Une lombalgie très centrale, aggravée par l’extension et soulagée lorsque la personne se penche vers l’avant, peut parfois être associée à la maladie de Baastrup, aussi appelée syndrome des « kissing spines ». Cette condition correspond à un rapprochement excessif de deux processus épineux lombaires voisins, qui peuvent finir par entrer en contact et développer des changements dégénératifs, une bursite interépineuse ou des réactions inflammatoires.

La maladie de Baastrup est souvent décrite chez les adultes plus âgés, en particulier en présence de dégénérescence lombaire et d’une lordose importante. Une revue systématique publiée en 2021 a regroupé plus de 1 300 patients et confirmé une augmentation de fréquence avec l’âge. Cependant, comme les changements radiologiques peuvent être fréquents chez les personnes âgées sans douleur, le diagnostic ne doit jamais reposer sur une image seule.

Pour l’ostéopathe, cette condition est surtout un exemple classique de la différence entre anomalie radiologique et source réelle de douleur. Voir deux épineuses proches sur une radiographie ne signifie pas automatiquement qu’elles expliquent la lombalgie.

Que signifie « kissing spines » ?

Les processus épineux sont les reliefs osseux que l’on peut palper au centre du dos. Normalement, un espace existe entre deux épineuses successives.

Dans la maladie de Baastrup, cet espace diminue au point que les épineuses se rapprochent ou se touchent pendant certains mouvements, surtout l’extension.

Au fil du temps, ce contact peut entraîner :

  • sclérose osseuse ;
  • aplatissement des surfaces ;
  • hypertrophie des épineuses ;
  • œdème ;
  • bursite interépineuse ;
  • formation de kystes.

Quel niveau est le plus souvent touché ?

La littérature décrit fréquemment le niveau L4-L5, mais plusieurs niveaux peuvent être concernés.

La condition est généralement observée dans une colonne déjà marquée par d’autres changements dégénératifs.

Pourquoi les épineuses se rapprochent-elles ?

Plusieurs facteurs peuvent contribuer :

  • augmentation de la lordose lombaire ;
  • dégénérescence discale ;
  • perte de hauteur discale ;
  • arthrose facettaire ;
  • modifications liées à l’âge ;
  • instabilité ou glissement vertébral dans certains cas.

La maladie de Baastrup doit donc être considérée comme une partie possible d’un processus dégénératif global, pas nécessairement comme une lésion isolée.

Quels symptômes ?

Le tableau classique comprend :

  • douleur lombaire médiane ;
  • douleur aggravée par l’extension ;
  • soulagement en flexion ;
  • sensibilité directement sur les épineuses ;
  • douleur lors d’une station debout prolongée ;
  • absence habituelle d’irradiation neurologique dans la forme simple.

Une douleur qui descend franchement dans la jambe suggère une autre cause ou une atteinte associée.

Différentiel : arthrose facettaire

Les facettes lombaires peuvent également devenir douloureuses en extension et produire une lombalgie locale. Les deux conditions coexistent souvent.

Une douleur strictement médiane sur les épineuses soutient davantage Baastrup, tandis qu’une douleur plus paramédiane peut être plus compatible avec les facettes.

Différentiel : sténose lombaire

La sténose lombaire peut être aggravée en extension et soulagée en flexion. Elle provoque toutefois souvent douleur ou lourdeur dans les jambes à la marche, avec amélioration en position assise ou penchée.

Ces symptômes de claudication neurologique sont différents d’une simple douleur interépineuse.

Différentiel : fracture vertébrale

Chez une personne âgée ou ostéoporotique, une nouvelle douleur médiane après chute peut correspondre à une fracture de compression. Une douleur aiguë importante nécessite une évaluation médicale.

Différentiel : spondylolisthésis

Un glissement vertébral peut modifier la mécanique lombaire et coexister avec un rapprochement des processus épineux. L’imagerie permet d’évaluer l’ensemble de la colonne.

Différentiel : douleur myofasciale

Les muscles paravertébraux peuvent être sensibles et douloureux. Une douleur musculaire est souvent plus diffuse et paramédiane qu’une douleur très centrale entre deux épineuses.

Radiographie

La radiographie peut montrer :

  • rapprochement des épineuses ;
  • contact ;
  • sclérose ;
  • élargissement ;
  • remodelage osseux.

Ces signes ont été décrits dans plusieurs revues radiologiques.

Scanner

Le scanner montre très bien les modifications osseuses et peut préciser le contact entre les épineuses.

Il est toutefois moins utile que l’IRM pour évaluer une bursite ou les tissus mous.

IRM

L’IRM peut montrer un œdème, une bursite interépineuse, des kystes et d’autres changements dégénératifs.

Elle aide également à évaluer les disques, les facettes, le canal rachidien et les structures neurologiques.

