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Arthrose : peut-on la prévenir ? Facteurs de risque et protection des articulations

Réduire certains risques et préserver la fonction sans promettre une protection absolue

L’arthrose n’est ni une simple « usure » ni une conséquence inévitable du vieillissement. Il s’agit d’une maladie de l’ensemble de l’articulation qui touche notamment le cartilage, l’os sous-chondral, la synoviale, les ligaments et les muscles. L’âge, la génétique et certaines caractéristiques anatomiques ne sont pas modifiables, mais plusieurs facteurs sur lesquels il est possible d’agir influencent le risque d’arthrose et surtout son retentissement.

Peut-on vraiment prévenir l’arthrose ?

Il serait excessif de promettre qu’une stratégie empêche l’arthrose. En revanche, il est raisonnable de parler de réduction du risque, de protection fonctionnelle et de ralentissement de certaines conséquences. Les recommandations actuelles insistent sur l’exercice thérapeutique, la gestion du poids lorsque nécessaire et l’éducation du patient.

Activité physique et santé articulaire

1. Bouger régulièrement

L’activité physique n’« use » pas automatiquement les articulations. Chez la plupart des gens, une activité adaptée améliore la force, la capacité cardiovasculaire, la confiance dans le mouvement et la fonction. Pour les personnes qui ont déjà de l’arthrose, le NICE recommande un exercice thérapeutique adapté comprenant renforcement local et activité aérobie.

Le meilleur programme est celui qui peut être maintenu : marche, vélo, natation, exercices aquatiques, entraînement en résistance ou combinaison de plusieurs modalités. Une augmentation temporaire de la douleur au début d’un programme ne signifie pas nécessairement que l’articulation est endommagée; la progression doit toutefois rester graduelle.

2. Maintenir ou retrouver un poids favorable à la santé

Le surpoids et l’obésité augmentent particulièrement le risque et les symptômes de l’arthrose du genou. Le mécanisme n’est pas seulement mécanique : des facteurs métaboliques participent également au processus. Chez une personne atteinte d’arthrose et vivant avec un excès de poids, même une perte pondérale modeste peut améliorer la fonction et la douleur. Les recommandations NICE indiquent qu’une perte de 10 % du poids corporel apporte généralement plus de bénéfices qu’une perte de 5 %, tout en soulignant que toute perte réaliste peut être utile.

3. Prévenir les traumatismes importants

Une blessure majeure du genou, notamment du ligament croisé antérieur ou du ménisque, augmente le risque d’arthrose post-traumatique. La prévention des blessures sportives repose surtout sur la préparation neuromusculaire, la force, la technique, la gestion des charges et des programmes spécifiques dans les sports à risque. Lorsqu’une blessure survient, une rééducation adéquate vise à restaurer la fonction plutôt qu’à simplement attendre que la douleur disparaisse.

4. Renforcer les muscles qui contrôlent l’articulation

La force musculaire aide à absorber les charges et à maintenir la fonction. Pour le genou, les quadriceps et les muscles de la hanche sont particulièrement importants; pour la hanche, les abducteurs et extenseurs contribuent au contrôle du membre inférieur. Il n’existe toutefois pas un seul exercice « protecteur » universel : la progression, la régularité et l’adaptation aux capacités de la personne comptent davantage.

5. Alimentation et suppléments : rester prudent

Et l’ostéopathie ?

Pour l’arthrose de la hanche ou du genou, la thérapie manuelle peut être envisagée en complément de l’exercice. Les recommandations NICE précisent qu’il n’existe pas suffisamment de preuves pour la proposer seule comme traitement de l’arthrose. L’objectif réaliste d’un traitement manuel est donc de faciliter le mouvement, réduire temporairement certains symptômes et aider la personne à rester active — non de « remettre le cartilage en place » ou d’inverser la maladie.

Quand consulter ?

Une articulation chaude et très gonflée, une douleur brutale après un traumatisme, de la fièvre, une incapacité soudaine à prendre appui, une douleur nocturne inhabituelle ou une aggravation rapide justifient une évaluation médicale. Chez une personne de plus de 45 ans ayant une douleur liée à l’activité et une raideur matinale de moins de 30 minutes, l’arthrose peut souvent être diagnostiquée cliniquement sans imagerie systématique.

