Points clés
  • L’insuffisance vertébro-basilaire correspond à une diminution du flux sanguin vers l’arrière du cerveau.
  • Elle peut provoquer vertiges, troubles visuels, instabilité, nausées, faiblesse ou autres signes neurologiques.
  • Les artères vertébrales traversent la région cervicale, ce qui les expose à certaines contraintes mécaniques lors des mouvements du cou.
  • Les complications graves après manipulation cervicale semblent rares, mais leur gravité impose une grande prudence clinique.
  • Une douleur cervicale inhabituelle ou une céphalée soudaine peut parfois précéder une pathologie vasculaire déjà présente.
  • L’évaluation préalable doit rechercher drapeaux rouges, facteurs de risque vasculaire et symptômes neurologiques.
  • Le consentement éclairé et l’explication des alternatives thérapeutiques font partie des bonnes pratiques.
  • Dans plusieurs cas, des approches plus douces comme mobilisations, techniques myofasciales ou exercices sont pertinentes.
  • Après tout traitement cervical, l’apparition de symptômes inhabituels nécessite une réévaluation rapide.
  • En région cervicale, la qualité du jugement clinique est souvent plus importante que la technique elle-même.

Introduction

Un simple mouvement du cou peut-il vraiment provoquer un accident vasculaire cérébral ? La question inquiète, divise et suscite de nombreux débats dans le monde de la santé manuelle. Pour la majorité des patients, les manipulations cervicales se déroulent sans complication et apportent un soulagement réel des douleurs cervicales, des céphalées ou des restrictions de mobilité. Pourtant, dans de rares situations, certaines conditions vasculaires préexistantes ou méconnues peuvent transformer un geste thérapeutique en événement grave.

Parmi ces conditions, l’insuffisance vertébro-basilaire (IVB) occupe une place particulière. Elle correspond à une diminution du flux sanguin vers les régions postérieures du cerveau, notamment le tronc cérébral, le cervelet et les lobes occipitaux. Lorsque cette circulation est compromise, les conséquences peuvent aller de simples vertiges à des troubles neurologiques majeurs, voire à un accident vasculaire cérébral dans le territoire vertébro-basilaire.

Le défi clinique réside dans le fait que les signes d’alerte ne sont pas toujours évidents. Étourdissements, troubles visuels, nausées, instabilité, céphalée inhabituelle ou douleur cervicale soudaine peuvent parfois précéder une complication vasculaire. Or, plusieurs de ces symptômes ressemblent aussi à des motifs de consultation courants en ostéopathie, chiropractie, physiothérapie ou médecine musculosquelettique.

C’est pourquoi la question n’est pas seulement de savoir si la manipulation cervicale est utile, mais chez qui elle est appropriée, quand elle doit être évitée, et quelles alternatives privilégier. Une pratique moderne ne repose pas sur la peur ni sur l’aveuglement, mais sur l’évaluation rigoureuse, le raisonnement clinique et la sécurité du patient.

Dans cet article, nous allons explorer de manière claire et nuancée : l’anatomie du système vertébro-basilaire, les mécanismes de l’insuffisance vasculaire, les données sur les risques post-manipulation, les symptômes à reconnaître, les tests cliniques, ainsi que les approches thérapeutiques plus sécuritaires. Car dans la région cervicale, la précision du jugement clinique compte parfois autant que la technique elle-même.

L’insuffisance vertébrobasilaire (IVB) fait référence à une réduction du flux sanguin vers la partie postérieure du cerveau, principalement alimentée par les artères vertébrales et basilaires. Ces artères font partie intégrante de la circulation cérébrale, fournissant environ 11 % du flux sanguin cérébral, tandis que les 89 % restants sont fournis par le système carotidien (Grant, 1994a). La compréhension de l’anatomie et de la biomécanique du système vertébrobasilaire est essentielle pour comprendre comment les mouvements cervicaux peuvent influencer le flux sanguin et potentiellement conduire à une insuffisance.

La région cervicale se distingue des autres segments vertébraux par la présence d’artères vertébrales. Ces artères proviennent de l’artère sous-clavière et remontent le long de la colonne cervicale, pénétrant dans le foramen transversal de chaque vertèbre cervicale à partir de C6. Cette voie anatomique est cruciale car elle expose les artères vertébrales à des contraintes mécaniques potentielles lors des mouvements cervicaux.

  1. Origine : L’artère vertébrale prend naissance à partir de l’artère sous-clavière, de chaque côté du corps.
  2. Trajet cervical : Elle remonte à travers les foramina transversaires des vertèbres cervicales, de C6 à C1. Ces ouvertures dans les processus transverses protègent l’artère, mais rendent également son trajet vulnérable à des forces mécaniques excessives, comme lors de mouvements brusques ou de traumatismes.
  3. Entrée crânienne : L’artère passe ensuite dans le foramen magnum, où elle rejoint l’artère vertébrale opposée pour former l’artère basilaire, une structure clé dans la circulation vertébro-basilaire.

Cette structure est particulièrement vulnérable aux lésions lors de manipulations cervicales ou de traumatismes cervicaux. Une dissection de l’artère vertébrale peut entraîner une diminution du flux sanguin, provoquant des symptômes neurologiques graves, tels que des vertiges, des troubles visuels, ou un accident vasculaire cérébral (AVC) dans le territoire vertébro-basilaire. Cette image souligne donc l’importance d’une connaissance approfondie de l’anatomie pour éviter des complications lors des interventions thérapeutiques manuelles.

Au cours de leur ascension, les artères vertébrales traversent les foramens transversaux des vertèbres cervicales. Lorsqu’elles atteignent l’atlas (C1), les artères se dirigent presque horizontalement. Elles traversent ensuite le foramen magnum et rejoignent leur homologue controlatérale pour former l’artère basilaire, qui continue d’alimenter le tronc cérébral, le cervelet et les lobes occipitaux.

L’anatomie unique de la colonne cervicale signifie que les artères vertébrales sont étroitement associées aux structures osseuses des vertèbres cervicales, en particulier au niveau de C1 et C2. Cette relation anatomique est importante lors de la rotation de la tête et d’autres mouvements cervicaux. Environ 45 à 50 degrés de rotation cervicale se produisent principalement au niveau de l’articulation atlanto-axiale, qui est essentielle pour permettre une gamme de mouvements de la tête et du cou.