Pourquoi l’imagerie peut-elle conduire au surdiagnostic ?

Les changements dégénératifs augmentent avec l’âge et sont fréquemment observés chez des personnes sans douleur.

La revue de 2015 et la revue systématique de 2021 rappellent qu’un rapprochement des épineuses doit être corrélé aux symptômes avant d’être considéré comme pathologique.

Traitement conservateur

La première approche est généralement non chirurgicale :

  • activité tolérée ;
  • réduction temporaire des extensions très provocatrices ;
  • renforcement du tronc ;
  • travail de hanche ;
  • marche ;
  • variation des positions ;
  • antalgiques ou anti-inflammatoires lorsque médicalement indiqués.

Faut-il éviter l’extension ?

Pas nécessairement pour toujours. Si l’extension reproduit fortement la douleur, elle peut être réduite temporairement. Mais une colonne saine a besoin de mouvement dans plusieurs directions.

La progression peut réintroduire l’extension à mesure que la tolérance augmente.

Le rôle de l’ostéopathie

L’ostéopathe peut aider à explorer les mouvements qui augmentent ou diminuent la douleur, traiter certaines tensions musculaires associées et favoriser une activité progressive.

Il ne peut pas éloigner durablement deux processus épineux qui se rapprochent à cause de changements anatomiques.

Le traitement manuel doit rester symptomatique et fonctionnel.

Pourquoi les manipulations en extension demandent-elles de la prudence ?

Si la douleur est précisément déclenchée par le rapprochement des épineuses, une technique qui impose une extension forte peut être inconfortable.

Une approche adaptée à la tolérance est préférable à un protocole standard.

Renforcement

Un programme peut inclure :

  • ponts ;
  • dead bug ;
  • bird dog ;
  • hinge de hanche ;
  • marche avec charge légère ;
  • travail de fessiers ;
  • endurance du tronc.

Le but est d’améliorer la capacité générale plutôt que de chercher une posture parfaite.

Le rôle de la posture

Une lordose importante peut contribuer au rapprochement des épineuses, mais il serait excessif de dire qu’une « mauvaise posture » cause à elle seule la maladie.

De nombreuses personnes possèdent une lordose marquée sans douleur. La posture est un facteur parmi d’autres.

Injections interépineuses

Des infiltrations locales d’anesthésique et de corticostéroïde ont été utilisées chez certains patients présentant une douleur très focalisée.

Une réponse favorable peut apporter un soulagement et soutenir l’hypothèse que l’espace interépineux contribue aux symptômes.

Radiofréquence et procédures interventionnelles

Quelques rapports décrivent des procédures percutanées dans les cas réfractaires. Les données restent limitées et ne permettent pas d’établir une approche standard.

Chirurgie

Des interventions visant à réduire ou enlever une partie des processus épineux ont été décrites historiquement. Les résultats ont été variables, probablement parce que la maladie de Baastrup coexiste souvent avec d’autres pathologies dégénératives.

Une chirurgie ne doit donc pas être envisagée simplement parce qu’une radiographie montre des « kissing spines ».

Les kystes épiduraux

Dans certains cas, des changements interépineux peuvent être associés à des kystes qui s’étendent vers le canal rachidien. Si ces lésions compriment des structures neurologiques, le tableau peut devenir différent et nécessiter une évaluation spécialisée.

Retour aux activités

Le patient peut reprendre progressivement les activités qui nécessitent station debout, extension, port de charge ou sport. La progression doit être guidée par la fonction et la réaction dans les heures suivantes.

Pourquoi une lombalgie peut-elle persister malgré une injection efficace ?

Une personne peut avoir plusieurs sources de douleur : facettes, disque, muscles, sténose et structures interépineuses. Un soulagement partiel après injection ne signifie pas que toutes les composantes ont été traitées.

Quand référer ?

Une évaluation spécialisée est pertinente si :

  • la douleur persiste malgré plusieurs semaines de traitement ;
  • un déficit neurologique apparaît ;
  • une sténose sévère est suspectée ;
  • des kystes ou une compression sont visibles ;
  • la douleur devient inhabituelle ou nocturne ;
  • une procédure interventionnelle est envisagée.

Drapeaux rouges

Troubles sphinctériens, anesthésie en selle, faiblesse progressive, fièvre, perte de poids inexpliquée ou traumatisme majeur nécessitent une évaluation médicale rapide.

Le retest

Le suivi peut utiliser station debout prolongée, extension modérée, marche, flexion et tâches quotidiennes. Une amélioration reproductible est plus informative qu’une sensation d’alignement.

Ce que l’ostéopathie ne peut pas prétendre

L’ostéopathie ne peut pas séparer durablement des processus épineux rapprochés, diagnostiquer la maladie de Baastrup par palpation seule ni déterminer à partir d’une radiographie si l’anomalie est forcément douloureuse.

