Comprendre une douleur vasculaire du mollet à l’effort
Une douleur du mollet qui apparaît pendant la course ou un effort intense et disparaît au repos est souvent interprétée comme une surcharge musculaire. C’est effectivement une cause fréquente. Mais chez certaines personnes, surtout jeunes, sportives et sans facteurs vasculaires classiques, une cause plus rare doit être envisagée : le syndrome de compression de l’artère poplitée, également appelé popliteal artery entrapment syndrome ou PAES.
Cette affection survient lorsque l’artère poplitée, située derrière le genou, est comprimée par les muscles, tendons ou structures fibreuses de la fosse poplitée. La compression peut être liée à une variation anatomique ou apparaître surtout lors de la contraction musculaire. Le débit sanguin vers la jambe peut alors diminuer temporairement pendant l’effort.
Le syndrome est rare, mais important à reconnaître, car un retard diagnostique peut entraîner des lésions de la paroi artérielle, une thrombose ou une ischémie. Les symptômes se confondent facilement avec le syndrome des loges chronique d’effort, une lésion musculaire, une fracture de stress ou une neuropathie. Une revue récente souligne d’ailleurs que le diagnostic repose sur l’association entre l’histoire clinique, l’examen vasculaire et une imagerie adaptée, souvent dynamique. [1] [2]
Où se trouve l’artère poplitée ?

L’artère poplitée est la continuité de l’artère fémorale après son passage à travers l’hiatus de l’adducteur. Elle chemine dans la fosse poplitée, derrière le genou, puis se divise plus bas pour former les artères qui vascularisent la jambe et le pied.
Elle est entourée de plusieurs structures anatomiques importantes, notamment les chefs du gastrocnémien, le muscle poplité, les ischio-jambiers, la veine poplitée et le nerf tibial. Des variations du trajet de l’artère ou de l’insertion musculaire peuvent créer une zone de compression. [7]
Formes anatomiques et formes fonctionnelles
Les formes classiques de PAES sont associées à une relation anatomique inhabituelle entre l’artère et les muscles environnants. Par exemple, l’artère peut passer dans une position atypique par rapport au chef médial du gastrocnémien.
Dans les formes dites fonctionnelles, aucune anomalie anatomique majeure n’est visible au repos. La compression survient surtout lors de contractions musculaires intenses ou dans certaines positions, notamment chez des personnes ayant une musculature du mollet très développée.
Cette distinction est importante, car une compression observée uniquement lors d’une manœuvre ne signifie pas automatiquement qu’une maladie est présente. Des phénomènes de compression transitoire peuvent également être observés chez des personnes asymptomatiques. Le diagnostic doit donc correspondre aux symptômes et aux examens vasculaires. [2] [6] [8]
Quels symptômes doivent attirer l’attention ?
Le symptôme le plus caractéristique est une douleur, une crampe ou une sensation de tension du mollet qui apparaît à un niveau d’effort relativement reproductible puis diminue après l’arrêt.
D’autres manifestations peuvent accompagner la douleur :
- fatigue rapide de la jambe ;
- paresthésies ou engourdissements ;
- sensation de pied froid ;
- pâleur ou changement de couleur ;
- faiblesse transitoire ;
- diminution du pouls pendant l’effort ;
- symptômes parfois présents des deux côtés.
Au repos, l’examen peut être complètement normal. C’est précisément ce qui rend le syndrome trompeur. Une personne peut avoir un pied chaud, bien coloré et des pouls palpables pendant la consultation, puis développer des symptômes vasculaires uniquement lors de l’effort. [1]
Diagnostic différentiel
Syndrome des loges chronique d’effort
Il provoque également une douleur reproductible à la course, souvent avec une sensation de tension importante dans un compartiment musculaire. Il s’agit d’un autre mécanisme possible de douleur d’effort, associé à des modifications de pression dans une loge. Le comportement des symptômes ne suffit pas à distinguer les deux affections, qui peuvent aussi coexister. [12]
Fracture de stress
Une fracture de stress du tibia ou du péroné produit généralement une douleur plus localisée. Au début, elle peut n’apparaître qu’à l’effort, mais elle tend à devenir plus persistante si la charge continue.
