Après une chute, reconnaître une urgence pelvienne et organiser une reprise médicalement encadrée
Une chute de grande hauteur ou un traumatisme violent peut transmettre une énergie considérable au bassin. Contrairement à une simple contusion, une fracture pelvienne peut s’accompagner d’une hémorragie interne, de lésions urinaires, neurologiques ou abdominales et constituer une urgence vitale. Chez la personne âgée, une fracture du bassin peut aussi survenir après une chute beaucoup moins spectaculaire en raison de l’ostéoporose.
Pour l’ostéopathe, cette distinction est fondamentale. Une fracture récente du bassin n’est pas une indication de traitement manuel. La priorité est l’évaluation médicale, l’imagerie, la stabilisation et la prise en charge traumatologique. L’ostéopathie ne peut intervenir qu’à distance de la phase aiguë, lorsque la fracture est consolidée ou suffisamment stable et que l’équipe médicale autorise une reprise progressive de la mobilité.
Un article consacré aux fractures pelviennes doit donc commencer par la sécurité. La douleur du bassin après un traumatisme n’est jamais un problème que l’on devrait tenter de « remettre en place » manuellement.

| Situation | Interprétation | Conduite |
|---|---|---|
| Traumatisme et malaise | Hémorragie ou lésion associée possible | Urgence; ne pas mobiliser inutilement |
| Douleur et appui difficile | Fracture même après petite chute | Bilan médical et imagerie |
| Reprise après traitement | Stabilité et appui autorisé | Suivre les consignes de l’équipe |
Anatomie : pourquoi les fractures pelviennes peuvent-elles être graves ?
Le bassin forme un anneau osseux composé du sacrum et des deux os coxaux. Il protège des structures importantes : vessie, organes génitaux, rectum, vaisseaux et nerfs.
Lors d’un traumatisme à haute énergie, plusieurs parties de l’anneau peuvent être lésées. Une instabilité importante peut provoquer un saignement majeur provenant des os, des veines ou parfois d’une artère.
La prise en charge d’urgence moderne repose sur une approche rapide visant à contrôler l’hémorragie, stabiliser l’anneau pelvien et traiter les lésions associées. Une revue de 2024 souligne que la réduction et la stabilisation initiale constituent des éléments centraux du traitement du patient instable . [1][6]
Quels mécanismes peuvent provoquer une fracture du bassin ?
Chez l’adulte jeune, les mécanismes classiques comprennent :
- chute de grande hauteur ;
- collision automobile ou motocycliste ;
- écrasement ;
- accident industriel ;
- traumatisme sportif majeur.
Chez la personne âgée, une simple chute de sa hauteur peut suffire lorsque l’os est fragilisé. On parle alors souvent de fracture de fragilité du bassin.
Ces deux situations diffèrent. Le traumatisme à haute énergie expose davantage aux lésions multiples et à l’hémorragie massive, alors que les fractures de fragilité posent surtout un problème de douleur, de mobilité, de perte d’autonomie et parfois d’instabilité occultée.
Quels symptômes doivent alerter après une chute ?
Une fracture pelvienne peut provoquer :
- douleur intense dans le bassin, l’aine, la hanche ou le bas du dos ;
- incapacité ou grande difficulté à prendre appui ;
- douleur lors des mouvements de hanche ;
- ecchymoses importantes ;
- douleur abdominale ;
- sang dans les urines ;
- malaise, pâleur, sueurs ou hypotension ;
- engourdissement ou faiblesse d’un membre inférieur.
Après un traumatisme significatif, ces signes justifient une évaluation d’urgence. Le patient ne devrait pas être déplacé inutilement ni soumis à des tests manuels répétés du bassin.
Pourquoi une hémorragie est-elle possible ?
Le bassin contient un réseau vasculaire important. Une fracture instable peut rompre des veines ou des artères et provoquer un saignement dans l’espace rétropéritonéal.
Chez un patient instable sur le plan hémodynamique, les équipes de traumatologie peuvent utiliser un dispositif de contention pelvienne, une embolisation artérielle, un packing pelvien ou d’autres techniques selon le type de saignement et les ressources disponibles .
Cette situation illustre pourquoi une fracture pelvienne aiguë n’a rien à voir avec un « bassin déplacé » au sens utilisé dans certains discours manuels.
Quelles structures peuvent être associées à la fracture ?
Selon le mécanisme, les complications peuvent toucher :
- la vessie et l’urètre ;
- les organes abdominaux ;
- le plexus lombo-sacré ;
- les vaisseaux ;
- les tissus génitaux ;
- les articulations sacro-iliaques ;
- l’acétabulum ou la hanche.
Une difficulté à uriner, du sang au méat urétral ou dans les urines et une douleur pelvienne importante après traumatisme nécessitent une évaluation médicale.