Arthrose : agir sur les risques modifiables : Bouger ; Prévenir ; Consulter
Arthrose : agir sur les risques modifiables. Repères éducatifs ; illustration Osteomag.

Anatomie et mécanismes : préserver une articulation vivante

Le cartilage n’est qu’une composante de l’articulation. L’os sous-chondral, la membrane synoviale, les ligaments et les muscles participent à son fonctionnement. L’arthrose résulte de processus multiples : l’âge, les antécédents, la biologie et les contraintes interagissent. La décrire comme l’usure inévitable d’un roulement mécanique rend mal compte de cette complexité et peut décourager une activité utile.

Prévenir peut signifier diminuer la probabilité d’une maladie, limiter certaines blessures ou maintenir la fonction lorsqu’une arthrose est déjà présente. Ces objectifs sont différents. Un programme qui améliore la force ou la marche ne démontre pas automatiquement qu’il empêche les changements visibles à la radiographie. La prise en charge doit annoncer ce qu’elle vise réellement : capacité, confort et réduction de risques modifiables, sans garantie de conserver des articulations sans arthrose toute la vie. [2]

Facteurs de risque : distinguer association et action possible

L’âge, certains antécédents familiaux et des particularités anatomiques ne se modifient pas par une séance. Le poids, les blessures antérieures et certaines expositions professionnelles peuvent être associés à l’arthrose, surtout dans les études sur le genou. Une association observée dans une population ne permet pas de prédire précisément ce qui arrivera à une personne. Elle ne justifie pas non plus de culpabiliser quelqu’un pour une maladie multifactorielle. [4]

Les études à long terme sur les contraintes professionnelles rappellent que l’environnement compte : port répété de charges, tâches physiques exigeantes et récupération insuffisante peuvent s’associer au risque. Les solutions ne reposent donc pas seulement sur la posture individuelle ; l’organisation, les aides matérielles et l’adaptation des tâches peuvent être pertinentes. Ces données concernent des groupes et des expositions précises, pas l’interdiction générale de se pencher ou de s’agenouiller. [7]

Prévenir les blessures : un levier distinct de la prévention de l’arthrose

Une lésion importante du genou, notamment ligamentaire ou méniscale, augmente le risque ultérieur d’arthrose. Une reconstruction ligamentaire peut être indiquée pour la stabilité, mais elle ne garantit pas l’absence d’arthrose à long terme. Les décisions doivent intégrer les objectifs sportifs et fonctionnels plutôt qu’une promesse de protection complète. [6]

Des programmes structurés de prévention des blessures associent selon le sport du renforcement, du contrôle des réceptions, de l’équilibre et des changements de direction. Leur efficacité dépend du contenu, de la pratique régulière et du contexte. Ils ne se limitent pas à un étirement ou à une correction de l’alignement. Les recommandations dédiées à la prévention du genou soutiennent cette démarche, tout en évitant de confondre réduction des blessures et preuve directe d’une prévention de toute arthrose future. [5]

Activité physique et rééducation : construire une réserve fonctionnelle

L’activité physique favorise la santé générale et aide à maintenir force et endurance. Elle peut être adaptée à la condition de départ ; une personne peu active n’a pas besoin d’atteindre immédiatement un objectif élevé pour commencer. Marcher par séquences courtes, pédaler ou pratiquer une activité appréciée sont des options, selon la tolérance et l’accès. Le choix doit être faisable dans la durée. [8]

Si une arthrose est déjà symptomatique, les exercices thérapeutiques peuvent être organisés à partir d’un bilan. Le programme associe souvent renforcement et tâches fonctionnelles, avec progression graduelle. Un professionnel aide à ajuster la difficulté en cas de poussée ou de comorbidité. Il n’existe pas un exercice préventif universel qui reconstruise toutes les articulations ; les objectifs et les résultats doivent rester spécifiques à la situation. [3]

Symptômes, examen clinique et diagnostic différentiel

Une douleur persistante, une raideur ou une limitation de mouvement méritent un bilan lorsqu’elles gênent les activités. Tous les bruits articulaires ne sont pas des signes de maladie, et toutes les douleurs ne sont pas une arthrose. Un problème tendineux, une lésion après traumatisme, une arthrite inflammatoire ou une infection peuvent produire des symptômes partiellement semblables. La localisation et l’évolution aident à orienter le raisonnement.