Lors des mouvements de rotation, les artères vertébrales, attachées aux foramens transversaux de C1 et C2, sont soumises à des forces d’étirement, de tension, de compression et de torsion. Ces forces peuvent avoir un impact significatif sur le flux sanguin dans ces artères. Le mouvement de rotation de la tête peut entraîner la plus grande diminution du flux sanguin vers les artères vertébrales, comme le montrent plusieurs études (deKleyn et Nieuwenhuyse, 1927 ; deKleyn et Versteegh, 1933 ; Tatlow et Bammer, 1957 ; Toole et Tucker, 1960 ; Brown et Tatlow, 1963 ; Andersson et al., 1970 ; Barton et Margolis, 1975 ; Grossman et Davies, 1982 ; Yang et al., 1985). Ces études démontrent que le stress mécanique appliqué pendant la rotation de la tête peut entraîner des réductions temporaires ou persistantes du flux sanguin, contribuant aux symptômes de l’insuffisance vertébrobasilaire.

L’anatomie et la biomécanique du système vertébrobasilaire mettent en évidence l’équilibre délicat requis dans les mouvements cervicaux, en particulier lorsque des interventions telles que la manipulation cervicale sont envisagées. Étant donné que les artères vertébrales sont sensibles aux contraintes mécaniques pendant la rotation cervicale, il est essentiel d’être conscient des risques potentiels associés à ces mouvements, en particulier chez les personnes dont la circulation vertébrobasilaire est compromise.

En résumé, le parcours anatomique unique des artères vertébrales dans la colonne cervicale et leur sensibilité aux forces mécaniques pendant la rotation cervicale soulignent l’importance d’une évaluation et d’une prise en charge minutieuses des patients présentant des symptômes liés à l’insuffisance vertébrobasilaire. La compréhension de ces principes anatomiques et biomécaniques aide les cliniciens à prendre des décisions éclairées concernant les options et stratégies de traitement pour minimiser les risques tout en optimisant les soins aux patients.

Incidence des accidents vasculaires cérébraux vertébrobasilaires après manipulation manuelle de la colonne vertébrale

La question de l’incidence des accidents vasculaires cérébraux vertébrobasilaires après manipulation manuelle de la colonne vertébrale demeure l’un des sujets les plus débattus en thérapie manuelle. Elle suscite à la fois inquiétude, controverses scientifiques et interprétations parfois opposées. D’un côté, plusieurs praticiens soulignent que ces événements sont extrêmement rares au regard du nombre élevé de manipulations cervicales réalisées chaque année. De l’autre, la gravité potentielle d’un accident vasculaire cérébral impose une prudence constante, même lorsqu’un risque absolu semble faible. Comprendre cette question exige donc de dépasser les slogans simplistes pour examiner les limites des données disponibles.

L’un des premiers constats est que les chiffres rapportés varient considérablement selon les études. Certaines publications historiques ont évoqué des taux extrêmement faibles, allant d’un cas sur plusieurs centaines de milliers à plusieurs millions de manipulations. D’autres analyses ont proposé des estimations plus élevées. Cette variabilité ne signifie pas nécessairement que le risque change radicalement d’une étude à l’autre, mais plutôt que les méthodes utilisées diffèrent fortement. Les systèmes de déclaration spontanée, les revues rétrospectives, les études médico-légales et les bases de données administratives n’identifient pas les événements de la même manière. Plus un événement est rare, plus il devient difficile à mesurer avec précision.

Un autre enjeu majeur concerne la causalité. Dans plusieurs cas documentés, le patient consulte pour une douleur cervicale inhabituelle ou une céphalée déjà causée par une dissection artérielle débutante. La personne cherche alors un soulagement, reçoit une consultation médicale ou manuelle, puis développe un accident vasculaire cérébral dans les heures ou jours suivants. La difficulté scientifique consiste à déterminer si la manipulation a causé l’événement, si elle a aggravé une pathologie déjà présente, ou si la consultation était simplement une conséquence des premiers symptômes de la dissection. Cette distinction est essentielle, car elle influence fortement l’interprétation des statistiques.

Les études populationnelles modernes ont justement tenté de mieux répondre à cette question. Certaines ont observé que le risque d’AVC vertébrobasilaire après consultation chiropratique semblait comparable à celui observé après consultation médicale pour douleur cervicale ou céphalée. Cela suggère qu’une partie du lien observé pourrait être expliquée par la pathologie vasculaire initiale plutôt que par la manipulation elle-même. Toutefois, cette conclusion ne signifie pas que tout risque est inexistant. Elle rappelle surtout que le contexte clinique et les symptômes précédant l’intervention doivent être pris au sérieux.

Même si l’incidence absolue paraît faible, la sévérité des conséquences change la perspective clinique. Un accident vasculaire cérébral vertébrobasilaire peut entraîner vertiges sévères, troubles visuels, troubles de la parole, atteinte de la coordination, séquelles neurologiques durables, voire décès. En médecine, un événement rare mais grave justifie souvent des mesures préventives importantes. C’est pourquoi la discussion ne devrait pas se limiter à savoir si le risque est de un sur cent mille ou un sur un million. La vraie question est : comment réduire au maximum les situations évitables ?

La réponse passe d’abord par l’évaluation préalable. Une anamnèse attentive, la recherche de drapeaux rouges, la reconnaissance d’une douleur cervicale inhabituelle, de céphalées nouvelles, de vertiges inexpliqués, de troubles neurologiques transitoires ou de facteurs de risque vasculaires peuvent modifier la conduite clinique. Chez certains patients, une approche plus conservatrice sera préférable : mobilisations douces, techniques myofasciales, exercices actifs, travail postural ou rééducation progressive. Le choix d’une technique cervicale ne devrait jamais être automatique.

Il faut également rappeler que les dissections artérielles peuvent survenir dans d’autres contextes que les manipulations : traumatismes routiers, sports, mouvements brusques, efforts de toux, éternuements violents, activités quotidiennes ou causes spontanées. Cela ne banalise pas le débat, mais replace la manipulation cervicale dans un ensemble plus large de facteurs potentiels affectant une artère déjà vulnérable.

