Le mal de dos n’est pas réservé aux adultes. Il devient plus fréquent à mesure que l’enfant approche de l’adolescence, et la majorité des épisodes sont liés à des causes bénignes ou musculosquelettiques. Mais chez un enfant — surtout lorsqu’il est jeune — une douleur persistante, nocturne, associée à de la fièvre, à une altération de l’état général ou à des signes neurologiques mérite davantage de prudence [1–3].
En bref : il ne faut ni dramatiser chaque plainte ni attribuer automatiquement la douleur à la croissance, au sac d’école ou à une « mauvaise posture ». L’âge, la durée, le contexte sportif, la présence de symptômes généraux, l’examen neurologique et l’évolution orientent la conduite à tenir. Lorsque l’évaluation est rassurante et que la douleur est non spécifique, l’activité et l’exercice progressif constituent la base de la prise en charge [10,11].

Le mal de dos est-il fréquent chez les jeunes ?
Oui. Les douleurs vertébrales deviennent relativement courantes chez les enfants d’âge scolaire et surtout chez les adolescents. La fréquence augmente avec l’âge, et les douleurs non spécifiques représentent une proportion importante des consultations [3,4].
Une douleur occasionnelle après une activité physique n’a toutefois pas la même signification qu’une douleur quotidienne qui persiste plusieurs semaines, réveille l’enfant la nuit ou s’accompagne d’autres symptômes. C’est la combinaison des caractéristiques cliniques et leur évolution qui détermine le niveau de préoccupation.
La croissance fait-elle mal au dos ?
La croissance modifie rapidement les proportions du corps, la force, la coordination et les contraintes auxquelles un jeune athlète est exposé. Un adolescent peut se sentir momentanément moins coordonné ou moins souple pendant une poussée de croissance.
Mais il n’est pas rigoureux de conclure qu’un mal de dos persistant est simplement une « douleur de croissance » ou que les os grandissent plus vite que les muscles au point de provoquer automatiquement une douleur lombaire. Lorsqu’une douleur apparaît pendant une période de croissance rapide, il faut aussi considérer la charge sportive, la récupération, une éventuelle lésion de stress, la maladie de Scheuermann et d’autres causes spécifiques selon le tableau.
Les causes fréquentes du mal de dos chez l’enfant et l’adolescent
Douleur musculosquelettique non spécifique
Chez l’adolescent, une douleur lombaire ou dorsale peut apparaître après une augmentation récente de l’activité, une reprise sportive, une période de surcharge ou simplement sans lésion identifiable. Dans ces situations, l’examen neurologique est habituellement normal et aucun diagnostic structurel précis n’est retrouvé [3,4].
Cette absence de lésion visible ne signifie pas que la douleur n’est pas réelle. Elle signifie que le tableau se comporte davantage comme une douleur musculosquelettique non spécifique, dont le pronostic est généralement favorable avec une activité adaptée et une reprise progressive.
Spondylolyse
La spondylolyse est une lésion de stress de la pars interarticularis, le plus souvent au niveau de L5. Elle est particulièrement importante chez les adolescents sportifs exposés à des charges répétées de la colonne, notamment dans les sports comportant extension, rotation, réception de sauts ou charges importantes [5].
Une douleur lombaire localisée et persistante chez un jeune athlète, surtout lorsqu’elle est régulièrement aggravée par l’entraînement, mérite une évaluation. La prise en charge est le plus souvent conservatrice, avec adaptation des charges et réadaptation. L’intérêt d’un corset systématique reste discuté et dépend du contexte [5].
Maladie de Scheuermann
La maladie de Scheuermann est une cause de cyphose structurale qui apparaît habituellement pendant la croissance. Elle peut être asymptomatique ou provoquer une douleur dorsale et une fatigue. Une cyphose rigide, progressive ou associée à une douleur persistante justifie une évaluation médicale.
Scoliose
La scoliose idiopathique de l’adolescent n’est pas nécessairement douloureuse. Lorsqu’un jeune présentant une scoliose développe une douleur importante, atypique ou progressive, il faut éviter d’attribuer automatiquement tous les symptômes à la courbure et rechercher une autre cause si le tableau l’exige.
Traumatisme ou surcharge sportive
Une chute, un contact sportif, une répétition excessive de gestes ou une augmentation rapide du volume d’entraînement peuvent provoquer des douleurs musculaires, articulaires ou osseuses. Chez les jeunes athlètes, les lésions de stress méritent une attention particulière, car les structures osseuses en croissance répondent différemment aux charges répétées.
