Une masse postéro-médiale de cheville peut parfois être un muscle accessoire plutôt qu’une lésion tumorale

Une masse ou un gonflement derrière la malléole médiale, surtout chez un adolescent ou un jeune adulte sportif, peut parfois correspondre à un muscle soléaire accessoire. Cette variante anatomique ajoute un faisceau musculaire supplémentaire dans la région postéro-médiale de la cheville. Elle est généralement asymptomatique, mais peut provoquer douleur à l’effort, sensation de tension, gonflement ou, plus rarement, des symptômes neurologiques liés au nerf tibial.

Une revue quantitative publiée en 2025 a regroupé 134 muscles soléaires accessoires symptomatiques chez 122 patients. La douleur à l’effort et le gonflement postéro-médial étaient les manifestations les plus fréquentes, alors que les symptômes sensitifs étaient beaucoup moins courants. L’IRM demeure particulièrement utile pour confirmer qu’une masse possède bien l’architecture d’un muscle et pour rechercher une autre cause.

Pour l’ostéopathe, cette condition est importante à reconnaître parce qu’une masse de cheville ne doit jamais être automatiquement considérée comme une tension musculaire ou une « congestion fasciale ». Une tumeur des tissus mous, un ganglion, une malformation vasculaire, un lipome ou une autre lésion structurelle doit parfois être exclue.

Qu’est-ce qu’un muscle soléaire accessoire ?

Le soléaire est normalement l’un des principaux muscles du mollet, situé sous les gastrocnémiens. Chez certaines personnes, un faisceau musculaire supplémentaire se développe dans la région distale de la jambe.

Ce muscle accessoire peut prendre différentes origines et s’insérer sur le calcanéum ou le tendon d’Achille. Sa taille et sa morphologie varient fortement d’un individu à l’autre.

Quelle est sa fréquence ?

Les anciennes études anatomiques rapportaient une prévalence faible, souvent autour de 0,7 à 5,5 % selon les populations et méthodes [2]. La majorité des muscles accessoires sont découverts fortuitement.

La revue systématique quantitative de 2025 s’est concentrée uniquement sur les cas symptomatiques, ce qui ne permet pas d’estimer directement combien de personnes porteuses développeront des symptômes [1].

Pourquoi devient-il symptomatique ?

Plusieurs mécanismes sont proposés :

  • augmentation de volume à l’effort ;
  • syndrome de loge localisé ;
  • compression du nerf tibial ;
  • compression de structures vasculaires ;
  • irritation mécanique dans un espace anatomique limité ;
  • hypertrophie chez les sportifs.

Chez certains patients, le muscle devient dur et plus visible lors de la flexion plantaire, ce qui constitue un indice clinique intéressant.

Quels symptômes ?

La revue de 2025 rapporte principalement :

  • douleur à l’effort ;
  • gonflement postéro-médial de la cheville ;
  • masse molle au repos ;
  • masse qui devient ferme lors de la contraction ;
  • sensibilité locale dans certains cas ;
  • rarement engourdissement ou dysesthésies du pied.

Les symptômes apparaissent souvent chez des personnes jeunes et actives.

Différentiel : tumeur des tissus mous

Une masse de cheville doit toujours être prise au sérieux avant qu’un diagnostic bénin soit retenu. Un lipome, un hémangiome, un sarcome, un ganglion ou une autre lésion peut produire une tuméfaction similaire.

L’IRM est particulièrement utile pour reconnaître la structure musculaire normale d’un soléaire accessoire et exclure une masse pathologique [1,2].

Différentiel : tendinopathie d’Achille

Une douleur postérieure de cheville peut être attribuée au tendon d’Achille, mais le soléaire accessoire est souvent situé plus médialement et peut donner une masse visible.

L’échographie et l’IRM permettent de distinguer clairement tendon et muscle.

Différentiel : syndrome du tunnel tarsien

Un muscle accessoire volumineux peut parfois contribuer à des symptômes du nerf tibial. Le patient peut alors présenter brûlure, paresthésies ou engourdissement plantaire.

Il faut toutefois distinguer une véritable neuropathie d’une simple douleur musculaire à l’effort.

Différentiel : thrombose ou problème vasculaire

Une douleur de mollet ou de cheville avec gonflement aigu, chaleur, rougeur ou facteurs de risque thromboemboliques nécessite une évaluation médicale urgente.

Une variante musculaire ne doit pas être utilisée pour expliquer un tableau vasculaire sans bilan.

Examen clinique

Le praticien peut observer le volume de la région au repos puis lors de la flexion plantaire contre résistance. Une masse qui devient plus ferme avec la contraction soutient l’hypothèse musculaire.

Mais l’examen ne suffit pas pour exclure une autre masse. Une imagerie est appropriée lorsqu’une tuméfaction nouvelle est présente.