En définitive, les données actuelles suggèrent que les accidents vasculaires cérébraux vertébrobasilaires après manipulation vertébrale sont rares, difficiles à quantifier avec exactitude et complexes sur le plan causal. Cependant, leur gravité impose une pratique fondée sur la sélection des patients, le consentement éclairé, la prudence technique et la capacité de référer rapidement lorsqu’un doute existe. En région cervicale, la qualité du raisonnement clinique reste plus importante que la recherche d’un chiffre absolu unique.

Études sur le risque d’AVC / dissection après manipulation cervicale

1. Cassidy et al., 2008

Type d’étude : Étude cas-témoins populationnelle + case-crossover
Population : Population de l’Ontario; AVC vertébrobasilaire et consultations chiropratiques ou médicales.
Résultat principal : L’association entre consultation chiropratique et AVC vertébrobasilaire chez les moins de 45 ans était semblable à celle observée après consultation médicale, suggérant qu’une dissection déjà en cours pouvait expliquer la consultation initiale.
Interprétation : Étude majeure. Elle ne montre pas une augmentation claire du risque causé par la manipulation elle-même, sans pour autant prouver un risque nul.
Lien : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/18204390/

2. Whedon et al., 2015

Type d’étude : Étude rétrospective sur données Medicare
Population : Bénéficiaires Medicare âgés de 66 à 99 ans avec cervicalgie.
Résultat principal : L’incidence de l’AVC vertébrobasilaire était extrêmement faible; les différences observées entre patients vus par chiropraticien et par médecin étaient probablement non cliniquement significatives.
Interprétation : Utile pour montrer que l’événement est rare dans une grande base de données, avec limites liées à la population âgée étudiée.
Lien : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/25596875/

3. Smith et al., 2003

Type d’étude : Étude cas-témoins
Population : Patients avec dissection artérielle cervicale.
Résultat principal : Les auteurs rapportent une association indépendante entre thérapie manipulative et dissection de l’artère vertébrale.
Interprétation : Étude souvent citée par les auteurs prudents; importante historiquement, mais discutée.
Lien : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/12743225/

4. Haynes et al., 2012

Type d’étude : Revue systématique
Population : Littérature sur manipulation cervicale et AVC.
Résultat principal : Les données sont insuffisantes pour démontrer une forte association, mais aussi insuffisantes pour exclure totalement le risque.
Interprétation : Bonne synthèse équilibrée.
Lien : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/22994328/

5. Church et al., 2016

Type d’étude : Revue systématique + méta-analyse
Population : Études sur soins chiropratiques et dissection artérielle cervicale.
Résultat principal : Petite association statistique observée, sans preuve convaincante de causalité.
Interprétation : Très utile pour distinguer association et causalité.
Lien : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/27014532/

6. Thomas et al., 2015

Type d’étude : Étude cas-témoins prospective préliminaire
Population : Patients avec dissection artérielle cervicale.
Résultat principal : La dissection artérielle cervicale est une cause importante d’AVC chez les jeunes et a été rarement associée à la thérapie manipulative cervicale.
Interprétation : Plus utile pour les facteurs de risque et la présentation clinique que pour chiffrer l’incidence.
Lien : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/25996363/

7. Rushton et al., 2023 – IFOMPT Cervical Framework

Type d’étude : Cadre de consensus international
Population : Examen cervical avant intervention musculosquelettique.
Résultat principal : Les pathologies vasculaires cervicales sont rares, mais doivent être recherchées activement avant toute intervention.
Interprétation : Référence importante pour la sécurité clinique.
Lien : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/36099171/

Cette infographie, initialement publiée dans un contexte visant à sensibiliser un groupe professionnel spécifique, aurait dû inclure tous les professionnels utilisant des manipulations vertébrales cervicales dans leur champ de pratique. Elle met en évidence les risques rares mais graves associés à ces interventions. Pour éviter tout ciblage préjudiciable ou perception d’injustice envers un groupe particulier, il est important de souligner que ces informations concernent l’ensemble des disciplines impliquées, et non un groupe en particulier. Les manipulations cervicales sont employées par divers professionnels de santé, tels que les ostéopathes, chiropraticiens, kinésiologues, physiothérapeutes, et même certains médecins spécialisés. Ces techniques sont souvent utilisées pour traiter les douleurs cervicales, les céphalées ou les troubles musculo-squelettiques en restaurant la mobilité articulaire. Bien qu’elles soient généralement sûres et efficaces lorsqu’elles sont réalisées par des praticiens qualifiés, elles comportent un faible risque de complications graves.
L’image montre l’anatomie des artères dans la région cervicale, mettant en évidence l’artère vertébrale et son cheminement à travers les vertèbres cervicales. Les artères vertébrales, qui se rejoignent pour former l’artère basilaire, jouent un rôle essentiel dans l’irrigation sanguine du cerveau. Elles passent par les foramens transversaires des vertèbres cervicales, de C6 à C1, avant de pénétrer dans le crâne.
Sur la partie gauche de l’image, on observe la connexion entre l’artère sous-clavière (à partir de laquelle naît l’artère vertébrale) et l’artère basilaire. Cette configuration anatomique souligne la vulnérabilité de ces artères aux contraintes mécaniques.
La partie droite de l’image illustre l’effet des mouvements de rotation du cou sur l’artère vertébrale. Lorsque le cou est tourné, l’artère est étirée vers l’avant, ce qui peut augmenter le stress mécanique sur sa paroi. Ces contraintes peuvent parfois réduire le flux sanguin, en particulier chez des patients présentant des pathologies ou des malformations préexistantes.
Cette compréhension est cruciale pour les professionnels de santé, comme les ostéopathes, car elle souligne l’importance de l’évaluation minutieuse des mouvements cervicaux pour éviter des complications vasculaires. Elle rappelle aussi l’importance de prendre en compte la vascularisation dans les approches thérapeutiques.

La dissection de l’artère vertébrale (DAV) est une pathologie rare mais grave pouvant entraîner des complications neurologiques majeures, notamment un accident vasculaire cérébral (AVC). Elle survient lorsqu’une déchirure de la paroi artérielle permet au sang de pénétrer entre les différentes couches du vaisseau, formant un hématome susceptible de comprimer la lumière artérielle et de perturber l’irrigation cérébrale.