Lésion du gastrocnémien ou du soléaire
Une lésion musculaire est souvent associée à un événement précis, un sprint, une accélération ou une douleur brutale. Le comportement des symptômes diffère généralement d’une claudication reproductible.
Thrombose veineuse profonde
Une thrombose veineuse peut provoquer douleur, gonflement, chaleur et lourdeur. Elle ne suit pas habituellement un seuil d’effort reproductible et nécessite une évaluation médicale rapide lorsqu’elle est suspectée. [11]
Artériopathie périphérique
Une claudication d’origine athéroscléreuse est beaucoup plus fréquente chez les personnes plus âgées ou présentant des facteurs cardiovasculaires. Le PAES doit surtout être envisagé chez les personnes jeunes et actives avec une présentation inhabituelle.
Atteinte nerveuse ou radiculopathie
Une irritation du nerf tibial, une neuropathie périphérique ou une radiculopathie lombaire peuvent produire douleur, faiblesse et paresthésies. La relation avec l’effort et les signes circulatoires orientent le diagnostic. [7]
| Cause possible | Indices à explorer | Orientation |
|---|---|---|
| Compression poplitée | Douleur d’effort, froideur ou changement de couleur possible | Évaluation vasculaire dynamique |
| Syndrome des loges d’effort | Tension reproductible, symptômes sensitifs possibles | Avis de médecine du sport |
| Lésion osseuse de stress | Douleur osseuse localisée, appui moins toléré | Examen médical et imagerie indiquée |
| Lésion musculaire | Début lié à un geste, douleur à la contraction | Évaluation musculosquelettique |
| Thrombose veineuse | Gonflement unilatéral, chaleur ou douleur persistante | Évaluation médicale urgente |
| Ischémie aiguë | Pied brutalement froid ou pâle, douleur ou déficit nouveau | Urgence immédiate |
Que recherche l’examen clinique ?
L’examen commence par comparer les deux membres inférieurs : température, couleur, remplissage capillaire, pouls pédieux et tibiaux postérieurs, sensibilité, force et présence d’un gonflement.
Il est également important d’examiner les muscles du mollet, le tibia, le genou et le rachis lorsque le tableau l’exige. Une douleur osseuse localisée, un déficit neurologique ou un œdème unilatéral important peut orienter vers une autre cause.
Des manœuvres de flexion plantaire ou de dorsiflexion ont parfois été utilisées pour rechercher une diminution du pouls, mais elles ne doivent pas être interprétées isolément. Un pouls qui change dans une position donnée ne confirme pas un PAES. Les examens spécialisés doivent reproduire les symptômes dans des conditions contrôlées et mesurer objectivement la circulation. [4] [5]
Quel est le rôle de l’index cheville-bras ?
L’index cheville-bras compare les pressions systoliques mesurées à la cheville et au bras selon un protocole clinique. Pour chaque jambe, le calcul conventionnel utilise la plus élevée des pressions des artères de cheville pertinentes, divisée par la plus élevée des pressions brachiales. Chez certaines personnes atteintes de PAES, la valeur au repos peut être normale puis diminuer après un effort.

Ce test peut donc fournir un indice, mais il ne suffit pas à établir le diagnostic. Sa pertinence augmente lorsqu’il est intégré à une évaluation vasculaire dynamique et à des symptômes reproductibles. [9]
Échographie et imagerie dynamique
L’échographie duplex permet de visualiser l’artère et d’analyser le flux sanguin. Elle peut être réalisée au repos puis pendant certaines manœuvres ou après un effort.
L’angioscanner et l’angio-IRM fournissent une vue détaillée du trajet de l’artère et des structures musculaires avoisinantes. Ils peuvent aider à distinguer une variante anatomique d’une compression fonctionnelle et à détecter une lésion de la paroi artérielle.
Une revue publiée en 2024 rappelle que l’histoire clinique, l’examen, l’index cheville-bras et l’imagerie dynamique ou statique doivent être interprétés ensemble. Une revue systématique plus récente confirme aussi l’hétérogénéité des critères utilisés dans la littérature et la nécessité d’une évaluation individualisée. [1] [4]
Pourquoi le diagnostic précoce est-il important ?
