Comprendre la douleur, préserver le mouvement et adapter les soins
Quand se retourner au lit, marcher ou porter les courses devient pénible, la douleur prend une place importante dans la grossesse. Elle mérite une réponse attentive. Nous cherchons d’abord à comprendre quelle activité est devenue difficile, où se situe la gêne et si des symptômes imposent de contacter l’équipe obstétricale.
Le dos et la ceinture pelvienne peuvent être concernés ensemble ou séparément. Un accompagnement global tient compte du sommeil, du travail et des appuis disponibles, sans conclure que le bassin est déplacé. Le but est de rendre le quotidien plus supportable en respectant les limites de la grossesse et du bilan médical. [1] [2] [4]
À retenir
La douleur ne prouve ni un bassin désaligné ni un problème de position du bébé. Des adaptations, une activité individualisée et un suivi coordonné peuvent aider. Les symptômes inhabituels doivent être signalés à l’équipe de grossesse.
Dos et bassin : des régions proches, des douleurs différentes
La colonne lombaire comprend des vertèbres, des disques et plusieurs couches musculaires. Elle participe aux changements de position et au soutien du tronc. Le bassin forme un anneau : les deux os iliaques rejoignent le sacrum à l’arrière et la symphyse pubienne à l’avant. Ces articulations ont normalement une mobilité limitée, compatible avec leur fonction de transmission des charges.[1]
Une lombalgie se ressent surtout dans le bas du dos. Une douleur de ceinture pelvienne peut se situer près des articulations sacro-iliaques, dans les fesses ou au pubis. Elle peut gêner les escaliers, l’habillage sur une jambe ou les retournements au lit. Une irradiation dans la cuisse ne suffit pas à conclure à une sciatique; des signes neurologiques doivent être recherchés si la présentation le suggère.[1] [2]

Pourquoi les symptômes apparaissent-ils pendant la grossesse ?
Le volume abdominal, la répartition des masses et les tâches quotidiennes évoluent. Les muscles doivent répondre à des demandes différentes, tandis que la fatigue et le sommeil peuvent modifier la tolérance aux activités. Certaines femmes changent spontanément de posture, d’autres beaucoup moins. Un dessin de profil ne permet pas de déterminer la cause d’une douleur individuelle.[2] [4]
Les hormones participent aux adaptations de la grossesse, mais l’explication « relaxine élevée égale bassin instable » est trop simple. La revue d’Aldabe et collaborateurs constate un faible niveau de preuve pour l’association entre concentrations de relaxine et douleur pelvienne. Cela ne signifie pas que les hormones n’ont aucun effet : leur rôle ne permet simplement pas de prédire les symptômes d’une personne.[3]
Une sensation de tension ou un mouvement prudent peut accompagner la douleur sans démontrer un déplacement osseux. Le ressenti mérite une réponse, mais l’interprétation doit rester ouverte. Dire « votre bassin est abîmé » ou « il faut le remettre en place avant la naissance » peut accroître l’inquiétude sans expliquer pourquoi certains gestes sont tolérés et d’autres difficiles.[2] [3]
Quand demander rapidement de l’aide
Contactez rapidement l’équipe de grossesse devant un mal de dos nouveau ou inhabituel, surtout aux deuxième et troisième trimestres, et plus encore s’il accompagne des contractions, un saignement, une perte de liquide ou une douleur abdominale. Une fièvre, une douleur en urinant ou une douleur sur le côté sous les côtes doit aussi être signalée : une cause urinaire ou rénale est possible.[4] [6]
Une perte de sensibilité des jambes, des fesses ou de la région génitale nécessite une évaluation urgente. Un trouble nouveau du contrôle urinaire ou intestinal et une faiblesse progressive sont également préoccupants. Une difficulté respiratoire, une douleur thoracique, un malaise, une céphalée intense avec troubles visuels ou une diminution inhabituelle des mouvements du bébé ne doivent pas être attribués à une tension musculaire.[4] [5]
Ces signes ne donnent pas un diagnostic à distance. Ils indiquent que l’évaluation obstétricale ou urgente passe avant une séance de confort. Précisez le terme de la grossesse, l’heure de début et les symptômes associés lorsque vous appelez. En présence d’une urgence, utilisez les services d’urgence de votre région.[5]
