Distinguer la forme osseuse, la position du bassin et les mouvements
L’antéversion et la rétroversion de la hanche sont souvent confondues avec la bascule du bassin ou l’orientation des pieds. Pourtant, ces notions décrivent des réalités différentes. La version fémorale concerne l’orientation du col du fémur ; la version acétabulaire concerne celle de la cavité du bassin qui reçoit la tête fémorale. Une position observée debout ne mesure pas directement ces paramètres. [1][2]
Une variation anatomique n’est pas nécessairement une maladie. Elle devient cliniquement pertinente lorsqu’elle contribue à des symptômes, une instabilité ou une limitation fonctionnelle, et que l’ensemble du bilan est concordant. L’objectif des soins n’est pas de rendre toutes les hanches identiques, mais d’améliorer les activités en respectant leur morphologie. [1][6]
À retenir — La rotation d’un os, la position du bassin et le mouvement d’une articulation ne sont pas interchangeables. Un exercice peut améliorer la fonction sans modifier la version osseuse d’un adulte.
Ce que signifie la version fémorale
La version fémorale décrit l’orientation du col par rapport à un axe de référence distal du fémur. Une antéversion plus importante oriente relativement le col vers l’avant ; une rétroversion correspond à une orientation plus postérieure selon la convention utilisée. La méthode de mesure compte, car différentes techniques peuvent donner des valeurs sensiblement différentes. [1]
Cette géométrie influence les amplitudes de rotation possibles et les bras de levier musculaires. Une personne peut préférer une orientation des pieds qui facilite ses mouvements. Toutefois, la torsion du tibia, les pieds, la mobilité disponible et les habitudes motrices interviennent également. Observer des pieds tournés vers l’intérieur ne suffit pas à localiser l’origine de cette orientation. [1][10]
La version évolue pendant la croissance. Les repères d’un enfant ne doivent donc pas être interprétés comme ceux d’un adulte. Une particularité symétrique et indolore n’a pas la même signification qu’une modification récente avec boiterie. Les décisions pédiatriques demandent un examen adapté plutôt qu’une correction forcée de la marche.


Version acétabulaire et position du bassin
L’acétabulum est la cavité du bassin dans laquelle s’articule la tête fémorale. Son orientation et sa couverture participent à la stabilité et aux contacts articulaires. Une rétroversion acétabulaire peut modifier la répartition de cette couverture, mais elle ne se résume pas à un bassin « tourné » que l’on pourrait remettre en place. [2]
La bascule du bassin peut changer l’orientation fonctionnelle de l’acétabulum et certains signes radiographiques. Une étude comparant positions et mesures tridimensionnelles souligne l’interaction entre anatomie et position. Elle ne permet pas de conclure que toutes les rétroversions sont uniquement posturales ou réversibles par un exercice. [3]
Les versions fémorale et acétabulaire doivent être considérées ensemble. Leur combinaison peut influencer les amplitudes confortables, les zones de contact et la stabilité. Cette complexité explique pourquoi un chiffre isolé ou une photographie de posture ne peut pas dicter une stratégie thérapeutique. [4]
Symptômes possibles et limites des associations
Une douleur de l’aine, une gêne lors de la flexion profonde, des difficultés en position assise ou une sensation d’instabilité peuvent motiver une consultation. Certains mouvements sportifs, comme les pivots, sollicitent davantage les rotations. Ces symptômes restent non spécifiques : leur présence ne démontre pas une anomalie de version. [4][6]
Des modèles biomécaniques montrent que des variations de version peuvent modifier les forces articulaires dans certaines hanches dysplasiques. Ces simulations éclairent des mécanismes possibles, mais ne prédisent pas directement la douleur ou l’évolution de chaque personne. Une charge calculée dans un modèle n’est pas un diagnostic clinique. [5]
Le syndrome de conflit fémoroacétabulaire nécessite une association de symptômes, de signes cliniques et d’imagerie compatible. Le consensus de Warwick insiste sur cette concordance. Une morphologie observée sans douleur ne doit pas être transformée automatiquement en syndrome nécessitant des soins. [6]
Quand une douleur de hanche demande un avis rapide
Une douleur intense après une chute, une impossibilité d’appui ou une déformation nécessite une évaluation urgente. Une hanche douloureuse avec fièvre ou altération de l’état général demande également un bilan rapide. Chez l’enfant ou l’adolescent, une boiterie récente, surtout douloureuse, ne doit pas être attribuée sans examen à une simple orientation des pieds.
