Comprendre les tendons glutéaux et adapter la charge sans réduire toute douleur à la bourse
Une douleur sur le côté de la hanche est encore souvent appelée « bursite trochantérienne ». Pourtant, la recherche moderne montre qu’une grande partie de ces douleurs correspond plutôt à un ensemble appelé syndrome douloureux du grand trochanter, dans lequel les tendons glutéaux jouent souvent un rôle important.
La bourse peut être impliquée, mais elle n’est pas toujours la structure principale. Cette distinction est importante, car le traitement d’une tendinopathie glutéale ne se résume pas à « diminuer l’inflammation ». La gestion de la compression, la force de la hanche, les habitudes de sommeil et la progression de charge sont centrales.

Anatomie et examen clinique : repères pratiques
L’anatomie de la région associe les insertions des moyen et petit fessiers, le grand trochanter, les bourses et les tissus latéraux. L’examen clinique compare la douleur habituelle, la marche, l’appui unipodal, la mobilité et la résistance en abduction. La palpation latérale est utile mais insuffisante seule. Le diagnostic différentiel inclut arthrose, douleur référée lombaire, atteinte nerveuse et, selon le contexte, fracture ou lésion tendineuse importante. Une douleur latérale n’autorise donc pas à conclure automatiquement à une tendinopathie. L’imagerie devient utile si le tableau est atypique, si une rupture est suspectée ou si l’évolution ne correspond pas au bilan initial.
| Profil | Hypothèse à examiner | Adaptation possible après bilan |
|---|---|---|
| Douleur latérale au décubitus et aux escaliers | Syndrome douloureux du grand trochanter | Réduire temporairement les compressions et doser la charge |
| Douleur surtout inguinale avec mobilité réduite | Atteinte intra-articulaire possible | Évaluer hanche et fonction globale |
| Douleur après chute et appui impossible | Fracture possible | Évaluation urgente ; pas d’exercice forcé |
Où se situe la douleur?
La douleur est généralement ressentie sur la face latérale de la hanche, près du grand trochanter.
Elle peut parfois descendre le long de la face externe de la cuisse, mais elle ne suit pas nécessairement un trajet nerveux précis.
Les patients décrivent souvent :
- douleur en dormant sur le côté;
- douleur en montant les escaliers;
- douleur lors de longues marches;
- douleur en restant debout sur une jambe;
- sensibilité lorsqu’on appuie sur le côté de la hanche.
Pourquoi ce n’est pas toujours une bursite?
Historiquement, la douleur latérale de hanche était souvent attribuée à une inflammation de la bourse trochantérienne.
Les études d’imagerie et les travaux cliniques ont montré que les tendons du moyen et du petit fessier sont fréquemment concernés, parfois avec des changements de la bourse associés.
Le terme « syndrome douloureux du grand trochanter » reflète mieux cette diversité.
Qu’est-ce qu’une tendinopathie glutéale?
Les tendons des muscles moyen et petit fessier s’attachent près du grand trochanter.
Ils doivent supporter des charges importantes lors de la marche, de la course et de l’appui sur une jambe.
Lorsque la charge dépasse la capacité du tendon pendant une période prolongée, la région peut devenir douloureuse et moins tolérante.
Pourquoi la compression compte-t-elle?
Les tendons glutéaux peuvent être comprimés contre le grand trochanter lorsque la hanche est fortement en adduction.
Des situations courantes augmentent cette compression :
- dormir directement sur le côté douloureux;
- croiser fortement les jambes;
- rester debout en se déhanchant sur une seule jambe;
- s’asseoir avec les genoux très rapprochés.
Chez un tendon irritable, réduire temporairement ces positions peut aider.
Faut-il éviter toute adduction?
Non.
L’objectif n’est pas d’interdire les mouvements naturels de la hanche.
Il s’agit plutôt de diminuer temporairement les expositions prolongées et compressives qui reproduisent fortement la douleur, puis de restaurer progressivement la tolérance.
Pourquoi dormir sur le côté est-il si douloureux?
Le poids du corps comprime directement les tissus latéraux contre le matelas.
Dormir sur le côté opposé peut aussi placer la hanche supérieure en adduction si la jambe tombe vers l’avant.
Un oreiller entre les genoux peut réduire cette compression chez certaines personnes.
Le sommeil fait-il partie du traitement?
Oui.
Une douleur nocturne répétée peut perturber le sommeil, et un mauvais sommeil peut à son tour augmenter la sensibilité à la douleur.
Améliorer la position nocturne peut donc avoir un effet plus large que simplement « protéger le tendon ».
Pourquoi les escaliers peuvent-ils faire mal?
Monter les escaliers augmente la demande sur les abducteurs de hanche.
Si les tendons glutéaux ont une capacité réduite, cette charge peut déclencher la douleur.
