences et les stratégies utiles ne sont pas exactement les mêmes.

Une personne isolée mais satisfaite n’a pas nécessairement besoin d’une intervention, alors qu’une personne entourée mais profondément seule peut souffrir beaucoup.

La pandémie a-t-elle réellement augmenté la solitude ?

Une méta-analyse publiée après les premières années de pandémie a retrouvé une augmentation modeste mais réelle de la solitude dans plusieurs populations. Une revue systématique sur le bien-être a également retrouvé une association constante entre solitude et diminution du bien-être subjectif. [5][7]

Les résultats restent variables selon l’âge, le contexte social, la période et le pays.

Pourquoi certaines habitudes sociales sont-elles restées modifiées ?

Plusieurs années de télétravail, d’achats en ligne et de réduction des activités ont rendu certaines routines plus faciles à maintenir à domicile. Une habitude répétée devient plus automatique avec le temps.

Revenir à des activités sociales peut donc demander un effort même lorsque la personne n’a pas de trouble anxieux.

La préférence pour la solitude est-elle pathologique ?

Non. Certaines personnes ont un tempérament plus introverti ou apprécient des périodes de solitude. Ce choix n’est pas un problème tant qu’il est compatible avec le bien-être, les responsabilités et les relations souhaitées.

Le problème apparaît surtout lorsqu’une personne voudrait davantage de connexion mais se sent incapable de reprendre contact ou souffre de son isolement.

Quels groupes ont été particulièrement touchés ?

Les étudiants, les personnes âgées, les personnes vivant seules, certains travailleurs à distance et les personnes avec problèmes de santé ont été particulièrement étudiés. [1]

Une revue systématique publiée en 2025 sur les étudiants universitaires a inclus 68 études et plus de 177 000 participants, montrant des associations importantes avec anxiété, dépression et stress pendant les périodes d’isolement.

Pourquoi faut-il rester prudent avec ces associations ?

Beaucoup d’études sont observationnelles. Elles montrent qu’isolement, solitude et santé mentale sont liés, mais elles ne permettent pas toujours de déterminer ce qui vient en premier. [2]

Une personne dépressive peut se retirer socialement, et un isolement prolongé peut également aggraver certains symptômes.

Anatomie fonctionnelle et mécanismes : mouvement, sommeil et stress

Une période de retrait peut modifier le temps passé assis, les occasions de marcher et les rythmes de sommeil. Les capacités musculaires et cardiorespiratoires dépendent aussi de l’activité et de l’état de santé. Ces dimensions peuvent interagir avec le stress sans qu’une douleur ou une tension permette de diagnostiquer la solitude. Les réponses au stress sont variables et les études ne démontrent pas un mécanisme corporel unique applicable à chaque personne. [3][8]

Quels effets physiques sont associés à l’isolement ?

Les revues récentes associent l’isolement social à une moins bonne santé physique, à une activité réduite, à la fragilité et à certains risques cardiovasculaires. [8][9]

Ces associations ne signifient pas qu’un manque de contacts provoque directement chaque maladie, car de nombreux facteurs sociaux et médicaux sont liés entre eux.

Que montre la littérature sur la mortalité ?

Une méta-analyse de 90 cohortes a retrouvé une association entre isolement, solitude et mortalité. Les données soutiennent l’idée que les relations sociales sont une dimension importante de la santé. [4]

Il faut toutefois éviter de transformer ces résultats populationnels en prédiction individuelle.

Comment l’isolement peut-il modifier l’activité physique ?

Moins de sorties peut signifier moins de marche, moins de transport actif et moins d’activités de groupe. Chez certaines personnes, cela contribue au déconditionnement et à une baisse de force.

La reprise sociale et la reprise physique peuvent donc parfois progresser ensemble.

Pourquoi le télétravail peut-il entretenir l’isolement ?

Le télétravail supprime plusieurs interactions spontanées : trajet, pauses, conversations et activités après le travail. Pour certaines personnes, c’est un avantage; pour d’autres, cette disparition réduit fortement les contacts.

L’impact dépend du réseau social existant et de la préférence individuelle.

Comment reprendre des activités sociales sans se forcer brutalement ?