Causes inflammatoires, infectieuses ou tumorales
Elles sont beaucoup moins fréquentes que les causes mécaniques, mais importantes à reconnaître. Une discite, une ostéomyélite, une maladie inflammatoire ou une tumeur peuvent se manifester par une douleur persistante, des symptômes généraux, une raideur inhabituelle, une anomalie neurologique ou une diminution importante de l’activité [1–3].
Le sac d’école cause-t-il le mal de dos ?
C’est une croyance très répandue, mais les meilleures synthèses ne montrent pas de relation causale convaincante entre les caractéristiques du sac scolaire et l’apparition du mal de dos. Une revue systématique portant sur plus de 72 000 enfants n’a pas trouvé de preuve cohérente que le poids, le type ou la manière de porter le sac causent la douleur dorsale [6].
Une méta-analyse de 2020 n’a pas non plus retrouvé une augmentation claire du mal de dos lorsque le poids du sac dépassait 10 % du poids corporel [7]. Cela ne signifie pas qu’un sac très lourd ne puisse jamais être inconfortable, mais il ne devrait pas être présenté comme l’explication principale d’une douleur persistante.
Et la posture devant les écrans ?
Passer longtemps dans une même position peut devenir inconfortable, mais il n’existe pas une posture unique que tous les enfants doivent maintenir. Une stratégie plus réaliste consiste à varier les positions, bouger régulièrement, alterner le travail assis avec des périodes d’activité et adapter l’installation si elle est réellement inconfortable.
Dire à un enfant que sa colonne se déforme parce qu’il « se tient mal » peut augmenter inutilement l’inquiétude. Une colonne en bonne santé n’a pas besoin d’être maintenue parfaitement droite toute la journée.

Sommeil, stress et mal de dos
Le sommeil et les facteurs psychosociaux peuvent influencer l’expérience de la douleur chez les jeunes. Des revues prospectives ont identifié des associations entre problèmes de sommeil et douleurs musculosquelettiques, ainsi qu’entre certaines difficultés psychologiques et le risque de développer ou maintenir un mal de dos [8,9].
Ces associations ne signifient pas que la douleur est « dans la tête ». Le sommeil, l’humeur, l’activité physique, les attentes et la douleur interagissent. Un jeune fatigué ou sous forte pression peut avoir moins de marge pour tolérer une charge sportive ou scolaire qu’à un autre moment.
Il faut aussi éviter d’interpréter une posture ou une tension musculaire comme la preuve d’un problème émotionnel. Lorsqu’un stress important ou une détresse sont présents, ils méritent d’être abordés directement, avec les professionnels appropriés si nécessaire.
Quels signes nécessitent une évaluation médicale ?
Les recommandations pédiatriques accordent une attention particulière aux situations suivantes [1–3] :
- jeune enfant avec mal de dos inexpliqué, particulièrement avant l’âge scolaire;
- douleur persistante pendant plusieurs semaines ou qui s’aggrave;
- douleur constante ou importante la nuit;
- fièvre, frissons, fatigue inhabituelle ou perte de poids;
- faiblesse, engourdissement ou modification de la marche;
- troubles urinaires ou intestinaux nouveaux;
- douleur radiculaire importante;
- traumatisme significatif;
- raideur importante, déformation progressive ou boiterie;
- antécédent de cancer, infection, immunosuppression ou maladie inflammatoire.
Une anomalie neurologique, des signes d’infection ou un tableau faisant suspecter une maladie systémique justifient une évaluation rapide.
Quand faut-il faire une radiographie ou une IRM ?
L’imagerie n’est pas nécessaire pour chaque douleur de dos chez un enfant. Les critères 2024 de l’American College of Radiology indiquent qu’elle est généralement peu utile devant une douleur transitoire, sans signe d’alerte, avec examen neurologique et examen clinique rassurants [1].
Lorsqu’au moins un signe d’alerte est présent, l’ACR considère généralement une radiographie ciblée de la région douloureuse comme l’examen initial approprié. Si les radiographies sont négatives mais que la suspicion clinique persiste, l’IRM de la région concernée devient généralement appropriée. L’IRM prend aussi une place importante lorsqu’une infection, une tumeur, une atteinte neurologique ou certaines lésions osseuses de stress sont suspectées [1].
Le choix de l’imagerie doit donc dépendre du scénario clinique plutôt que d’une règle du type « IRM pour tout mal de dos chez l’enfant ». Chez les jeunes, la limitation de l’exposition inutile aux rayonnements reste un principe important.
Que faire pour une douleur non spécifique et rassurante ?