Le même phénomène peut apparaître en montée, en marche rapide ou lors d’un appui unipodal prolongé.
La faiblesse de hanche est-elle la cause?
Pas nécessairement.
Une faiblesse peut être présente, mais elle peut aussi être une conséquence de la douleur et de la diminution d’activité.
Il est plus utile de parler de capacité fonctionnelle que de chercher une cause unique.
Quels exercices sont utiles?
Les programmes peuvent inclure :
- abduction isométrique;
- ponts;
- abduction debout;
- step-up;
- marches latérales avec résistance;
- travail unipodal;
- progression vers course ou saut lorsque pertinent.
La charge doit être adaptée au niveau d’irritabilité.
Que montrent les données récentes?
Les revues récentes soutiennent l’éducation et l’exercice comme approche centrale de la tendinopathie glutéale.
Une méta-analyse de 2025 a trouvé des bénéfices sur la douleur et la fonction, et une autre revue en réseau a identifié l’exercice comme l’une des interventions les plus efficaces pour le syndrome douloureux du grand trochanter.
Les résultats doivent néanmoins être interprétés avec prudence en raison du nombre encore limité d’essais de haute qualité.
Quelle place pour le traitement manuel?
Le traitement manuel peut aider à diminuer temporairement la douleur, améliorer le confort et traiter une limitation de mobilité pertinente.
Mais il ne doit pas devenir le traitement principal d’une tendinopathie qui nécessite une adaptation de charge.
L’ostéopathe peut travailler la région lombopelvienne ou la hanche si cela modifie clairement le symptôme, mais sans invoquer automatiquement un bassin déplacé.
Faut-il masser directement le tendon douloureux?
Pas nécessairement.
Une pression importante sur une région déjà comprimée et sensible peut augmenter les symptômes.
Le traitement doit être confortable et orienté vers la fonction.
Et les étirements des fessiers?
Les étirements en forte adduction peuvent augmenter la compression des tendons glutéaux.
Chez une personne très irritable, il peut être préférable de les réduire temporairement.
Cela ne signifie pas que l’étirement est toujours interdit; il doit simplement être adapté.
Comment distingue-t-on ce problème d’une arthrose de hanche?
L’arthrose produit plus souvent une douleur profonde dans l’aine, une perte de rotation et une difficulté à mettre chaussures ou chaussettes.
La douleur latérale isolée, aggravée par le décubitus latéral et sensible au grand trochanter, oriente davantage vers un syndrome douloureux latéral.
Les deux peuvent toutefois coexister.
Et si la douleur vient du dos?
Une radiculopathie lombaire ou une douleur référée peut être ressentie dans la région de la hanche.
Une douleur accompagnée d’engourdissement, faiblesse, symptômes sous le genou ou forte influence des mouvements lombaires nécessite un examen neurologique.
Comment le diagnostic clinique est-il amélioré?
Une revue systématique de 2024 sur les tests diagnostiques montre qu’une combinaison de palpation du grand trochanter et de tests de mise en charge des tendons peut aider à confirmer ou réduire la probabilité d’un syndrome douloureux du grand trochanter.
Il est préférable d’utiliser plusieurs éléments plutôt qu’un seul test.
Quand l’imagerie est-elle utile?
L’imagerie n’est pas toujours nécessaire.
Elle peut être utile lorsque le diagnostic est incertain, lorsque les symptômes persistent malgré une prise en charge adéquate ou lorsqu’une rupture tendineuse importante, une pathologie osseuse ou une autre cause est suspectée.
Des anomalies tendineuses peuvent aussi être présentes chez des personnes sans douleur.
Quand consulter rapidement?
Une évaluation médicale est indiquée en présence de :
- traumatisme important;
- incapacité à prendre appui;
- fièvre et hanche très douloureuse;
- douleur osseuse progressive;
- faiblesse neurologique;
- perte de poids inexpliquée;
- douleur nocturne inhabituelle non positionnelle.
Quelle place pour l’ostéopathie?
L’ostéopathe peut apporter une prise en charge cohérente s’il combine :
- diagnostic différentiel;
- éducation sur la compression;
- traitement manuel complémentaire;
- renforcement progressif;
- gestion du sommeil;
- progression de marche ou de sport.
Pourquoi la position debout “sur une hanche” peut-elle entretenir les symptômes?
Se tenir longtemps en appui sur une seule jambe avec le bassin décalé peut placer la hanche en adduction et augmenter la compression latérale. Cette position n’est pas interdite, mais la répéter pendant de longues périodes peut être irritante chez une personne symptomatique.
Le conseil n’est pas de rester parfaitement symétrique, mais de varier les appuis et d’éviter temporairement les positions qui reproduisent fortement la douleur.
Comment suivre la récupération?