IRM : l’examen le plus utile

La littérature considère l’IRM comme l’examen de choix parce qu’elle montre l’architecture musculaire et l’origine du faisceau accessoire. Elle peut aussi préciser la relation avec le nerf tibial, les vaisseaux et le tendon d’Achille [1,2].

Échographie

L’échographie peut également confirmer la nature musculaire et montrer le changement de forme pendant la contraction. Elle a l’avantage d’être dynamique et moins coûteuse.

Dans les cas neurologiques, elle peut aider à examiner le nerf tibial et rechercher une compression.

Traitement conservateur

Chez les patients peu gênés, une approche conservatrice est généralement raisonnable :

  • adaptation temporaire de l’activité ;
  • réduction des efforts qui déclenchent les symptômes ;
  • chaussures ne comprimant pas la région ;
  • progression graduée de la course ;
  • rééducation du mollet et de la cheville ;
  • surveillance du volume de la masse.

Ce que montre la revue de 2025

Dans la revue quantitative récente, environ un tiers des cas traités ont reçu une prise en charge conservatrice, tandis qu’environ la moitié ont été opérés. Les interventions incluaient fasciotomie, excision du muscle et parfois décompression du nerf tibial [1].

Ces données viennent principalement de cas publiés et présentent donc un important biais de sélection : les cas sévères sont davantage représentés dans la littérature.

Le rôle de l’ostéopathie

L’ostéopathe peut contribuer à la mobilité de cheville, à la gestion de la charge et au confort des tissus voisins. Il peut aussi surveiller l’effet des activités sur la douleur.

Il ne peut pas réduire durablement le volume d’un muscle accessoire par manipulation ni exclure une tumeur à la palpation.

La présence d’une masse impose une prudence particulière.

Faut-il masser directement la masse ?

Une pression forte n’est pas nécessaire. Si le muscle est symptomatique par effet de volume ou compression, un massage profond risque surtout d’augmenter l’inconfort.

Le traitement peut davantage cibler la mobilité, le contrôle de la charge et les régions adjacentes.

Renforcement

Lorsque le patient tolère bien l’activité, le renforcement progressif du triceps sural peut être maintenu. L’objectif est de préserver la capacité du membre inférieur sans provoquer une augmentation importante de tension locale.

Les exercices peuvent inclure élévations de mollet, équilibre et progression vers les tâches sportives.

Quand la chirurgie est-elle discutée ?

Une intervention est envisagée lorsque la douleur à l’effort reste importante malgré une prise en charge conservatrice, lorsque le gonflement devient très limitant ou lorsqu’une compression neurologique est démontrée.

Les options incluent fasciotomie pour donner davantage d’espace, excision partielle ou complète du muscle et, dans certains cas, décompression nerveuse.

Fasciotomie ou excision ?

Les publications anciennes et récentes rapportent les deux approches. Aucune technique n’est universellement supérieure dans tous les cas. La taille du muscle, son insertion, les symptômes et la présence d’une neuropathie influencent la décision [1,2].

Retour au sport

Après traitement conservateur, le retour peut être guidé par la durée d’effort tolérée avant l’apparition des symptômes. Après chirurgie, la progression dépend de la cicatrisation, de la force du mollet et du type d’intervention.

Le patient doit retrouver une marche normale, des élévations de mollet et une tolérance aux impacts avant une reprise sportive complète.

Quand référer ?

Une évaluation orthopédique ou radiologique est pertinente si :

  • une masse nouvelle est présente ;
  • le gonflement augmente ;
  • la douleur devient constante ;
  • des paresthésies apparaissent ;
  • une faiblesse se développe ;
  • le diagnostic n’est pas confirmé par imagerie.

Le retest

Le suivi peut mesurer la durée de marche ou de course avant la douleur, la taille apparente du gonflement après effort, la force de flexion plantaire et la présence ou non de symptômes plantaires.

Ce que l’ostéopathie ne peut pas prétendre

Elle ne peut pas faire disparaître une variante anatomique, exclure une lésion tumorale par palpation ni décompresser mécaniquement un nerf coincé par un volume musculaire important.

Elle peut aider à maintenir la fonction et à orienter correctement.

Conclusion

Le muscle soléaire accessoire est une variante rare, généralement silencieuse, qui peut devenir symptomatique chez les personnes actives. Douleur à l’effort et gonflement postéro-médial sont les manifestations les plus typiques.

L’IRM permet de confirmer facilement la nature musculaire de la masse et d’exclure d’autres diagnostics.

Pour l’ostéopathe, la priorité est de reconnaître la possibilité d’une variante structurelle réelle, de traiter avec prudence et de ne jamais banaliser une masse de cheville sans imagerie lorsque le diagnostic est incertain.