Lorsque l’évaluation ne révèle aucun signe d’alerte et qu’aucune lésion spécifique n’est suspectée, le repos complet n’est généralement pas souhaitable. Les recommandations et revues disponibles mettent surtout l’accent sur le maintien ou la reprise progressive de l’activité [10,11].
- maintenir les activités qui restent confortables;
- réduire temporairement les entraînements qui reproduisent fortement la douleur;
- reprendre progressivement la course, les sauts, les charges et les gestes du sport;
- encourager le jeu et une activité physique variée;
- favoriser un sommeil suffisant;
- varier les positions à l’école et à la maison;
- éviter de présenter le dos comme fragile, déplacé ou facile à « abîmer ».
Pour un adolescent sportif, la progression doit être adaptée au diagnostic. Une spondylolyse, une fracture de stress ou une maladie inflammatoire ne se traite pas comme une simple lombalgie non spécifique.
Quels exercices sont utiles ?
Il n’existe pas un programme universel. Une méta-analyse en réseau publiée en 2025, regroupant 11 essais contrôlés et 827 enfants ou adolescents présentant une lombalgie non spécifique, a retrouvé un bénéfice des interventions de physiothérapie sur la douleur. L’exercice thérapeutique ressortait comme un élément central; l’ajout de thérapie manuelle n’était pas significativement supérieur à l’exercice seul dans les comparaisons disponibles [11].
Selon l’âge, le sport et la tolérance, un programme peut comprendre :
- marche, vélo ou autre activité cardiovasculaire légère;
- renforcement progressif des membres inférieurs et du tronc;
- exercices de contrôle du mouvement;
- mobilité de la hanche ou du thorax si elle est pertinente;
- progression graduelle vers les gestes spécifiques du sport.
L’objectif n’est pas de « corriger » une posture parfaite, mais d’augmenter la capacité physique, la tolérance à la charge et la confiance dans le mouvement. Un exercice qui déclenche une douleur forte, une irradiation, une faiblesse ou une aggravation durable doit être réévalué.

Quelle place pour l’ostéopathie ?
Chez un enfant ou un adolescent dont la douleur a été jugée musculosquelettique, une approche manuelle peut éventuellement être utilisée comme complément pour le confort et la reprise du mouvement. Le dépistage des signes d’alerte, l’âge, la croissance et le contexte sportif doivent cependant précéder toute intervention.
Les données pédiatriques sur les traitements manuels restent limitées. Une revue de 2024 sur la réadaptation de la lombalgie pédiatrique rapporte qu’un essai suggère un bénéfice possible de la manipulation associée à l’exercice comparativement à l’exercice seul, mais la littérature globale reste peu abondante [12]. La méta-analyse de 2025 montre pour sa part que l’exercice doit rester la pierre angulaire de la prise en charge, sans avantage clair de l’ajout de thérapie manuelle par rapport à l’exercice seul [11].
La thérapie manuelle ne devrait donc pas être présentée comme une méthode qui « réaligne la croissance », remet un bassin en place ou prévient automatiquement les douleurs futures. Elle peut être un outil complémentaire, tandis que l’activité, la réadaptation et l’identification d’une éventuelle pathologie spécifique restent prioritaires.
Ce qu’il faut éviter
- Attribuer une douleur persistante uniquement à la croissance.
- Blâmer automatiquement le sac d’école ou la posture.
- Faire peur au jeune avec l’idée d’un dos fragile ou mal aligné.
- Multiplier les traitements passifs sans réévaluation lorsque la douleur persiste.
- Ignorer une douleur nocturne, de la fièvre, une perte de poids ou des symptômes neurologiques.
- Arrêter toute activité pendant des semaines sans raison clinique claire.
- Utiliser l’imagerie de routine lorsque l’examen est rassurant et qu’aucun signe d’alerte n’est présent.
Ce qu’il faut retenir
Le mal de dos chez l’enfant et l’adolescent est relativement fréquent, surtout avec l’âge, et il est souvent bénin. Mais il mérite une évaluation plus attentive qu’une simple explication par la croissance, la posture ou le sac d’école.
Les douleurs non spécifiques, la surcharge sportive et la spondylolyse font partie des causes importantes chez l’adolescent. Les infections, tumeurs et maladies inflammatoires sont rares, mais doivent être reconnues lorsqu’un signe d’alerte est présent.
Lorsque l’évaluation est rassurante, le meilleur message est généralement actif : bouger, reconstruire progressivement la capacité physique et éviter de faire croire au jeune que son dos est fragile.
Références scientifiques
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