Comment le diagnostic est-il posé ?
Dans un contexte de traumatisme important, l’évaluation commence par les priorités vitales. L’imagerie dépend de la stabilité du patient et du mécanisme.
Une radiographie peut identifier certaines fractures, mais la tomodensitométrie permet généralement de mieux caractériser les lésions de l’anneau pelvien et les blessures associées.
Chez la personne âgée ayant une fracture de fragilité, certaines lésions postérieures peuvent être difficiles à voir sur une radiographie simple. Le scanner est souvent utilisé lorsque la douleur et la limitation sont disproportionnées par rapport aux images initiales. [9]
Fractures de fragilité : un problème différent
Chez la personne âgée, la fracture pelvienne peut résulter d’une faible énergie. Ces fractures sont parfois considérées à tort comme bénignes parce qu’elles ne produisent pas toujours de déplacement spectaculaire.
Une revue de 2024 consacrée aux fractures de fragilité par compression latérale souligne qu’elles peuvent entraîner hospitalisation prolongée, perte de fonction et perte d’indépendance . Certaines fractures apparemment stables peuvent présenter une instabilité occulte.
La capacité à se mobiliser devient donc un élément important dans la décision thérapeutique. [2][4]
Traitement conservateur ou chirurgie ?
Le traitement dépend du type de fracture, de sa stabilité, de l’âge du patient et de son état général.
Certaines fractures stables peuvent être traitées sans chirurgie avec contrôle de la douleur, prévention des complications et mobilisation progressive. Les fractures instables ou les patients incapables de se mobiliser malgré un traitement conservateur peuvent nécessiter une fixation chirurgicale.
Les pratiques évoluent. Des centres spécialisés utilisent davantage de techniques percutanées afin de stabiliser certaines fractures et faciliter une mobilisation précoce . [5][7]
Pourquoi la mobilisation précoce est-elle importante ?
Une immobilisation prolongée augmente le risque de perte musculaire, thrombose, complications respiratoires, déconditionnement et perte d’autonomie.
Une revue de 2025 sur la réadaptation après fracture de fragilité du bassin montre que la littérature reste limitée, mais que la mobilisation et les interventions multidisciplinaires sont des composantes importantes de la récupération .
Le degré d’appui autorisé dépend cependant de la stabilité de la fracture et des recommandations de l’équipe orthopédique. Il ne faut pas improviser une progression de charge sans connaître ces consignes. [3]
Quand l’ostéopathie peut-elle être envisagée ?
Pas pendant la phase aiguë d’une fracture instable. Le traitement manuel direct du bassin est contre-indiqué jusqu’à ce que la stabilité et la consolidation aient été établies.
Plus tard, lorsque le médecin ou l’orthopédiste autorise la reprise du mouvement, un ostéopathe peut éventuellement contribuer à la prise en charge de symptômes musculosquelettiques secondaires : raideur thoracique, gêne lombaire, difficulté de hanche ou tensions liées à une longue période d’inactivité.
Observation de la marche
Après une fracture, la personne peut réduire son pas, éviter de charger un côté ou utiliser une aide à la marche. Ces stratégies sont souvent protectrices au début.
L’ostéopathe peut observer la marche et mesurer l’évolution, mais ne doit pas forcer la symétrie. La priorité est une progression sécuritaire de l’appui.
Mobilité de la hanche et du rachis
Une période d’immobilité peut diminuer la mobilité de hanche et la confiance dans certains mouvements. Des exercices actifs doux peuvent être introduits selon les recommandations de réadaptation.
Les techniques manuelles, lorsqu’elles sont utilisées, doivent éviter toute contrainte sur la zone fracturée et respecter la fragilité osseuse.
Palpation après fracture : quelles limites ?
La palpation ne permet pas de déterminer si une fracture est consolidée. Elle ne remplace jamais l’imagerie ou l’évaluation médicale.
Une zone qui semble moins douloureuse sous les doigts peut rester mécaniquement vulnérable. Inversement, une douleur persistante ne signifie pas nécessairement qu’une fracture ne guérit pas.
Le statut de consolidation appartient au médecin et à l’imagerie, pas à la perception palpatoire.
Précautions pendant la récupération
Une fracture récente, une fragilité osseuse ou une fixation chirurgicale impose de connaître les restrictions médicales. Les mouvements forcés et les pressions directes sur la région vulnérable sont à éviter. La diminution de douleur ne confirme pas la consolidation.
Le rôle de l’exercice
La récupération repose en grande partie sur une progression active :
- transferts lit-chaise ;
- marche avec aide si nécessaire ;
- renforcement progressif des membres inférieurs ;
- travail de l’équilibre ;
- montée de marche ;
- réentraînement cardiovasculaire ;
- reprise des activités quotidiennes.