Une compression répétée de l’artère peut irriter sa paroi et favoriser avec le temps un rétrécissement, une thrombose ou une dilatation anormale. Lorsque l’artère est déjà endommagée, la situation devient plus complexe qu’une simple compression fonctionnelle intermittente.
La prise en charge dépend du type de PAES, de la présence de lésions artérielles, de la sévérité des symptômes et de l’anatomie. Dans les formes anatomiques symptomatiques, une décompression chirurgicale peut être envisagée. Si l’artère est lésée, une réparation ou une reconstruction peut être nécessaire.
Les données contemporaines suggèrent que la chirurgie est fréquemment associée à une amélioration des symptômes dans les formes appropriées, mais les études restent hétérogènes et les résultats dépendent beaucoup de la sélection des patients. [3] [8]
Rôle réaliste de l’ostéopathie
L’ostéopathe ne pose pas de diagnostic médical de PAES. L’ostéopathie ne peut pas libérer durablement une artère comprimée par une anomalie anatomique ni réparer une paroi artérielle lésée. Un travail profond de la fosse poplitée ne constitue pas un traitement du PAES.
Le rôle du praticien manuel est avant tout de reconnaître un tableau qui ne correspond pas à une simple douleur musculaire. Une crampe reproductible à l’effort accompagnée d’un pied froid, d’une pâleur, d’un engourdissement ou d’une faiblesse doit conduire à une évaluation vasculaire.
Après un diagnostic établi et une prise en charge spécialisée, l’ostéopathe peut éventuellement participer à la reprise fonctionnelle en travaillant sur la mobilité générale et le retour progressif aux activités, mais uniquement dans les limites fixées par l’équipe médicale.
Drapeaux rouges
Une évaluation urgente est nécessaire devant :
- un pied soudainement froid ou pâle ;
- une douleur intense de jambe apparue brutalement ;
- une disparition nouvelle d’un pouls distal ;
- une faiblesse importante et récente du pied ;
- un engourdissement qui progresse rapidement ;
- une douleur de repos croissante ;
- un changement de couleur persistant ;
- un gonflement important et unilatéral du mollet.
Ces signes peuvent indiquer une ischémie aiguë ou une thrombose et nécessitent une prise en charge médicale immédiate. [10] [11]
Un mollet gonflé d’un seul côté avec essoufflement ou douleur thoracique nécessite un appel aux services d’urgence : une embolie pulmonaire doit être envisagée. [11]
Quand consulter en dehors d’une urgence ?
Une douleur du mollet qui revient lors de plusieurs séances, apparaît progressivement plus tôt ou impose de réduire les activités mérite un rendez-vous médical. Consultez également si les épisodes associent des changements de température, de couleur, des engourdissements ou une récupération de plus en plus lente, même si l’examen paraît normal au repos. Le médecin peut organiser un avis de médecine vasculaire ou de chirurgie vasculaire selon les signes. Notez la durée avant les symptômes, leur localisation et le délai de récupération ; ne provoquez pas volontairement un nouvel épisode pour tester la circulation. [1] [7]
Ces critères concernent les symptômes intermittents sans signe aigu. Une douleur brutale importante, un pied froid ou pâle persistant ou une faiblesse nouvelle impose une évaluation urgente, sans attendre le rendez-vous.
Retour à l’activité
Le retour à la course ou à un sport intense dépend du diagnostic précis et de l’état de l’artère. Une amélioration temporaire après repos ne suffit pas à confirmer que le problème est réglé.
Après prise en charge, la progression doit être graduelle et guidée par l’absence de signes d’ischémie. Une réapparition de crampe, de froideur, de pâleur ou de paresthésies pendant l’effort impose l’arrêt et une réévaluation. [3]
Des critères de reprise décidés avec l’équipe
Avant la reprise, l’équipe précise quelles activités sont autorisées, si un contrôle vasculaire est nécessaire et quels symptômes imposent l’arrêt. On commence par une activité et une durée tolérées, puis on augmente une variable à la fois : durée, intensité ou fréquence. L’absence de douleur à une seule séance ne suffit pas à garantir une circulation normale. La progression tient aussi compte de l’état artériel, d’une éventuelle intervention et des résultats du suivi.