Une progression simple peut inclure :

  • une courte marche avec une connaissance ;
  • un café de courte durée ;
  • une activité de groupe familière ;
  • un cours, club ou bénévolat ;
  • un contact régulier planifié avec une personne importante.

Pourquoi des objectifs modestes sont-ils souvent plus réalistes ?

Une personne qui n’a pas vu beaucoup de monde depuis longtemps peut trouver une grande réunion épuisante. Une exposition plus graduelle permet d’observer ce qui est réellement souhaité et tolérable.

L’objectif n’est pas de devenir plus extraverti, mais de retrouver le niveau de connexion qui correspond à ses besoins.

Que sait-on des interventions contre la solitude ?

Les revues montrent des résultats variables selon les approches. Les interventions sociales, les groupes, certains programmes psychologiques et les contacts structurés peuvent aider, mais aucun modèle n’est universellement supérieur. [10]

Une stratégie choisie avec la personne a davantage de sens qu’une prescription sociale imposée.

Pourquoi les relations de qualité comptent-elles plus que le nombre ?

Avoir de nombreuses interactions superficielles ne protège pas forcément de la solitude. Une ou deux relations fiables peuvent être beaucoup plus importantes. [6]

La reconnexion devrait donc viser la qualité et la réciprocité plutôt qu’un quota de contacts.

Diagnostic différentiel : quand penser à une dépression ?

Une perte d’intérêt généralisée, une tristesse persistante, un ralentissement marqué, des troubles de sommeil, une culpabilité intense ou une incapacité à fonctionner peuvent évoquer un épisode dépressif. [11]

Le diagnostic relève d’un professionnel qualifié et ne doit pas être déduit simplement parce qu’une personne sort peu.

Et l’anxiété sociale ?

Une peur intense d’être jugé, une anticipation importante et un évitement qui limite le travail, les études ou les relations peuvent évoquer un trouble anxieux social.

Là encore, préférer les petits groupes ou être réservé n’est pas un diagnostic.

Réadaptation : quelle place pour l’activité physique ?

La marche, les activités de groupe, le sport ou les cours peuvent aider à reconstruire une routine, augmenter les contacts et améliorer la condition physique.

Ils ne remplacent pas une psychothérapie lorsqu’un trouble mental est présent, mais ils peuvent soutenir le bien-être.

Quel rôle pour l’ostéopathe ?

L’ostéopathe peut constater qu’une personne a réduit son activité, qu’elle se sent raide ou que certaines tâches sont devenues plus difficiles après une période d’isolement. Il peut travailler sur la fonction et encourager une reprise progressive du mouvement.

Il ne doit pas diagnostiquer une dépression, interpréter une histoire personnelle ou mener une psychothérapie.

Que faire si le patient parle d’une période traumatique ou très difficile ?

Le praticien peut écouter et reconnaître ce que la personne exprime sans analyser son histoire. Si la souffrance psychologique est importante, il est approprié d’orienter vers un psychothérapeute ou un autre professionnel qualifié.

Le corps peut réagir pendant le récit, mais une tension ou une contraction ne permet pas d’identifier la signification psychologique précise de l’événement.

Drapeaux rouges : quels signes nécessitent une aide rapide ?

Des idées suicidaires, une incapacité importante à fonctionner, une détresse sévère ou une mise en danger nécessitent une aide professionnelle urgente. [11]

Comment mesurer une reconnexion réussie ?

Le succès ne se mesure pas au nombre de sorties. Il peut s’agir de reprendre une activité appréciée, revoir une personne importante, travailler hors de chez soi quelques jours ou se sentir moins seul.

Les objectifs doivent rester personnels.

Pourquoi les habitudes numériques peuvent-elles entretenir l’isolement ?

Les outils numériques ont permis de maintenir des relations pendant les restrictions, mais ils peuvent aussi remplacer progressivement certaines interactions en personne. Commandes, divertissement, travail et communication peuvent aujourd’hui se faire sans quitter le domicile.

Cette facilité n’est pas mauvaise en soi. Elle devient pertinente lorsque la personne constate qu’elle souhaite davantage de contacts mais que les habitudes numériques rendent la sortie plus difficile.