Des indicateurs simples comprennent la durée de marche, la qualité du sommeil sur le côté, la capacité à monter les escaliers et la force en appui unipodal.
Une diminution de la sensibilité à la palpation peut être intéressante, mais elle compte moins que la récupération des activités quotidiennes.
Pourquoi l’amélioration prend-elle parfois plusieurs mois?
Les tendons s’adaptent lentement. Une baisse rapide de douleur ne signifie pas que la capacité est entièrement revenue, et une douleur fluctuante ne signifie pas que le tendon se détériore.
La progression doit être jugée sur plusieurs semaines, avec une augmentation graduelle de force et d’activité.
Repères scientifiques : ce que les données permettent de conclure
La revue de Grimaldi décrit le rôle conjoint de la charge tendineuse et de la compression dans la compréhension clinique. [1] La méta-analyse des tests soutient une combinaison de constatations ; aucun signe ne doit être interprété hors contexte. [2]
L’essai de Mellor soutient une éducation à la charge associée à l’exercice, avec des résultats suivis à moyen et long terme. [3] La synthèse de 2024 retrouve des bénéfices de l’exercice sur la douleur et la fonction, avec des différences entre programmes. [4]
La revue de 2025 confirme l’intérêt d’une lecture critique des essais, plutôt que d’une promesse de protocole universel. [5] La méta-analyse en réseau compare des traitements hétérogènes ; son classement n’est pas une garantie individuelle. [6]
Les recommandations sur l’arthrose aident à distinguer une pathologie de hanche coexistante et à adapter l’activité. [7] La revue des imitateurs de radiculopathie rappelle que symptômes latéraux, lombaires et tendineux peuvent se chevaucher. [8]
Le sommeil et la douleur s’influencent ; améliorer le confort nocturne est utile sans affirmer qu’il répare le tendon. [9] Les mécanismes manuels proposés ne démontrent pas une réparation spécifique des insertions glutéales. [10]
Drapeaux rouges : urgence ou bilan planifié ?
Une douleur aiguë après chute, l’impossibilité de prendre appui ou une déformation nécessite un bilan urgent. Une hanche très douloureuse avec fièvre ou altération générale appelle aussi une évaluation rapide. Une faiblesse nouvelle importante, une boiterie qui s’aggrave ou une douleur progressive inexpliquée justifie un avis médical. Une douleur nocturne uniquement en appui latéral n’a pas la même signification qu’une douleur constante, indépendante des positions et accompagnée de signes généraux.
Réadaptation et suivi : mesurer une fonction utile
La réadaptation adapte d’abord les activités les plus irritantes, puis augmente la résistance et la durée des tâches. On suit marche, escaliers et sommeil, ainsi que la réaction le lendemain. Un oreiller entre les genoux peut améliorer le confort chez certaines personnes ; il n’est pas obligatoire si la position reste confortable. L’ostéopathie peut soutenir la mobilité et le confort, sans pression douloureuse répétée sur l’insertion ni promesse de réalignement du bassin.
Conclusion
Une douleur sur le côté de la hanche n’est pas toujours une bursite. Les tendons glutéaux sont souvent impliqués et peuvent être sensibles à la combinaison de charge et de compression.
L’éducation, la réduction temporaire des positions très compressives et le renforcement progressif constituent le cœur de la prise en charge. L’ostéopathie peut compléter cette stratégie par le traitement manuel et l’analyse fonctionnelle, sans prétendre simplement “remettre le bassin en place”.
Références
- Grimaldi A, et al. Gluteal Tendinopathy: Integrating Pathomechanics and Clinical Features in Its Management. 2015.
- Kinsella R, et al. Diagnostic Accuracy of Clinical Tests for Assessing Greater Trochanteric Pain Syndrome: A Systematic Review With Meta-analysis. 2024.
- Mellor R, et al. Education plus exercise versus corticosteroid injection use versus a wait and see approach on global outcome and pain from gluteal tendinopathy: randomised clinical trial. 2018.
- Exercise compared to a control condition or other conservative treatment options in patients with Greater Trochanteric Pain Syndrome: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. 2024.
- The efficacy of gluteal tendinopathy treatments: a systematic review. 2025.
- Wang SQ, et al. Effect of conservative treatment on greater trochanteric pain syndrome: a systematic review and network meta-analysis of randomized controlled trials. 2025.
- NICE NG226. Osteoarthritis in over 16s: diagnosis and management.
- Bateman EA, et al. Musculoskeletal mimics of lumbosacral radiculopathy. 2025.
- Runge N, et al. The bidirectional relationship between sleep problems and chronic musculoskeletal pain: a systematic review with meta-analysis. 2024.
- Keter DL, et al. The mechanisms of manual therapy: A living review of systematic, narrative, and scoping reviews. 2025.



















