Distinguer les symptômes articulaires de la capacité à supporter la charge
Monter ou descendre un escalier paraît simple, mais cette tâche exige beaucoup des genoux, des hanches et des muscles des jambes. Lorsqu’une douleur apparaît, on accuse souvent automatiquement « le genou » ou « l’arthrose ». Pourtant, plusieurs structures peuvent être impliquées : articulation fémoropatellaire, hanche, quadriceps, tendons, ménisque, cheville ou simplement une diminution de force et de contrôle.
La manière dont la douleur apparaît — à la montée, à la descente, au démarrage, après plusieurs étages ou après une longue période assise — aide à mieux orienter le problème. Le but n’est pas de trouver une seule structure coupable, mais de comprendre quelle tâche dépasse momentanément la capacité du système.

| Présentation | Piste à examiner | Premier objectif |
|---|---|---|
| Douleur autour de la rotule à la descente | Douleur fémoropatellaire | Ajuster la hauteur et renforcer progressivement |
| Douleur inguinale avec hanche raide | Atteinte de hanche, dont arthrose | Évaluer la hanche même si le genou gêne |
| Douleur latérale de hanche à l’appui | Tendinopathie glutéale possible | Éducation sur la charge et exercice adapté |
| Blocage réel, traumatisme ou gros gonflement | Autre atteinte à rechercher | Obtenir une évaluation plutôt que forcer |
Pourquoi les escaliers demandent-ils autant?
Les escaliers exigent davantage de flexion de genou et de hanche que la marche sur terrain plat. À mesure que le genou se plie sous charge, la force de compression au niveau de l’articulation fémoropatellaire augmente.
La montée demande également un effort important des quadriceps et des muscles de la hanche pour soulever le corps. La descente demande un contrôle excentrique : les muscles doivent freiner le corps plutôt que simplement le pousser vers le haut.
C’est pourquoi certaines personnes ont plus mal en descendant qu’en montant.
Douleur devant le genou : penser à l’articulation fémoropatellaire
Une douleur autour ou derrière la rotule aggravée par les escaliers, le squat, la course ou une position assise prolongée correspond souvent au profil d’une douleur fémoropatellaire.
Les recommandations cliniques considèrent d’ailleurs la douleur reproduite dans les escaliers comme un élément important du diagnostic de douleur fémoropatellaire, à condition d’exclure d’autres causes de douleur antérieure du genou.
Cette douleur ne signifie pas que la rotule est « déplacée » ou qu’elle frotte anormalement à chaque mouvement. [1][2]
Pourquoi descendre peut faire plus mal que monter?
En descente, le genou doit contrôler la flexion pendant que le poids du corps avance. Le quadriceps travaille de manière excentrique, c’est-à-dire qu’il produit de la force tout en s’allongeant.
Cette combinaison augmente la demande sur l’articulation fémoropatellaire et peut reproduire une douleur plus facilement chez certaines personnes.
Une douleur plus forte à la descente n’est donc pas nécessairement un signe que l’articulation est plus endommagée; elle peut simplement refléter une tâche plus exigeante.
Le quadriceps joue un rôle central
Le quadriceps est l’un des principaux muscles qui permettent de monter et descendre les escaliers. Une baisse de force peut rendre chaque marche plus exigeante et augmenter la proportion de la capacité maximale utilisée à chaque répétition.
Une personne peut donc avoir l’impression que son genou est « faible » ou « instable » alors qu’elle manque surtout de réserve musculaire.
Le renforcement du quadriceps fait partie des interventions centrales dans la douleur fémoropatellaire et l’arthrose du genou.
Et les muscles de la hanche?
Les muscles fessiers stabilisent le bassin et contribuent au contrôle du fémur pendant l’appui sur une jambe.
Dans la douleur fémoropatellaire, les recommandations privilégient généralement une combinaison d’exercices ciblant le genou et la hanche plutôt qu’un travail uniquement local autour de la rotule.
Cette approche ne signifie pas que « le genou fait mal parce que le fessier est faible ». Elle reconnaît simplement que la tâche implique toute la chaîne du membre inférieur.
Douleur de hanche dans les escaliers
Une douleur ressentie dans l’aine, la face antérieure de la cuisse ou parfois le genou peut venir de la hanche.
L’arthrose de hanche peut rendre les escaliers difficiles, surtout lorsqu’elle limite la flexion, la rotation ou la capacité à produire de la force.
Les recommandations 2025 sur l’arthrose de hanche incluent d’ailleurs des tests fonctionnels comme le timed stair performance et recommandent des programmes individualisés de renforcement, flexibilité et endurance. [3][5]
Douleur sur le côté de la hanche
Une douleur latérale peut être liée aux tendons glutéaux ou au syndrome douloureux du grand trochanter.
Les escaliers augmentent la demande sur les abducteurs de hanche. Si ces tissus sont sensibles ou si la charge a récemment augmenté, la douleur peut apparaître à la montée ou après plusieurs étages. [6]
Le ménisque peut-il faire mal dans les escaliers?
Oui, surtout lorsque la douleur est localisée sur la ligne articulaire et associée à gonflement, blocage ou sensations mécaniques.