Les relations en ligne comptent-elles comme de vraies relations ?

Oui. Une relation significative peut exister à distance ou en ligne. La qualité de la connexion compte davantage que le canal utilisé.

Cependant, certaines personnes ont besoin d’activités en présence pour retrouver davantage de mouvement, de spontanéité et de participation communautaire.

Pourquoi les personnes âgées peuvent-elles être particulièrement vulnérables ?

La retraite, le veuvage, la perte de mobilité, les problèmes d’audition et la diminution du réseau social peuvent déjà augmenter l’isolement avant toute pandémie. Les restrictions ont parfois amplifié ces facteurs.

Chez ces personnes, une intervention peut nécessiter transport, activité adaptée, aide auditive ou soutien communautaire en plus d’un simple encouragement à « sortir davantage ».

Pourquoi la mobilité physique influence-t-elle la vie sociale ?

Une douleur de hanche, un essoufflement ou une peur de tomber peut limiter les sorties. Le problème semble social, mais une partie de la solution peut être fonctionnelle : améliorer la marche, la force ou l’endurance.

C’est dans cette dimension que les professionnels musculosquelettiques peuvent parfois contribuer utilement.

Comment soutenir une reconnexion sans dépasser son rôle ?

Un ostéopathe peut demander quelles activités le patient aimerait reprendre et adapter le plan de mouvement à cet objectif. Il peut par exemple travailler vers la capacité de marcher jusqu’au café, participer à un cours ou rester debout pendant une activité sociale.

Il ne doit pas analyser les relations, conseiller sur des conflits familiaux ni mener une thérapie psychologique.

Pourquoi la reconnexion doit-elle rester choisie ?

Une personne n’a pas besoin de retrouver exactement la vie sociale qu’elle avait avant 2020. Certaines ont réorganisé leurs priorités et préfèrent moins d’activités mais des relations plus significatives.

Le but est donc de réduire la souffrance et les limitations, pas de revenir à une norme sociale imposée.

Ce qu’il faut retenir

Isolement social et solitude ne sont pas synonymes et ne constituent pas automatiquement des troubles psychologiques. La pandémie a modifié les habitudes de nombreuses personnes, parfois de manière durable.

Une reconnexion progressive peut aider lorsque la personne souhaite davantage de contact. L’ostéopathie peut soutenir le mouvement et la fonction, mais les problèmes de dépression, d’anxiété ou de traumatisme nécessitent des professionnels formés en santé mentale lorsque cela est indiqué.

Références

  1. [1] Martins TB et coll. Impact of social isolation during the COVID-19 pandemic on the mental health of university students and recommendations for the post-pandemic period: A systematic review. 2025.
  2. [2] Gasull-Molinera V et coll. The impact of loneliness on mental and physical health outcomes: An umbrella review. 2024.
  3. [3] Tonon AC et coll. Human social isolation and stress: a systematic review of different contexts and recommendations for future studies. 2024.
  4. [4] Wang F et coll. A systematic review and meta-analysis of 90 cohort studies of social isolation, loneliness and mortality. 2023.
  5. [5] Ernst M et coll. Loneliness before and during the COVID-19 pandemic: A systematic review with meta-analysis. 2022.
  6. [6] Pai N et coll. COVID-19 and loneliness: A rapid systematic review. 2021.
  7. [7] Castelletti C et coll. Loneliness and Subjective Wellbeing During the Covid-19 Pandemic: A Systematic Review. 2024.
  8. [8] Sherman DW et coll. A Systematic Review of the Relationship between Social Isolation and Physical Health in Adults. 2024.
  9. [9] Albasheer O et coll. The impact of social isolation and loneliness on cardiovascular disease risk factors: a systematic review, meta-analysis, and bibliometric investigation. 2024.
  10. [10] Williams CYK et coll. Interventions to reduce social isolation and loneliness during COVID-19 physical distancing measures: A rapid systematic review. 2021.
  11. [11] NICE. Depression in adults: treatment and management. NG222. Recommandations.
Bandeau original Osteomag aux lignes fluides évoquant la respiration et les fascias