Une douleur progressive au repos, un amaigrissement inexpliqué ou une douleur osseuse persistante après une hausse importante de l’entraînement justifient une investigation médicale. Un déficit neurologique nouveau ou des troubles sphinctériens orientent vers une autre urgence possible. La morphologie connue de la hanche ne doit pas masquer ces changements.
Quand consulter — Faites évaluer toute douleur persistante qui limite la marche ou le sport. Une impossibilité d’appui, une fièvre associée ou une boiterie aiguë chez un jeune nécessite une consultation rapide, parfois urgente.
Examen clinique : fonction avant étiquette
L’entretien précise l’emplacement de la douleur, les mouvements déclenchants, l’ancienneté et les objectifs. Le clinicien observe la marche, les transitions assis-debout et, si pertinent, un geste sportif simplifié. Il recherche ce qui reproduit la douleur habituelle et ce qui permet de bouger avec davantage de confort. [6][7]
Les rotations de hanche sont mesurées dans plusieurs positions en tenant compte du bassin. La force, le contrôle du membre inférieur et la mobilité des régions voisines complètent l’examen. Une différence de rotation peut orienter une hypothèse, mais elle ne fournit pas une mesure exacte de la torsion osseuse. Les méthodes cliniques comportent des limites de validité. [1]
Les tests de provocation ne doivent pas être interprétés comme une preuve isolée de lésion. Un test douloureux peut concerner plusieurs structures. Répéter soi-même un mouvement qui pince l’aine n’aide pas à distinguer une variation de version, une lésion intra-articulaire ou une autre cause. [6]
Diagnostic différentiel
Une douleur de hanche peut être liée à une atteinte articulaire, à une dysplasie, à une tendinopathie, à une douleur des adducteurs ou à une douleur provenant du rachis. Des causes osseuses, inflammatoires ou infectieuses doivent être envisagées selon l’histoire. Plusieurs facteurs peuvent coexister sans qu’un seul explique tout.
| Notion | Ce qu’elle décrit | Ce qu’elle ne prouve pas |
|---|---|---|
| Version fémorale | Orientation osseuse du col | Cause certaine de la douleur |
| Version acétabulaire | Orientation de la cavité | Bassin simplement déplacé |
| Bascule pelvienne | Position du bassin | Modification de la torsion osseuse |
| Rotation de hanche | Amplitude d’un mouvement | Mesure directe de la version |
| Pieds orientés vers l’intérieur | Aspect de la marche | Origine exclusivement fémorale |
L’examen vise à identifier les problèmes qui peuvent être améliorés : tolérance à la charge, force, amplitude utile, coordination ou habitudes d’activité. Il doit aussi reconnaître les situations où une exploration médicale est plus importante qu’une tentative de correction du mouvement. [6][7]
Imagerie : mesurer lorsque cela change la décision
L’imagerie n’est pas systématique pour une orientation indolore des pieds. Lorsqu’une douleur persistante ou un projet thérapeutique le justifie, les radiographies et, dans certains cas, le scanner ou l’IRM apportent des informations complémentaires. Le choix dépend de la question clinique et de la nécessité d’une mesure tridimensionnelle. [1][2]
La position lors de l’examen et la méthode utilisée doivent être connues. Comparer deux angles obtenus par des méthodes différentes peut créer une fausse impression de progression ou de correction. La lecture par un spécialiste est particulièrement importante avant une décision chirurgicale. [1][3]
Une anomalie de couverture ou de version doit être intégrée au reste de l’anatomie. Une intervention destinée à modifier une zone de contact pourrait être inadaptée si elle néglige la stabilité globale. Les revues sur la rétroversion soulignent l’importance de sélectionner correctement les patients et les techniques. [2][9]
Réadaptation : adapter l’amplitude et renforcer
La réadaptation peut commencer par une réduction temporaire des positions qui reproduisent nettement la douleur, sans supprimer toute activité. Une flexion moins profonde, une position des pieds spontanément confortable ou une selle ajustée peuvent rendre certaines tâches plus tolérables. L’adaptation se teste sur la fonction, pas sur la recherche d’une symétrie parfaite. [7]
Le renforcement vise les muscles de la hanche et du tronc, avec un travail progressif du contrôle moteur. Les exercices sont choisis selon la capacité : se relever d’une chaise, monter une marche, résister à une traction légère ou travailler l’équilibre. Une amplitude qui provoque un pincement net ne doit pas être forcée pour atteindre une norme abstraite.