Pourquoi la masse peut sembler plus grosse après l’effort

Un muscle accessoire reçoit du sang et augmente de volume lorsqu’il travaille, comme n’importe quel autre muscle. Dans un espace limité derrière la cheville, cette augmentation transitoire peut rendre la masse plus visible et plus ferme après la course. Ce phénomène aide à distinguer une structure contractile de certaines masses non musculaires, mais il ne remplace pas l’imagerie.

Compression du nerf tibial

Dans une minorité de cas, le muscle accessoire peut réduire l’espace disponible pour le nerf tibial et provoquer brûlure, engourdissement ou paresthésies plantaires. L’apparition de symptômes neurologiques modifie la prise en charge : l’examen doit alors inclure la sensibilité du pied, la force des muscles intrinsèques et, si nécessaire, un électrodiagnostic.

Pourquoi l’apparence ne suffit pas

Une masse molle qui devient ferme à la contraction est très suggestive d’un muscle, mais une masse de cheville peut avoir de nombreuses causes. Toute augmentation rapide de volume, douleur nocturne inhabituelle, rougeur persistante ou anomalie inexpliquée justifie une évaluation médicale plutôt qu’une simple surveillance manuelle.

Pourquoi l’IRM est-elle particulièrement utile ?

L’IRM montre si la masse possède la même architecture et le même signal que le muscle normal. Elle permet aussi de voir son origine, son insertion, sa relation avec le nerf tibial, les vaisseaux et le rétinaculum des fléchisseurs. Cette information est importante parce qu’une masse qui grossit, qui devient douloureuse ou qui présente des caractéristiques atypiques doit être distinguée d’une véritable tumeur des tissus mous.

L’échographie peut également montrer une structure musculaire et son comportement pendant la contraction. Dans certains cas, les études électrophysiologiques sont utilisées lorsque les symptômes évoquent une compression du nerf tibial ou un syndrome du tunnel tarsien.

Quand les symptômes neurologiques changent-ils la conduite ?

Des paresthésies plantaires, une sensation de brûlure ou un engourdissement du pied suggèrent qu’une composante nerveuse peut accompagner la masse. La revue systématique de 2025 indique que ces symptômes sont moins fréquents que la douleur ou le gonflement, mais ils sont cliniquement importants. Une faiblesse progressive ou une perte sensitive durable doit conduire à une évaluation spécialisée.

Rôle réaliste de l’ostéopathie

Un muscle accessoire est une variante anatomique structurelle : il ne peut pas être supprimé ou « replacé » par une technique manuelle. Une approche conservatrice peut viser à réduire les contraintes, améliorer la tolérance à l’effort et gérer les tissus voisins lorsque le diagnostic est établi et qu’aucun signe neurologique progressif n’est présent. Les formes persistantes ou compressives peuvent nécessiter une évaluation chirurgicale.

Références scientifiques

  1. Yammine K, ElKayem E, Tannoury E, Helou M, Assi C. Clinical presentation of the accessory soleus muscle: a quantitative systematic review. Surg Radiol Anat. 2025. PMID:41350425.
  2. The Accessory Soleus Muscle: A Narrative Review of the Literature. 2020. PMID:32478997.
  3. Lorentzon R, Wirell S. Accessory soleus muscle. A report of 4 cases and review of literature. Clin Orthop Relat Res. 1997. PMID:9137189.
  4. Carrington SC, Stone P, Kruse D. Accessory Soleus: A Case Report of Exertional Compartment and Tarsal Tunnel Syndrome Associated With an Accessory Soleus Muscle. J Foot Ankle Surg. 2016. PMID:26361954.
  5. Kinoshita M, Okuda R, Morikawa J, Abe M. Tarsal tunnel syndrome associated with an accessory muscle. Foot Ankle Int. 2003;24(2):132-136. PMID:12627620.
  6. Tarsal Tunnel Syndrome Secondary to Accessory Musculature: A Case Report. 2019. PMID:31409132.
  7. Accessory Soleus Muscle: Two Case Reports with a Completely Different Presentation Caused by the Same Entity. 2020. PMID:33014494.
  8. Cheung YY. Normal Variants: Accessory Muscles About the Ankle. Magn Reson Imaging Clin N Am. 2017. PMID:27888843.
  9. Accessory soleus muscle: a case report and clinical applicability. 2019. PMID:31528613.
  10. Bianchi S, Abdelwahab IF, Oliveri M, Mazzola C, Rettagliata P. Sonographic diagnosis of accessory soleus muscle mimicking a soft tissue tumor. J Clin Ultrasound. 1995.
  11. Peterson DA, Stinson W, Lairmore JR. The long-term results of excision of an accessory soleus muscle. J Pediatr Orthop. 1993.
  12. Yu JS, Resnick D. MR imaging of the accessory soleus muscle. AJR Am J Roentgenol. 1994.
Bandeau original Osteomag aux lignes fluides évoquant la respiration et les fascias

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