Ce que l’évaluation peut apporter
L’entretien précise la localisation, l’évolution, les activités déclenchantes et les répercussions sur la vie quotidienne. Les antécédents, le suivi obstétrical et les signes associés orientent la suite. L’examen peut observer la marche, les mouvements du dos et des hanches et, selon les symptômes, la force et la sensibilité. Des tests ciblés servent à compléter l’histoire, pas à mesurer une supposée torsion du bassin.[1]
L’imagerie n’est pas nécessaire pour toute douleur habituelle de grossesse. Elle peut devenir utile si une cause différente est suspectée ou si son résultat change la prise en charge. L’ACOG rappelle que l’échographie et l’IRM sont des méthodes privilégiées lorsqu’elles répondent à une question clinique pertinente. La décision appartient aux professionnels responsables; la grossesse ne justifie pas de refuser automatiquement un examen nécessaire.[7]
Distinguer les causes qui demandent une autre prise en charge
Une douleur lombaire peut coexister avec une douleur de ceinture pelvienne. Une douleur de hanche peut aussi gêner la marche. Une irradiation accompagnée d’une faiblesse ou d’un engourdissement fait rechercher une atteinte neurologique; elle ne se résume pas à une tension musculaire. Des symptômes urinaires, une fièvre ou des signes obstétricaux orientent vers une autre évaluation. La localisation seule ne permet pas de trancher.[1] [4] [6]
L’ostéopathe repère les limites de son intervention et oriente vers les professionnels appropriés; il ne pose pas un diagnostic médical. Une douleur après une chute, une incapacité à prendre appui ou une aggravation inexpliquée justifie un avis médical avant de poursuivre les soins de confort.[1] [16]
Adapter les gestes qui deviennent difficiles
Les ajustements se choisissent à partir d’un problème concret. Si un trajet est pénible, essayer plusieurs déplacements courts peut être plus utile que forcer une longue marche. Si l’habillage sur une jambe déclenche les symptômes, une chaise offre un appui. Ces solutions peuvent être temporaires : leur but est de rendre la journée praticable, sans imposer une posture rigide à chaque instant.[12]
| Situation | Adaptation possible | Objectif |
|---|---|---|
| Marcher longtemps | Fractionner les trajets et prévoir des pauses | Une distance actuellement supportable |
| S’habiller debout | Essayer de s’asseoir | Moins de gêne sur un seul appui |
| Se retourner au lit | Tester un coussin et un mouvement confortable | Un sommeil moins interrompu |
| Porter ou travailler | Alléger une charge, varier la tâche, demander de l’aide | Une activité compatible avec les symptômes |
| Bouger ou s’exercer | Adapter durée, amplitude et difficulté | Une réponse supportable pendant et après |
| Douleur inhabituelle ou signes associés | Contacter l’équipe de grossesse | Une orientation adaptée, sans attendre une séance |

Un coussin entre les jambes ou sous le ventre peut améliorer le confort sur le côté. Une ceinture de soutien peut être essayée avec des conseils d’ajustement lorsque la douleur pelvienne gêne certaines tâches. Son intérêt se juge sur la fonction et le confort, sans conclure qu’elle répare une instabilité. Elle ne doit pas comprimer douloureusement ni être portée sans réévaluation si elle gêne.[12]
Maintenir une activité compatible avec la grossesse
Pour une grossesse sans contre-indication, les recommandations canadiennes encouragent une activité régulière associant notamment effort aérobie et renforcement adapté. Elles proposent au moins 150 minutes hebdomadaires d’activité d’intensité modérée, réparties sur plusieurs jours. Ce repère de santé générale n’est pas une prescription individuelle pour traverser une douleur importante; le programme tient compte de l’état obstétrical et des capacités actuelles.[9]
Une personne peu active peut commencer par des périodes courtes. Une personne déjà sportive peut devoir modifier certains exercices au fil de la grossesse. Les possibilités comprennent la marche, l’activité aquatique ou des mouvements de renforcement choisis avec un professionnel. La respiration reste libre, les positions sont confortables et une sensation de malaise conduit à arrêter et à demander conseil.[9] [17]