L’artère vertébrale joue un rôle essentiel dans l’apport sanguin aux régions postérieures du cerveau, notamment le tronc cérébral, le cervelet et les lobes occipitaux. Son trajet anatomique à travers les vertèbres cervicales l’expose à diverses contraintes mécaniques, particulièrement lors de mouvements brusques, de traumatismes cervicaux ou dans certains contextes de vulnérabilité vasculaire.

Lorsque la paroi interne du vaisseau est lésée, le sang peut s’accumuler dans l’épaisseur de l’artère, provoquant une sténose, une occlusion ou parfois la formation d’un faux anévrisme. Cette altération favorise la diminution du débit sanguin et augmente également le risque de formation de caillots pouvant migrer vers le cerveau et causer une ischémie.

Plusieurs facteurs peuvent contribuer à cette pathologie : fragilité du tissu conjonctif, hypertension artérielle, tabagisme, anomalies vasculaires, infections inflammatoires, traumatismes majeurs ou mineurs, ainsi que certains mouvements cervicaux extrêmes. Dans de nombreux cas, la dissection survient toutefois chez des personnes auparavant en bonne santé apparente.

La reconnaissance précoce des signes d’alerte — douleur cervicale inhabituelle, céphalée soudaine, vertiges, troubles visuels, troubles de l’équilibre, faiblesse ou engourdissement — demeure essentielle. Une intervention rapide permet de réduire le risque de séquelles neurologiques et d’améliorer considérablement le pronostic.

L’artère vertébrale, un vaisseau sanguin essentiel qui alimente en sang les régions postérieures du cerveau, est particulièrement vulnérable aux blessures lors de certaines manipulations. Cette vulnérabilité est particulièrement importante lorsque l’artère passe du foramen transversal de la deuxième vertèbre cervicale (C2, également appelée axis) à celui de la première vertèbre cervicale (C1, l’atlas). L’artère vertébrale, lorsqu’elle sort du foramen transversal de C2, doit subir un changement brusque de direction pour entrer dans le foramen transversal de C1. Ce changement brusque de direction expose l’artère à un risque considérable, en particulier lors de manipulations cervicales.

La manipulation cervicale, qui implique souvent des mouvements de rotation de la tête et du cou, exerce une pression importante sur l’artère vertébrale, en particulier au niveau de C2. Au cours de ces interventions, l’artère vertébrale peut être étirée, comprimée ou tordue, ce qui peut potentiellement conduire à une dissection, une affection grave dans laquelle la paroi interne de l’artère se déchire. Lorsque l’artère vertébrale est déjà compromise ou insuffisante, sa vulnérabilité aux blessures augmente considérablement. Le risque d’une telle blessure peut être accru par les forces mécaniques appliquées lors de la manipulation cervicale.

La dissection de l’artère vertébrale est une préoccupation majeure dans le contexte de la manipulation cervicale. Des recherches ont démontré que la manipulation cervicale peut augmenter de manière indépendante le risque de dissection de l’artère vertébrale (DAV) et d’accident vasculaire cérébral ultérieur. Smith et al. ont suggéré que le risque de DAV avec accident vasculaire cérébral après une manipulation cervicale peut être multiplié par six environ. Ce risque accru souligne la nécessité d’une évaluation et d’une réflexion minutieuses avant de procéder à des procédures de manipulation sur des patients présentant une insuffisance vertébrobasilaire potentielle.

La présentation clinique de la dissection de l’artère vertébrale comprend souvent des symptômes tels que des étourdissements, des vertiges et d’autres signes de diminution du flux sanguin cérébral. Ces symptômes peuvent être pénibles et peuvent nécessiter une évaluation médicale urgente. Bien que la dissection de l’artère vertébrale puisse survenir chez des individus plus jeunes, elle est plus fréquemment observée chez les populations plus âgées, ce qui reflète un risque global plus élevé avec l’âge.

Les données statistiques sur l’incidence de la dysfonction ventriculaire après manipulation cervicale indiquent une fourchette de risque variable. Les rapports suggèrent que l’occurrence de la dysfonction ventriculaire après manipulation cervicale varie de 1 sur 10 000 à 1 sur 2 millions d’interventions (références 3-4). Malgré ces faibles taux d’incidence, la gravité potentielle de la dysfonction ventriculaire nécessite une approche prudente.

En résumé, le trajet anatomique de l’artère vertébrale et sa sensibilité aux contraintes mécaniques soulignent l’importance d’une prise en compte et d’une évaluation minutieuses lors de la manipulation cervicale. La compréhension des risques associés à la dissection de l’artère vertébrale et la mise en œuvre de mesures de sécurité appropriées peuvent réduire considérablement la probabilité d’effets indésirables et améliorer la sécurité des patients dans la pratique clinique.

Le traumatisme de l’artère vertébrale suite à une manipulation cervicale survient principalement dans sa composante atlanto-axiale, qui est étirée vers l’avant lors de la rotation.

Dissection de l’artère vertébrale : une urgence rare mais sérieuse

La dissection de l’artère vertébrale (DAV) est une pathologie rare mais grave pouvant entraîner des complications neurologiques majeures, notamment un accident vasculaire cérébral (AVC).

Elle survient lorsqu’une déchirure de la paroi artérielle permet au sang de s’infiltrer entre les différentes couches du vaisseau. Cette infiltration forme alors un hématome intramural, susceptible de réduire partiellement ou totalement le flux sanguin vers le cerveau.

Reconnaître rapidement les symptômes de cette condition est essentiel afin de permettre une prise en charge précoce, de limiter les complications et d’améliorer le pronostic.