Elle peut contribuer à une prise en charge conservatrice et au maintien de la fonction.

Conclusion

La maladie de Baastrup correspond au rapprochement et parfois au contact de processus épineux lombaires voisins. Elle peut être associée à une douleur médiane aggravée par l’extension, mais les changements radiologiques sont fréquents avec l’âge et ne sont pas toujours symptomatiques.

Le diagnostic doit donc combiner symptômes, examen et imagerie. Une prise en charge conservatrice est généralement privilégiée, avec des procédures interventionnelles réservées à certains cas.

Pour l’ostéopathe, la meilleure approche est de ne pas pathologiser l’image, d’adapter les mouvements à la tolérance et d’aider le patient à conserver ou retrouver progressivement sa capacité fonctionnelle.

Pourquoi la maladie de Baastrup est souvent associée à d’autres changements dégénératifs

Le rapprochement des processus épineux survient rarement dans une colonne par ailleurs totalement normale. Une perte de hauteur discale, une arthrose facettaire, une modification de la lordose ou une sténose peuvent coexister. Cela explique pourquoi une injection interépineuse peut réduire une partie de la douleur sans supprimer tous les symptômes.

Le traitement doit donc être orienté vers la fonction globale plutôt que vers une seule image.

Pourquoi la flexion soulage parfois

En flexion, les processus épineux s’éloignent généralement les uns des autres, ce qui peut diminuer la compression interépineuse. Cette observation correspond au tableau classique de Baastrup, mais elle est également retrouvée dans la sténose lombaire. La présence ou l’absence de symptômes dans les jambes aide à distinguer les deux situations.

Le rôle des activités prolongées en extension

Certains métiers, sports ou habitudes imposent de longues périodes en extension lombaire. Chez une personne très sensible, réduire temporairement cette exposition peut améliorer les symptômes. L’objectif reste ensuite de retrouver une tolérance progressive plutôt que d’interdire définitivement l’extension.

Pourquoi une douleur médiane n’est pas automatiquement Baastrup

Les ligaments interépineux, les muscles, une fracture, une infection ou d’autres structures peuvent provoquer une douleur centrale. Le diagnostic doit donc s’appuyer sur l’âge, le contexte, l’examen et l’imagerie.

La place des injections comme test diagnostique

Une infiltration interépineuse peut être intéressante lorsque la douleur est très focalisée et que l’imagerie est concordante. Un soulagement important soutient l’hypothèse, mais la diffusion de l’anesthésique empêche d’en faire un test parfaitement spécifique.

Comment reprendre l’activité

La progression peut commencer par marche, exercices de tronc et activités en amplitude confortable. Les positions d’extension sont ensuite réintroduites graduellement. Le patient doit surtout retrouver sa capacité à rester debout, marcher, soulever et accomplir ses activités habituelles sans poussées prolongées.

Pourquoi l’âge change l’interprétation de l’imagerie

Chez une personne âgée, les changements dégénératifs du rachis sont fréquents. Plus il existe d’anomalies sur l’imagerie, plus il devient facile d’attribuer la douleur à la mauvaise structure. Un diagnostic de Baastrup doit donc être soutenu par une douleur centrale typique et une aggravation concordante en extension.

Pourquoi le mouvement reste important

Même lorsqu’une position est douloureuse, immobiliser la colonne n’est généralement pas la solution. Le patient peut maintenir les mouvements tolérés, renforcer progressivement et réintroduire les amplitudes sensibles. Cette approche vise à préserver capacité et autonomie tout en évitant les provocations excessives au début.

Chez les patients âgés, maintenir la marche, la force des jambes et l’autonomie est particulièrement important. Un plan qui réduit temporairement les positions douloureuses tout en conservant une activité quotidienne est généralement préférable à une restriction prolongée par peur de l’imagerie.

Références

  1. Perna A, et al. Epidemiology, diagnosis and management of Baastrup’s disease: a systematic review. 2021. PMID:34342202. doi:10.23736/S0390-5616.21.05428-X.
  2. Filippiadis DK, Mazioti A, Argentos S, et al. Baastrup’s disease (kissing spines syndrome): a pictorial review. Insights Imaging. 2015;6(1):123-128. PMID:25582088. PMCID:PMC4330238. doi:10.1007/s13244-014-0376-7.
  3. Baastrup’s Disease: A Comprehensive Review of the Extant Literature. 2017. PMID:28192272. doi:10.1016/j.wneu.2017.02.004.
  4. Baastrup’s disease: a poorly recognised cause of back pain. 2015. PMID:25782695.
Bandeau original Osteomag aux lignes fluides évoquant la respiration et les fascias

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