Dans le syndrome de conflit fémoroacétabulaire, des programmes actifs et supervisés peuvent améliorer les résultats fonctionnels. Les études ne démontrent pas pour autant que ces exercices corrigent la version osseuse. Les objectifs sont la tolérance, la force et la participation, avec des attentes réalistes. [7][8]
La progression peut augmenter la durée, puis la résistance et enfin la vitesse ou la complexité. Une gêne durablement majorée le lendemain invite à réduire la dose. Un programme efficace doit permettre de reprendre des tâches choisies, sans imposer à la personne une vigilance permanente sur chaque position du bassin.
Quand discuter une intervention spécialisée ?
Un avis orthopédique peut être indiqué lorsque les symptômes restent importants malgré une prise en charge adaptée, ou en présence d’instabilité et d’anomalies structurelles concordantes. Les décisions ne reposent pas sur un seuil unique de version applicable à tous. Les bénéfices attendus, les risques et les alternatives doivent être discutés. [9][10]
Les interventions de réorientation osseuse concernent des situations sélectionnées et demandent une planification précise. Elles ne constituent pas une réponse à une simple préférence de posture. Les connaissances sur les seuils, les méthodes de mesure et les résultats comparatifs comportent encore des incertitudes. [1][10]
Place de l’ostéopathie et suivi
Pour préparer la consultation, notez les positions tolérées et celles qui déclenchent la gêne, ainsi que les adaptations déjà essayées. Apportez les comptes rendus précédents sans chercher à comparer vous-même des angles mesurés différemment. Cette préparation aide à formuler une question clinique précise et à éviter une répétition d’examens sans utilité attendue.
L’ostéopathie ne peut pas redresser la torsion d’un fémur adulte ni changer durablement la forme de l’acétabulum. Un accompagnement complémentaire peut éventuellement soutenir le confort, l’information et la reprise des activités, mais les références citées ne démontrent pas un effet spécifique sur la version osseuse.
Plan d’accompagnement ostéopathique — Distinguer morphologie et fonction, vérifier les signes d’alerte, choisir un objectif concret et coordonner le suivi avec la réadaptation. Éviter les promesses de réalignement et orienter lorsque les limitations persistent.
Le suivi compare des activités utiles : durée de marche, temps assis confortable, amplitude nécessaire au travail ou gestes sportifs repris. Une amélioration de ces paramètres peut être un succès même si l’imagerie reste identique. Respecter la diversité anatomique permet de construire un programme plus pertinent et moins anxiogène. [6][8]
Références scientifiques
- Scorcelletti M et al. Femoral anteversion: significance and measurement. J Anat. 2020.
- Direito-Santos B et al. Acetabular retroversion: Diagnosis and treatment. EFORT Open Rev. 2018.
- Jenkinson MRJ et al. Acetabular retroversion: functional or anatomical? Bone Joint J. 2024.
- Westermann RW et al. Femoral Version in Hip Arthroscopy: Does it Matter? Sports Med Arthrosc Rev. 2021.
- Shepherd MC et al. Femoral version deformities alter joint reaction forces in dysplastic hips during gait. J Biomech. 2022.
- Griffin DR et al. The Warwick Agreement on femoroacetabular impingement syndrome (FAI syndrome): an international consensus statement. Br J Sports Med. 2016.
- Terrell SL et al. Therapeutic Exercise Approaches to Nonoperative and Postoperative Management of Femoroacetabular Impingement Syndrome. J Athl Train. 2021.
- Hoit G et al. Physiotherapy as an Initial Treatment Option for Femoroacetabular Impingement: A Systematic Review of the Literature and Meta-analysis of 5 Randomized Controlled Trials. Am J Sports Med. 2020.
- Litrenta J et al. Should Acetabular Retroversion Be Treated Arthroscopically? A Systematic Review of Open Versus Arthroscopic Techniques. Arthroscopy. 2018.
- Albersheim M et al. Rotational Osteotomy for Femoral Version/Tibial Torsion. Curr Rev Musculoskelet Med. 2022.



