Le renforcement et le travail d’endurance ne remplacent pas le traitement d’une compression symptomatique. Ils peuvent faire partie de la réadaptation après accord médical. Une reprise de crampe avec froideur, pâleur, paresthésies ou faiblesse entraîne l’arrêt de l’effort et un contact avec l’équipe ; des symptômes persistants nécessitent une évaluation urgente. Aucun délai universel de retour à la course ne convient à toutes les formes de PAES. [3] [8]
À retenir
Une douleur reproductible du mollet ne doit pas être attribuée automatiquement aux muscles lorsque des signes circulatoires l’accompagnent. Un examen normal au repos ne suffit pas à exclure une compression dynamique. L’orientation médicale, la concordance des examens et une reprise autorisée par l’équipe spécialisée priment sur une promesse de libération des tissus.
Références scientifiques
- [1] Neubauer TM, Chin JJ, Hill RD, Hu YE. Popliteal Artery Entrapment Syndrome: Updates for Evaluation, Diagnosis, and Treatment. Current Sports Medicine Reports. 2024;23(9):310–315. doi:10.1249/JSR.0000000000001194. Source
- [2] Gonzalez-Urquijo M, et coll. Popliteal Artery Entrapment Syndrome: A Review of Current Concepts. The American Surgeon. 2026;92(3):991–998. doi:10.1177/00031348251391843. Source
- [3] Cui HJ, Wu YF. Popliteal Artery Entrapment Syndrome: A Systematic Review of Contemporary Management and Outcome Reporting. Journal of Endovascular Therapy. Publication en ligne, 28 avril 2026. doi:10.1177/15266028261439586. Source
- [4] Barrett DW, Carreira J, Bowling FL, Wolowczyk L, Rogers SK. Improving duplex ultrasound methods for diagnosing functional popliteal artery entrapment syndrome. Scandinavian Journal of Medicine & Science in Sports. 2024;34(3):e14592. doi:10.1111/sms.14592. Source
- [5] Altintas U, et coll. Popliteal artery entrapment syndrome: ultrasound imaging, intraoperative findings, and clinical outcome. Vascular and Endovascular Surgery. 2013;47(7):513–518. doi:10.1177/1538574413495466. Source
- [6] Lane R, et coll. Functional popliteal entrapment syndrome in the sportsperson. European Journal of Vascular and Endovascular Surgery. 2012;43(1):81–87. doi:10.1016/j.ejvs.2011.10.013. Source
- [7] Bradshaw S, et coll. Popliteal artery entrapment syndrome. Cardiovascular Diagnosis and Therapy. 2021;11(5):1159–1167. doi:10.21037/cdt-20-186. Source
- [8] Shahi N, et coll. Functional Popliteal Artery Entrapment Syndrome: A Review of Diagnosis and Management. Annals of Vascular Surgery. 2019;59:259–267. doi:10.1016/j.avsg.2018.12.105. Source
- [9] Aboyans V, et coll. Measurement and interpretation of the ankle-brachial index: a scientific statement from the American Heart Association. Circulation. 2012;126(24):2890–2909. doi:10.1161/CIR.0b013e318276fbcb. Source
- [10] Björck M, et coll. Editor’s Choice – European Society for Vascular Surgery (ESVS) 2020 Clinical Practice Guidelines on the Management of Acute Limb Ischaemia. European Journal of Vascular and Endovascular Surgery. 2020;59(2):173–218. doi:10.1016/j.ejvs.2019.09.006. Source
- [11] NHS. DVT (deep vein thrombosis). Mise à jour : 30 avril 2026. Source
- [12] Vogels S, et coll. Clinical Consensus on Diagnosis and Treatment of Patients with Chronic Exertional Compartment Syndrome of the Leg: A Delphi Analysis. Sports Medicine. 2022;52(12):3055–3064. doi:10.1007/s40279-022-01729-5. Source



