La revue de Davenport et collaborateurs suggère que l’exercice prénatal peut réduire la sévérité des douleurs lombaires ou pelviennes, avec une certitude variable selon les études. Elle ne démontre pas une diminution de la probabilité d’avoir ces douleurs. Bouger peut donc aider sans garantir leur disparition. La revue Cochrane souligne aussi l’hétérogénéité des interventions : aucun exercice universel n’en découle.[10] [11]
Répartir l’effort dans la journée
Les trajets, le travail et les soins aux autres enfants s’ajoutent aux exercices. Nous examinons cette charge réelle avant d’en ajouter une nouvelle. Une adaptation peut consister à répartir les tâches, obtenir un appui pour l’habillage ou prévoir des pauses. NICE recommande d’envisager une orientation en physiothérapie pour des conseils d’exercice et/ou une ceinture lombo-pelvienne non rigide en cas de douleur de ceinture pelvienne. Ces options se choisissent selon les besoins, sans opposer les professions. [8] [12]
Construire une progression compatible avec la grossesse
Choisissez une activité actuellement supportable. Ajustez d’abord sa durée ou son amplitude, puis observez la marche, le sommeil et la récupération. Une aggravation durable invite à revoir la dose et le bilan, pas à forcer. Les signes obstétricaux nouveaux priment sur le programme établi. Le professionnel responsable du suivi de grossesse reste l’interlocuteur pour les contre-indications et les symptômes inhabituels. [5] [9] [11] [17]
Ostéopathie : des objectifs mesurables et des limites
L’accompagnement ostéopathique part d’un objectif concret : marcher plus confortablement, mieux dormir ou faciliter un changement de position. L’entretien tient compte du terme de la grossesse, des antécédents, du suivi obstétrical et des signes d’alerte. Les soins éventuels restent complémentaires; leur intérêt se juge sur les activités et le confort, sans promettre de corriger le bassin ni de modifier le déroulement de la naissance.
Un premier essai randomisé a étudié la douleur et les limitations liées au dos au troisième trimestre. Ces travaux sont plus utiles que des témoignages isolés, mais leur interprétation dépend du groupe de comparaison et des critères suivis. Une amélioration après une consultation ne permet pas, à elle seule, de dire que le sacrum ou un muscle profond a été corrigé.[13]
Dans PROMOTE, 400 femmes au troisième trimestre ont été réparties entre soins habituels, soins habituels avec traitement ostéopathique et soins habituels avec une intervention de comparaison par ultrasons placebo. Les deux groupes avec intervention ont eu de meilleurs résultats sur la douleur et la fonction que les soins habituels seuls; le groupe ostéopathique ne se distinguait pas significativement du groupe placebo.[14]
Ce résultat justifie de discuter les bénéfices possibles tout en restant prudent sur leur spécificité. Une revue systématique rapporte des résultats favorables dans certaines études de grossesse et de post-partum, mais appelle à des essais plus solides. Ces données ne prouvent ni une action sur la position du bébé, ni une prévention des complications obstétricales, ni une sécurité identique pour toutes les grossesses.[15]
Les positions de soin et d’exercice doivent être adaptées au terme et à la tolérance. Après 20 semaines, rester longtemps à plat sur le dos peut diminuer le retour veineux et provoquer un malaise; une autre installation est alors nécessaire. Des vertiges ou une gêne respiratoire imposent d’interrompre l’activité. Une grossesse avec complications demande des consignes obstétricales individualisées. [17]
Si un accompagnement manuel est choisi, les objectifs peuvent être formulés simplement : se retourner plus facilement, diminuer une gêne ou mieux tolérer une activité. Le consentement, une installation confortable, la possibilité d’interrompre le contact et la coordination avec le suivi prénatal restent essentiels. L’absence d’amélioration ou l’apparition de signes nouveaux conduit à revoir le plan, plutôt qu’à multiplier les séances.