Examen angiographique cérébral dynamique d’un homme de 59 ans atteint d’insuffisance vertébrobasilaire.
(A) Lorsque le patient est au repos, la tête placée en position neutre et regardant vers l’avant, on observe un léger rétrécissement de l’artère vertébrale gauche (AVG) en région cervicale moyenne, causé par une hypertrophie de l’articulation uncovertébrale entre la troisième et la quatrième vertèbre (flèche).
(B) Lorsque le patient tourne la tête vers la gauche, on note une importante compromission de la lumière de l’AVG, attribuable à une compression du vaisseau sanguin par la structure osseuse (flèche).
Remarque : LVG = AVG, LVG Left = AVG gauche..
« Examen angiographique cérébral dynamique d’un homme de 59 ans atteint d’insuffisance vertébrobasilaire » par Anna Luisa Kühn, tiré de CMAJ (vol. 195, no 14, E533), distribué sous licence CC BY-NC-ND 4.0 / aucune modification apportée.

Les symptômes de l’insuffisance vertébrobasilaire (IVB) sont divers et peuvent avoir un impact significatif sur la qualité de vie d’une personne. Ils résultent de la réduction du flux sanguin vers les régions postérieures du cerveau, notamment le tronc cérébral, le cervelet et les lobes occipitaux. L’un des symptômes les plus courants associés à l’IVB est l’étourdissement, qui peut se manifester par une sensation d’étourdissement ou de tournis (vertige). Ces étourdissements peuvent être graves et invalidants, entraînant une perte d’équilibre et un risque accru de chute. Les patients peuvent également ressentir une sensation d’instabilité, ce qui peut interférer avec leur capacité à marcher ou à effectuer des activités quotidiennes.

Les troubles visuels sont un autre symptôme important de la VBI. Les personnes peuvent signaler une vision floue, une vision double (diplopie) ou une perte transitoire de la vision. Ces symptômes visuels surviennent parce que le tronc cérébral, qui est essentiel au traitement des informations visuelles, est affecté par la réduction de l’apport sanguin. De plus, les patients peuvent éprouver des difficultés de perception de la profondeur et de coordination, ce qui rend difficiles les tâches qui nécessitent des mouvements précis, comme écrire ou boutonner une chemise.

Des symptômes liés à l’audition peuvent également être présents dans le trouble visuel de l’audition. Les acouphènes, ou bourdonnements dans les oreilles, sont une plainte courante, et certaines personnes peuvent souffrir d’une perte auditive ou de changements dans la perception auditive. Cela peut être particulièrement pénible et peut aggraver les difficultés rencontrées dans la vie quotidienne.

Les symptômes neurologiques associés à la VBI comprennent des problèmes d’élocution et des fonctions cognitives. Les patients peuvent avoir des troubles de l’élocution, des difficultés à trouver les mots justes ou des problèmes de compréhension du langage parlé. Les troubles cognitifs peuvent inclure la confusion, des problèmes de mémoire ou des difficultés de concentration. Ces symptômes surviennent parce que le tronc cérébral, qui joue un rôle crucial dans bon nombre de ces fonctions, est compromis.

En plus de ces symptômes, les personnes atteintes de VBI peuvent ressentir une faiblesse ou un engourdissement soudains, affectant généralement un côté du corps. Cela peut être le signe d’un accident ischémique transitoire (AIT) ou d’un mini-AVC, qui sont liés à la réduction du flux sanguin dans le système vertébrobasilaire. Dans les cas graves, le VBI peut entraîner des accidents vasculaires cérébraux complets, caractérisés par une faiblesse plus profonde, une paralysie ou une perte de sensation d’un côté du corps, ainsi que des difficultés d’élocution ou de compréhension.

Les problèmes de coordination sont également fréquents, les patients ayant souvent des difficultés de motricité fine ou de maintien de l’équilibre. Cela peut se traduire par une démarche chancelante ou des difficultés à effectuer des tâches qui nécessitent une coordination œil-main. Le sentiment d’instabilité et le manque de contrôle sur ses mouvements peuvent affecter considérablement la capacité de la personne à effectuer des activités quotidiennes et à conserver son indépendance.

D’autres symptômes systémiques peuvent inclure des nausées, des vomissements et une sensation générale de malaise. Ces symptômes sont souvent associés aux étourdissements et aux vertiges qui se produisent dans l’IVB. Dans certains cas, les patients peuvent également ressentir une sensation de pression dans la tête ou un mal de tête, bien que ces symptômes soient moins spécifiques à l’IVB et puissent se superposer à d’autres affections.

Dans l’ensemble, les symptômes de l’insuffisance vertébrobasilaire sont multiples et peuvent varier en intensité. La combinaison de vertiges, de troubles visuels et auditifs, de déficits neurologiques et de problèmes de coordination peut affecter considérablement la capacité fonctionnelle et la qualité de vie d’un individu. La reconnaissance et la gestion précoces de ces symptômes sont essentielles pour prévenir la progression et réduire le risque de conséquences plus graves, comme l’accident vasculaire cérébral. Un diagnostic précis et des stratégies de traitement ciblées sont essentiels pour gérer efficacement l’insuffisance vertébrobasilaire et améliorer les résultats des patients.

La dissection de l’artère vertébrale (DAV) est une pathologie vasculaire rare mais grave, souvent sous-diagnostiquée, qui peut entraîner des complications neurologiques majeures comme l’accident vasculaire cérébral (AVC). Bien que son incidence soit relativement faible, elle touche fréquemment des adultes jeunes et en bonne santé. De nombreux facteurs de risque, qu’ils soient intrinsèques ou extrinsèques, contribuent à la survenue de cette condition, mettant en lumière une interaction complexe entre prédispositions génétiques, influences mécaniques, mode de vie, et conditions médicales.

Les facteurs génétiques jouent un rôle important dans la susceptibilité à la DAV. Certaines maladies héréditaires, notamment celles qui affectent le tissu conjonctif, augmentent le risque de déchirure artérielle. Le syndrome d’Ehlers-Danlos de type IV est un exemple bien connu de trouble génétique associé à une faiblesse des parois vasculaires. Cette condition rare provoque un défaut de collagène qui rend les artères plus fragiles et susceptibles de se déchirer sous l’effet de contraintes mécaniques normales. De même, le syndrome de Marfan, une autre maladie héréditaire touchant le tissu conjonctif, entraîne une diminution de l’élasticité vasculaire et peut prédisposer à des dissections. D’autres anomalies structurelles congénitales, comme l’hypoplasie d’une artère vertébrale, où l’artère est sous-développée, augmentent également le risque de lésions vasculaires.