Chez la personne âgée, il faut également traiter l’ostéoporose, évaluer le risque de chute et revoir l’environnement domestique.
Prévenir une nouvelle chute
Après une fracture de fragilité, la prévention secondaire est essentielle. Elle peut inclure :
- évaluation de la densité osseuse ;
- traitement de l’ostéoporose lorsque indiqué ;
- travail de la force et de l’équilibre ;
- correction des problèmes visuels ;
- révision médicale des facteurs favorisant les chutes ;
- adaptation du domicile.
L’ostéopathe peut encourager cette démarche mais ne doit pas se substituer au médecin dans le traitement de l’ostéoporose. [8][10]
Drapeaux rouges pendant la récupération
Même après le retour à domicile, certains signes nécessitent une réévaluation :
- augmentation brutale de la douleur ;
- nouvelle incapacité à prendre appui ;
- fièvre ou signes d’infection ;
- gonflement important d’une jambe ;
- essoufflement soudain ;
- nouvelle faiblesse ou perte de sensibilité ;
- troubles urinaires nouveaux ;
- chute supplémentaire.
Une thrombose veineuse ou une embolie pulmonaire fait partie des complications qu’il faut reconnaître.
Le retest dans la phase de réadaptation
Lorsque le traitement manuel est devenu approprié, le retest peut porter sur des fonctions sécuritaires : se lever d’une chaise, marcher une courte distance, bouger la hanche dans l’amplitude autorisée.
Le but n’est jamais de tester la solidité de la fracture par la douleur. La charge doit suivre les restrictions établies par l’équipe médicale.
Ce que l’ostéopathie ne peut pas prétendre
L’ostéopathie ne peut pas réduire une fracture pelvienne aiguë, contrôler une hémorragie, accélérer de façon garantie la consolidation osseuse ou déterminer par palpation si l’anneau pelvien est stable.
Elle ne doit jamais remplacer l’imagerie, la traumatologie ou la réadaptation spécialisée après un traumatisme majeur.
Son rôle éventuel apparaît plus tard : accompagner certains symptômes musculosquelettiques, restaurer progressivement la mobilité et soutenir le retour à l’activité dans les limites établies par l’équipe traitante.
Collaboration interprofessionnelle
Les fractures pelviennes peuvent mobiliser urgentistes, chirurgiens traumatologues, radiologistes, physiothérapeutes, ergothérapeutes, infirmières et spécialistes de l’ostéoporose.
L’ostéopathe qui intervient après la phase aiguë doit connaître les décisions prises par cette équipe et respecter les restrictions de charge.
Diagnostic différentiel : ne pas confondre fracture et douleur pelvienne ordinaire
Une douleur après chute peut aussi venir de la hanche, du sacrum, du rachis ou de tissus contus. Cette liste ne justifie pas une série de tests en appui lorsque la fracture reste possible. L’âge, la fragilité osseuse, la douleur inguinale et la perte de marche pèsent dans la décision médicale. Une première image peu inquiétante ne clôt pas nécessairement le bilan. Pendant la réadaptation, préciser par écrit l’appui autorisé, l’aide utilisée et les critères de rappel évite des messages contradictoires. Le suivi compare les transferts et les déplacements permis, sans chercher à prouver la consolidation en forçant un mouvement.
Conclusion
Une fracture pelvienne après une chute ou un traumatisme important est une situation qui exige d’abord un raisonnement médical et traumatologique. Certaines fractures peuvent s’accompagner d’une hémorragie ou de lésions viscérales et neurologiques graves.
Chez la personne âgée, les fractures de fragilité méritent également une prise en charge sérieuse en raison de leur impact sur la mobilité et l’autonomie.
L’ostéopathie n’a pas de rôle dans la réduction ou la stabilisation aiguë de la fracture. Après consolidation et autorisation médicale, elle peut éventuellement compléter la réadaptation par une évaluation fonctionnelle, des techniques prudentes et une progression vers le mouvement. La sécurité, la collaboration et l’autonomie doivent toujours primer.
Références
- Madsen et coll. Emergency treatment of pelvic ring injuries: state of the art. 2024.
- Patterson et Parry. Lateral Compression Fragility Fractures of the Pelvis. 2024.
- Carter et coll. Rehabilitation after pelvic fragility fracture in older adults: a scoping review. 2025.
- Current consensus and clinical approach to fragility fractures of the pelvis. 2024.
- Operative management of fragility fractures of the pelvis: a systematic review. 2021.
- Pelvic ring injuries: Emergency assessment and management. 2015.
- AAOS. Pelvic Fractures.
- NICE. Falls: assessment and prevention. ng249.
- NICE. Fractures (non-complex): assessment and management. ng38.
- NICE. Osteoporosis: assessing the risk of fragility fracture. cg146.



