Préparer la naissance et l’après-grossesse
Une douleur pelvienne ne signifie pas que l’accouchement vaginal sera impossible. Elle mérite néanmoins d’être signalée à l’équipe de naissance afin de prévoir des positions et des appuis confortables. Le choix de la voie d’accouchement dépend de la situation obstétricale. Une palpation du bassin ne permet pas de prédire à elle seule la progression du travail.[16]
Après l’accouchement, les symptômes s’améliorent souvent, mais certaines femmes restent gênées. Une douleur persistante ne doit pas être banalisée : une réévaluation permet de rechercher d’autres causes et d’adapter la rééducation. Les soins au bébé et les nouvelles tâches doivent aussi être discutés. La reprise se construit selon l’évolution réelle, plutôt que selon une date identique pour toutes.[16]
Références
- [1] Vleeming A et al. European guidelines for the diagnosis and treatment of pelvic girdle pain. European Spine Journal, 2008. Consulter la source.
- [2] Cambridge University Hospitals. Pelvic girdle pain in pregnancy. Consulter la source.
- [3] Aldabe D et al. Pregnancy-related pelvic girdle pain and its relationship with relaxin levels during pregnancy: a systematic review. European Spine Journal, 2012. Consulter la source.
- [4] NHS. Back pain in pregnancy. Consulter la source.
- [5] CDC. Urgent Maternal Warning Signs Educational Materials, 2024. Consulter la source.
- [6] NHS. Urinary tract infections. Consulter la source.
- [7] ACOG. Committee Opinion No. 723: Guidelines for Diagnostic Imaging During Pregnancy and Lactation. Obstetrics & Gynecology, 2017. Consulter la source.
- [8] NICE. Antenatal care, NG201, recommandation 1.4.15. Consulter la source.
- [9] Mottola MF et al. 2019 Canadian guideline for physical activity throughout pregnancy. British Journal of Sports Medicine, 2018. Consulter la source.
- [10] Davenport MH et al. Exercise for the prevention and treatment of low back, pelvic girdle and lumbopelvic pain during pregnancy: a systematic review and meta-analysis. British Journal of Sports Medicine, 2019. Consulter la source.
- [11] Liddle SD, Pennick V. Interventions for preventing and treating low-back and pelvic pain during pregnancy. Cochrane Database of Systematic Reviews, 2015. Consulter la source.
- [12] NHS Fife. Pregnancy related pelvic girdle pain. Consulter la source.
- [13] Licciardone JC et al. Osteopathic manipulative treatment of back pain and related symptoms during pregnancy: a randomized controlled trial. American Journal of Obstetrics and Gynecology, 2010. Consulter la source.
- [14] Hensel KL et al. Pregnancy Research on Osteopathic Manipulation Optimizing Treatment Effects: the PROMOTE study. American Journal of Obstetrics and Gynecology, 2015. Consulter la source.
- [15] Franke H et al. Osteopathic manipulative treatment for low back and pelvic girdle pain during and after pregnancy: a systematic review and meta-analysis. Journal of Bodywork and Movement Therapies, 2017. Consulter la source.
- [16] RCOG. Pelvic girdle pain and pregnancy, 2015. Consulter la source.
- [17] ACOG. Physical Activity and Exercise During Pregnancy and the Postpartum Period. Committee Opinion 804, 2020. Consulter la source.



