Les facteurs mécaniques sont une autre catégorie majeure de risque, car les artères vertébrales sont exposées à des contraintes importantes en raison de leur localisation dans le cou. Les traumatismes directs, comme ceux survenant lors d’un accident de la route ou d’une chute, sont une cause fréquente de dissection. Cependant, des microtraumatismes répétés peuvent également jouer un rôle, notamment chez les athlètes pratiquant des sports de contact ou d’impact, comme le football ou les arts martiaux. Ces microtraumatismes accumulés peuvent fragiliser progressivement les parois artérielles, augmentant leur vulnérabilité. Par ailleurs, certains mouvements extrêmes du cou, tels qu’une hyperextension ou une rotation rapide, peuvent entraîner une tension excessive sur l’artère vertébrale, favorisant une déchirure. Les manipulations cervicales réalisées dans le cadre de pratiques thérapeutiques, comme l’ostéopathie ou la chiropractie, ont également été associées à des cas de dissection artérielle, bien que ce lien reste débattu dans la communauté médicale.

Le mode de vie contribue également à la survenue de la DAV, principalement à travers ses effets sur la santé vasculaire globale. Le tabagisme est un facteur de risque bien établi, car il favorise l’athérosclérose et endommage directement les parois vasculaires, les rendant plus fragiles et susceptibles de se déchirer. De même, l’hypertension artérielle constitue une contrainte constante sur les artères, augmentant leur vulnérabilité à une dissection. Une activité physique excessive ou mal encadrée peut également provoquer une augmentation soudaine de la pression artérielle, entraînant un stress sur les parois vasculaires et un risque accru de DAV. En revanche, une activité physique modérée et régulière est bénéfique pour la santé vasculaire et peut contribuer à réduire les risques.

Les infections et les inflammations sont une autre cause potentielle de fragilisation des artères vertébrales. Certaines infections des voies respiratoires supérieures, comme celles causées par des virus ou des bactéries, peuvent être associées à une dissection artérielle. Ces infections provoquent une inflammation vasculaire, augmentant la susceptibilité des parois artérielles aux lésions. Par ailleurs, des maladies inflammatoires chroniques comme le lupus érythémateux disséminé ou la polyarthrite rhumatoïde peuvent affaiblir les vaisseaux en raison de processus inflammatoires persistants. Ces inflammations endommagent les couches internes des artères, les rendant plus vulnérables aux forces mécaniques et au stress hémodynamique.

Les facteurs hormonaux et les conditions liées au sexe ont également une influence sur la DAV. Chez les femmes, la grossesse est un facteur de risque reconnu en raison des modifications hormonales et hémodynamiques qu’elle induit. Ces changements rendent les parois artérielles plus fragiles et susceptibles de se déchirer, en particulier au cours du troisième trimestre ou immédiatement après l’accouchement. Les fluctuations hormonales peuvent également influencer la santé vasculaire de manière générale, bien que leur rôle précis dans la dissection artérielle nécessite des recherches supplémentaires.

Les anomalies vasculaires locales augmentent également le risque de DAV. Une tortuosité excessive ou des malformations congénitales des artères vertébrales peuvent entraîner une contrainte accrue sur les parois artérielles lors des mouvements du cou. De même, des conditions comme l’athérosclérose, bien que plus fréquentes chez les personnes âgées, peuvent fragiliser les vaisseaux et rendre les jeunes adultes plus vulnérables à une dissection. Ces anomalies vasculaires augmentent également le risque de formation de caillots, ce qui peut aggraver les complications associées à une DAV.

Enfin, le stress psychologique joue un rôle indirect mais notable dans le développement de la DAV. Un stress intense peut provoquer une élévation de la tension artérielle, ce qui exerce une pression supplémentaire sur les parois artérielles. De plus, les comportements à risque souvent associés au stress, comme le tabagisme ou une activité physique intense non encadrée, peuvent également augmenter les risques de dissection. Le stress chronique peut également avoir des effets néfastes sur la santé vasculaire globale, exacerbant d’autres facteurs prédisposants.

Ainsi, la dissection de l’artère vertébrale résulte d’une combinaison complexe de prédispositions génétiques, de facteurs mécaniques et environnementaux, ainsi que de comportements liés au mode de vie. Une attention particulière doit être portée à ces éléments pour identifier les personnes à risque et prévenir les complications graves de cette pathologie.

Alternatives aux manipulations cervicales dans les traitements ostéopathiques

Les manipulations cervicales peuvent être utiles dans certains contextes, mais elles ne constituent ni la seule option thérapeutique ni toujours la meilleure stratégie pour chaque patient. De nombreuses personnes présentent des facteurs de vulnérabilité, une appréhension face aux techniques rapides, une douleur aiguë, un terrain inflammatoire ou simplement un profil clinique qui répond mieux à des approches plus progressives. En pratique moderne, la question n’est pas de savoir s’il faut absolument manipuler, mais de choisir l’intervention la plus pertinente, la plus sécuritaire et la mieux tolérée.

Les mobilisations douces représentent souvent une excellente alternative. Réalisées avec une amplitude contrôlée et sans impulsion rapide, elles visent à améliorer la mobilité articulaire, réduire la raideur et calmer la douleur tout en respectant la tolérance du patient. Elles sont particulièrement intéressantes chez les personnes âgées, les patients anxieux, les sujets douloureux ou lorsqu’un doute clinique subsiste.

Les techniques myofasciales occupent également une place importante. En travaillant sur les muscles, fascias et tissus mous du cou, des épaules et du thorax supérieur, elles permettent de diminuer les tensions protectrices, d’améliorer la circulation locale et de réduire certaines douleurs chroniques liées à la surcharge posturale. Chez de nombreux patients, la limitation cervicale provient davantage d’une hypertonicité musculaire que d’un véritable blocage articulaire.

Le travail sur la région thoracique et la ceinture scapulaire est souvent sous-estimé. Un haut du dos rigide, une respiration restreinte ou une scapula mal contrôlée peuvent augmenter la charge imposée au cou. Améliorer la mobilité dorsale, l’ouverture thoracique et la mécanique scapulaire peut parfois soulager les symptômes cervicaux sans intervenir directement sur la colonne cervicale.