Mais une douleur dans les escaliers sans blocage ni traumatisme ne signifie pas automatiquement une lésion méniscale nécessitant une chirurgie.
Les lésions dégénératives du ménisque deviennent très fréquentes avec l’âge et sont souvent observées à l’IRM chez des personnes sans symptômes. [7]
Et le tendon rotulien?
Le tendon rotulien peut être sensible chez les personnes qui courent, sautent ou augmentent brutalement leur charge d’entraînement.
La douleur est souvent localisée sous la rotule et apparaît avec les tâches qui demandent beaucoup d’extension du genou.
Les escaliers peuvent donc provoquer des symptômes, mais ils ne constituent pas le seul test utile.
Arthrose du genou et escaliers
L’arthrose peut rendre les escaliers douloureux, mais l’imagerie seule ne prédit pas parfaitement la douleur.
Les recommandations NICE mettent l’accent sur la fonction et les symptômes plutôt que sur la gravité radiologique. L’exercice thérapeutique reste une intervention centrale, même si une certaine douleur apparaît au début.
Une articulation arthrosique n’est donc pas une articulation qu’il faut systématiquement éviter de charger. [4]
Pourquoi la descente peut révéler un manque de contrôle
Descendre une marche demande au membre d’accepter le poids du corps de manière contrôlée. Une personne ayant peu de force, peu de confiance ou une douleur récente peut descendre rapidement, verrouiller le genou ou se laisser tomber sur l’autre jambe.
Ces stratégies ne sont pas nécessairement mauvaises en elles-mêmes; elles peuvent être protectrices. Mais elles peuvent aussi révéler qu’une tâche est actuellement trop exigeante.
Le genou qui rentre vers l’intérieur est-il forcément un problème?
Pas nécessairement. Un certain mouvement du genou vers l’intérieur pendant un squat ou une descente de marche est normal.
Chez certaines personnes, un mouvement très marqué peut être associé à une douleur ou à une stratégie de contrôle particulière, mais il ne doit pas être considéré comme une faute universelle à corriger chez tout le monde.
Le contexte, la douleur et la fonction restent plus importants qu’une recherche de symétrie parfaite.
Pourquoi certaines personnes ont mal après plusieurs étages seulement?
La fatigue joue un rôle. Une tâche peut être bien tolérée pendant quelques marches puis devenir douloureuse lorsque la réserve musculaire diminue.
Ce profil peut refléter une capacité insuffisante pour la tâche, mais il n’exclut pas une atteinte articulaire ou tendineuse. Après évaluation, l’entraînement progressif peut augmenter les répétitions tolérées.
Est-ce un problème de cheville?
Une mobilité limitée de cheville peut modifier la manière de monter ou descendre les marches. La personne peut compenser en tournant le pied, en soulevant davantage le talon ou en déplaçant le tronc.
Mais une cheville moins mobile n’explique pas automatiquement la douleur du genou. Elle constitue simplement un facteur possible à examiner si elle modifie réellement la tâche.
Pourquoi une marche haute fait davantage mal?
Plus la marche est haute, plus le genou et la hanche doivent fléchir et plus les muscles doivent produire de force.
Une marche haute peut donc dépasser plus rapidement la capacité actuelle d’une personne, particulièrement après une période d’inactivité, une chirurgie ou une poussée de douleur.
Doit-on éviter les escaliers lorsqu’ils font mal?
Pas forcément. Il peut être utile de réduire temporairement la fréquence ou d’utiliser une rampe pendant une phase très douloureuse, mais l’évitement complet n’est généralement pas nécessaire.
Si la douleur reste modérée et revient rapidement à son niveau habituel après l’activité, une progression graduelle est souvent possible.
Comment renforcer pour mieux tolérer les escaliers?
Selon le profil, plusieurs exercices peuvent être utiles :
- assis-debout;
- squat partiel;
- step-up sur petite marche;
- step-down contrôlé;
- extension de genou avec résistance;
- ponts et exercices de hanche;
- travail unipodal;
- progression de marche et vélo.
La hauteur de la marche et la charge peuvent être ajustées progressivement.
Douleur et exercice : faut-il attendre zéro douleur?
Non. Dans plusieurs troubles musculosquelettiques, un certain niveau de douleur pendant l’exercice peut être acceptable si les symptômes restent tolérables et reviennent à leur niveau habituel dans un délai raisonnable.
La progression doit tenir compte de la réaction du patient plutôt que d’un seuil arbitraire universel.
Quand faut-il consulter rapidement?
Une douleur dans les escaliers mérite une évaluation plus rapide si elle s’accompagne de :
- gonflement important après un traumatisme;
- incapacité à prendre appui;
- blocage véritable du genou;
- déformation nouvelle;
- rougeur, chaleur et fièvre;
- douleur du mollet avec gonflement important;
- faiblesse neurologique nouvelle;
- douleur persistante et progressive sans cause claire.
Faut-il une radiographie ou une IRM?
Pas systématiquement. Pour une arthrose typique, les recommandations NICE indiquent qu’un diagnostic clinique est souvent suffisant.