Les approches fonctionnelles et tissulaires douces sont particulièrement utiles dans les phases aiguës ou chez les patients hypersensibles. Elles consistent à accompagner les préférences naturelles du corps, à réduire les contraintes mécaniques et à favoriser un relâchement progressif sans dépasser les limites de confort. Ce type d’intervention est souvent bien toléré après un coup du lapin, en période douloureuse ou chez les personnes craignant les manipulations.

Les exercices actifs demeurent l’un des outils les plus puissants à moyen et long terme. Mobilité cervicale progressive, renforcement des stabilisateurs profonds, endurance posturale, contrôle scapulaire et rééducation du mouvement permettent de restaurer la fonction tout en diminuant la dépendance aux soins passifs. Un patient qui comprend et pratique des exercices adaptés dispose souvent d’un meilleur pronostic durable.

L’éducation thérapeutique joue aussi un rôle central. Expliquer les mécanismes de la douleur, corriger certaines croyances inquiétantes, ajuster l’ergonomie du poste de travail, améliorer la gestion de la charge et favoriser le sommeil ou la récupération peuvent transformer l’évolution clinique. Parfois, ce n’est pas une technique supplémentaire qui manque, mais une meilleure compréhension du problème.

Enfin, une prise en charge de qualité repose sur l’individualisation. Certains patients bénéficieront d’un travail manuel local, d’autres d’exercices, d’autres encore d’une combinaison progressive de plusieurs approches. La valeur du traitement ne se mesure pas à la rapidité d’un craquement, mais à la pertinence de la stratégie choisie et à ses effets durables sur la santé du patient.

Tableau – Alternatives aux manipulations cervicales dans les traitements ostéopathiques

Approche thérapeutiqueObjectif principalQuand l’utiliserAvantages
Mobilisations doucesAméliorer la mobilité sans impulsion rapideRaideur, douleur aiguë, patient prudentSécuritaire, progressive, bien tolérée
Techniques myofascialesRéduire les tensions musculaires et fascialesContractures, surcharge posturale, douleurs chroniquesDétente tissulaire, diminution douleur
Travail thoracique / scapulaireDiminuer la charge sur le couHaut du dos raide, épaules fermées, mauvaise postureCorrige la cause mécanique globale
Techniques fonctionnellesRespecter les mouvements naturels du corpsPhase aiguë, hypersensibilité, post-traumaTrès douce, confortable
Techniques tissulaires doucesRéduire les contraintes localesRégion irritable, patient sensiblePeu agressive, adaptable
Exercices actifsRestaurer force, mobilité et contrôle moteurRécidives, faiblesse, long termeDurable, autonomie du patient
Rééducation posturaleModifier les habitudes contraignantesTravail de bureau, posture prolongéePrévention des rechutes
Travail respiratoireRéduire la tension cervico-thoraciqueStress, respiration haute, crispationCalme le système, améliore mobilité
Conseils ergonomiquesAdapter l’environnement quotidienBureau, conduite, téléphone, sommeilImpact quotidien important
Éducation thérapeutiqueComprendre douleur et récupérationTous profilsRéduit peur, améliore adhésion
Approche combinéeAssocier plusieurs outils selon le casCas complexes ou persistantsPersonnalisée, souvent la plus efficace

Tableau – Quelle alternative selon le profil du patient ?

Profil du patientApproche souvent pertinente
Patient anxieuxTechniques douces + explications
Douleur aiguëMobilisations + tissulaire
Travail de bureauErgonomie + posture + exercices
Stress élevéRespiration + myofascial
Récidives fréquentesRenforcement + autonomie
Sujet âgéApproche progressive sécuritaire
Après traumatismeFonctionnel + rééducation graduelle
SportifContrôle moteur + charge progressive

Tests d’insuffisance vertébrobasilaire

Les tests d’insuffisance vertébrobasilaire (VBI) sont utilisés à des fins de prévention avant de procéder à des manipulations ou mobilisations cervicales.

Ces tests sont de nature provocatrice et sont effectués pour tester l’apport sanguin collatéral et vertébrobasilaire au cerveau. Ils sont effectués pour tester l’apport sanguin collatéral et vertébrobasilaire au cerveau afin de détecter des signes et symptômes de pathologie des artères vertébrales, qui peuvent présenter un risque avant la manipulation.

1. Test passif de vérification de l’intégrité de l’artère vertébrale

  • Placez le patient en décubitus dorsal et effectuez une extension passive et une flexion latérale de la tête et du cou.
  • Faites pivoter passivement le cou du même côté et maintenez cette position pendant environ 30 secondes.
  • Répétez le test avec un mouvement de la tête vers le côté opposé.
  • Le test est considéré comme positif s’il y a une chute des bras, une perte d’équilibre ou une pronation des mains ; un résultat positif indique une diminution de l’apport sanguin au cerveau.
  • Autres symptômes positifs :
    • Vertiges
    • Acouphènes
    • Vertiges
    • Nystagmus
    • Paresthésie
    • Dysarthrie
    • Diplopie
    • Dysphagie

2.Test actif de l’artère vertébrale (Dekleyn)

  • Patient en décubitus dorsal, tête hors de la table.
  • Demandez au patient de faire une hyperextension et de faire pivoter la tête.
  • Maintenez cette position pendant 15 à 30 secondes.
  • Répétez l’opération inverse.

Test positif : Vertiges, étourdissements, vision floue, nausées, évanouissements et nystagmus. –

Structures touchées : Sténose ou compression de l’artère vertébrale, basilaire ou carotide.

Si la présence d’un BVI est évidente chez un patient, le praticien doit immédiatement interrompre le test de provocation et ramener le cou du patient en position neutre (Rivett et al., 2005). Les procédures de manipulation doivent être interrompues et le patient doit être adressé à un spécialiste pour un examen médical plus approfondi.

Protocoles de sécurité pour les ostéopathes : Recommandations pratiques

Les manipulations cervicales exigent un niveau élevé de jugement clinique, car la région du cou concentre des structures neurologiques, vasculaires et musculo-squelettiques d’une grande importance. Même si les complications graves demeurent rares, leurs conséquences potentielles justifient une approche rigoureuse, prudente et individualisée. La sécurité du patient ne dépend pas uniquement de la technique choisie, mais surtout de la qualité de l’évaluation qui précède toute intervention.

Avant d’envisager une manipulation cervicale, une anamnèse complète devrait toujours être réalisée. Le praticien doit explorer les antécédents médicaux, les facteurs de risque cardiovasculaires, les traumatismes récents, les migraines inhabituelles, les épisodes de vertige, les troubles visuels, les symptômes neurologiques transitoires, ainsi que toute douleur cervicale soudaine et atypique. Certaines plaintes apparemment banales peuvent parfois masquer une pathologie vasculaire débutante.

L’examen clinique doit ensuite chercher à identifier les drapeaux rouges. Une faiblesse musculaire inexpliquée, une perte de sensibilité persistante, une ataxie, une dysarthrie, une diplopie, une instabilité importante, une douleur violente inhabituelle ou des symptômes aggravés par certains mouvements imposent une grande prudence. En présence de tels signes, l’objectif n’est plus de manipuler, mais d’orienter rapidement vers une évaluation médicale appropriée.

Le consentement éclairé représente également une étape essentielle. Le patient devrait comprendre la nature du traitement proposé, les bénéfices attendus, les limites, les alternatives possibles et les risques potentiels, même lorsqu’ils sont rares. Une relation thérapeutique moderne repose sur la transparence et la participation active du patient dans la décision clinique.

Lorsque le contexte clinique soulève un doute, les techniques les moins contraignantes devraient être privilégiées. Mobilisations douces, techniques myofasciales, travail tissulaire, exercices actifs, conseils posturaux et rééducation fonctionnelle permettent souvent d’obtenir d’excellents résultats sans recourir à des manœuvres à plus forte contrainte mécanique. Le choix d’une technique ne devrait jamais relever de l’habitude, mais de l’indication réelle.

La surveillance après traitement est tout aussi importante. Toute apparition inhabituelle de vertiges, troubles visuels, faiblesse, céphalée sévère, nausée intense ou aggravation neurologique après une intervention nécessite une réévaluation immédiate et, au besoin, une référence urgente. Informer le patient sur les signes à surveiller fait partie intégrante de la sécurité clinique.

Enfin, une pratique responsable implique de reconnaître ses limites. Savoir référer, collaborer avec d’autres professionnels de la santé et réviser son hypothèse diagnostique sont des marqueurs de compétence, non de faiblesse. En ostéopathie cervicale, la meilleure technique reste souvent celle qui est choisie avec discernement — ou celle que l’on décide de ne pas faire.

Tableau – Protocoles de sécurité en ostéopathie cervicale

Étape cliniqueCe qu’il faut vérifierAction recommandée
Anamnèse initialeAntécédents vasculaires, AVC, HTA, migraine inhabituelle, traumatisme, vertiges, troubles visuelsRecueillir un historique complet avant toute technique
Symptômes actuelsDouleur soudaine, céphalée inhabituelle, nausée, déséquilibre, faiblesse, paresthésiesRechercher une cause non musculo-squelettique
Drapeaux rouges neurologiquesDiplopie, dysarthrie, ataxie, perte de force, perte de sensibilité, confusionRéférer médicalement rapidement
Facteurs de risqueTabagisme, hypertension, diabète, hypercholestérolémie, âge, grossesse, tissu conjonctif fragileRedoubler de prudence
Examen physiqueMobilité cervicale, tests neurologiques, observation posturale, tolérance au mouvementConfirmer la cohérence clinique
Choix thérapeutiqueNiveau de risque, diagnostic probable, sensibilité du patientFavoriser la technique la moins contraignante efficace
Alternatives sécuritairesMobilisations douces, myofascial, exercices, conseils ergonomiquesPrioriser si doute clinique
Consentement éclairéBénéfices, limites, alternatives, risques potentielsExpliquer clairement avant traitement
Surveillance post-traitementVertige, céphalée sévère, vision trouble, faiblesse, aggravation inhabituelleRéévaluer immédiatement
Suivi cliniqueRéponse au traitement, évolution, nouveaux symptômesAjuster le plan ou référer

Tableau – Quand éviter une manipulation cervicale

SituationConduite suggérée
Suspicion vasculaireNe pas manipuler, référer
Symptômes neurologiques progressifsÉvaluation médicale
Traumatisme récent importantInvestigation préalable
Douleur atypique violentePrudence maximale
Incertitude diagnostiqueChoisir approche conservatrice
Patient anxieux / non consentantRevoir stratégie
Grossesse à risque / contexte complexeAdapter forte

Conclusion

L’insuffisance vertébro-basilaire et la manipulation cervicale se situent à la rencontre de deux réalités : d’un côté, des techniques manuelles capables d’apporter un soulagement réel à de nombreux patients ; de l’autre, la nécessité absolue de reconnaître qu’aucune intervention n’est totalement dénuée de risque. En région cervicale, cette exigence de prudence devient encore plus importante en raison de la proximité des structures neurologiques et vasculaires vitales.

La question moderne n’est donc plus d’opposer aveuglément “pour” ou “contre” la manipulation cervicale. Elle consiste plutôt à déterminer quand elle est indiquée, chez qui elle peut être évitée, et quelles alternatives sont plus appropriées selon le profil clinique du patient. Cette nuance est essentielle, car la sécurité ne dépend pas uniquement du geste technique, mais surtout de la qualité de l’évaluation qui le précède.

Anamnèse détaillée, reconnaissance des drapeaux rouges, compréhension des symptômes vasculaires, sélection des techniques, consentement éclairé et capacité à référer rapidement : voilà ce qui distingue une pratique responsable d’une approche mécanique appliquée sans discernement.

Il existe aujourd’hui de nombreuses options thérapeutiques efficaces : mobilisations douces, techniques myofasciales, exercices actifs, rééducation posturale, travail respiratoire, accompagnement progressif de la douleur. Dans bien des cas, ces stratégies permettent d’obtenir d’excellents résultats avec un niveau de risque plus faible.

En définitive, la région cervicale rappelle une vérité fondamentale du soin : la valeur d’un praticien ne se mesure pas à la force d’une technique, mais à la justesse de son jugement. Lorsque la sécurité guide la décision clinique, le traitement devient non seulement plus prudent, mais souvent plus intelligent.

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