Une IRM devient surtout utile lorsqu’il existe un traumatisme important, un blocage, une instabilité ou lorsqu’un diagnostic particulier doit être confirmé parce qu’il modifierait la prise en charge.
Quelle place pour l’ostéopathie?
L’ostéopathie peut être utilisée comme complément lorsque la douleur s’accompagne de raideur ou de limitation musculosquelettique.
Le traitement manuel ne devrait toutefois pas être présenté comme une manière de « remettre la rotule en place », réaligner le bassin ou corriger une articulation supposément déplacée.
Pour les douleurs liées aux escaliers, les interventions actives — notamment le renforcement du genou et de la hanche — disposent généralement d’une base scientifique plus solide à long terme.
Une question plus utile que « quelle structure est abîmée? »
Il est souvent plus utile de demander :
- la douleur apparaît-elle à la montée ou à la descente?
- à partir de combien de marches?
- est-elle devant le genou, sur le côté ou dans l’aine?
- la force est-elle diminuée?
- la douleur est-elle liée à une augmentation récente d’activité?
- la tâche devient-elle plus facile avec l’entraînement?
Ces informations orientent mieux la réadaptation que la recherche d’un seul défaut structurel.
Examen clinique et diagnostic différentiel : anatomie et fonction
L’évaluation compare marche, montée, descente et lever de chaise, avec un appui sécurisé. Elle explore l’amplitude du genou et de la hanche, la force, le gonflement et les antécédents. Une douleur projetée de hanche peut être ressentie au genou; une fatigue rapide peut coexister avec une atteinte articulaire. Observer le genou seul serait donc insuffisant. La douleur est une expérience personnelle, pas une mesure directe des dommages tissulaires. [3][10]
Une arthrose typique peut être reconnue cliniquement sans imagerie systématique. Pour une douleur chronique du genou nécessitant des images, la radiographie est habituellement l’examen initial; l’IRM dépend de la question clinique et des premiers résultats. Elle n’est pas une recherche automatique de toute anomalie. [4][8]
Drapeaux rouges, orientation et reprise progressive
Une articulation chaude et gonflée avec fièvre, une impossibilité d’appui après traumatisme ou un mollet brutalement gonflé doivent être évalués en urgence. Un essoufflement ou une douleur thoracique associés exigent les services d’urgence. Une gêne persistante, une instabilité ou des chutes appellent une consultation programmée rapidement. L’ostéopathe oriente lorsque la présentation dépasse son champ.
Après évaluation, choisir une hauteur de marche et un nombre de répétitions tolérables, utiliser la rampe et augmenter progressivement. Suivre la fonction et les symptômes du lendemain aide à ajuster la dose. La récupération se mesure sur plusieurs semaines selon la cause, sans garantir un délai fixe. L’activité générale reste bénéfique, mais son volume doit être adapté aux capacités de chacun. [9]
Conclusion
La douleur dans les escaliers peut provenir du genou, de la hanche, d’un tendon ou simplement d’un manque de capacité musculaire par rapport à la demande de la tâche.
La douleur fémoropatellaire est particulièrement typique lorsque la douleur se situe autour de la rotule et apparaît dans les escaliers, le squat ou la position assise prolongée. L’arthrose de hanche ou de genou peut également rendre cette activité difficile.
Dans la majorité des situations non urgentes, l’objectif n’est pas d’éviter les marches à vie, mais de augmenter progressivement la force, le contrôle et la tolérance à la charge. Une articulation qui fait mal dans les escaliers n’est pas forcément fragile; elle peut simplement ne pas encore avoir la capacité requise pour la tâche.
Références
- Willy RW, et al. Patellofemoral Pain: Clinical Practice Guidelines. J Orthop Sports Phys Ther. 2019;49:CPG1–CPG95.
- Neal BS, et al. Best practice guide for patellofemoral pain based on synthesis of a systematic review, the patient voice and expert clinical reasoning. Br J Sports Med. 2024;58:1486–1495.
- Koc TA Jr, et al. Hip Pain and Mobility Deficits—Hip Osteoarthritis: Revision 2025. J Orthop Sports Phys Ther. 2025.
- NICE. Osteoarthritis in over 16s: diagnosis and management. NG226. 2022.
- AAOS. Management of Osteoarthritis of the Hip: Evidence-Based Clinical Practice Guideline. 2023; communiqué de mise à jour 2024.
- Mellor R, et al. Education plus exercise versus corticosteroid injection use versus a wait and see approach on global outcome and pain from gluteal tendinopathy: randomised clinical trial. BMJ. 2018;361:k1662.
- Englund M, et al. Incidental meniscal findings on knee MRI in middle-aged and elderly persons. N Engl J Med. 2008;359:1108–1115.
- ACR Appropriateness Criteria. Chronic Knee Pain.
- OMS. WHO guidelines on physical activity and sedentary behaviour. 2020.
- Raja SN, et al. The revised International Association for the Study of Pain definition of pain: concepts, challenges, and compromises. Pain. 2020;161:1976–1982.



