L’ostéopathe ne pose pas le diagnostic médical et ne prédit pas une arthrose future à partir d’un bassin asymétrique ou d’un test de mobilité. Le bilan médical confronte l’histoire et l’examen ; la physiothérapie peut ensuite préciser les capacités et les besoins d’exercice. Les données de la recommandation sur la hanche s’appliquent à cette articulation et ne doivent pas être copiées sans adaptation au genou ou à la main. [9]

Imagerie : dépister sans symptôme n’est pas toujours utile

Une radiographie n’est pas un bilan préventif systématique pour toute personne qui souhaite protéger ses articulations. Dans une présentation typique d’arthrose, le diagnostic peut être clinique ; l’imagerie est discutée lorsqu’elle peut modifier le raisonnement ou le traitement. Les changements structurels ne correspondent pas exactement au niveau de douleur et ne suffisent pas à définir les activités autorisées. [1]

Un contrôle répété d’images sans nouvelle question peut détourner l’attention de la fonction. Des repères comme la marche, les escaliers ou l’usage de la main permettent de suivre une évolution utile. À l’inverse, une douleur inhabituelle après un choc, une dégradation rapide ou une suspicion d’autre maladie peut imposer des examens. L’objectif n’est ni de tout imager ni de tout expliquer par des tensions : le choix dépend de la situation clinique.

Signes d’alerte : quand référer rapidement

Une articulation brutalement très douloureuse, chaude et gonflée, surtout avec fièvre ou malaise, exige une évaluation urgente pour rechercher notamment une infection. Après une chute ou un choc, une déformation ou l’impossibilité de prendre appui ou d’utiliser le membre doivent aussi être évaluées rapidement. L’absence de fièvre ne suffit pas toujours à écarter une infection chez une personne fragile. [10]

Une raideur prolongée au réveil, plusieurs articulations gonflées, un amaigrissement inexpliqué ou une douleur nocturne inhabituelle justifient un avis médical. Une faiblesse neurologique nouvelle ou des troubles de sensibilité changent également les hypothèses. La prévention ne doit pas devenir un motif pour retarder ce bilan en proposant d’abord une série de séances. Un changement net des symptômes connus mérite d’être signalé, même chez une personne déjà suivie pour arthrose.

Place de l’ostéopathie et décisions durables

L’ostéopathie ne démontre pas qu’elle prévient l’apparition de l’arthrose par des corrections régulières. Une intervention complémentaire peut éventuellement contribuer au confort, mais elle ne remplace pas le renforcement, l’adaptation des activités ou le bilan médical. Les explications de bassin décalé ou d’articulation mal centrée ne doivent pas être utilisées pour annoncer une usure future certaine.

Les décisions durables partent d’actions accessibles : pratiquer régulièrement une activité choisie, préparer les efforts sportifs, aménager une exposition professionnelle difficile et demander de l’aide si une douleur limite la vie. Une gestion du poids, lorsqu’elle est pertinente, doit être accompagnée et non punitive. Les résultats sont appréciés sur la fonction et la qualité de vie, sans promettre une suppression de tous les risques. Une stratégie de prévention utile augmente les possibilités d’agir plutôt que la peur d’abîmer chaque articulation.

Tableau pratique : choisir la prochaine étape

SituationPrioritéPrécaution
Pas de symptôme, souhait de préventionActivité régulière et prévention des blessuresPas de radiographie ou correction manuelle systématique
Arthrose symptomatique connueProgramme actif individualiséMesurer la fonction et adapter la progression
Articulation chaude, douleur brutale ou appui impossibleÉvaluation médicale rapide ou urgenteNe pas assimiler automatiquement à une poussée d’arthrose

Pour approfondir

Références

  1. NICE NG226. Osteoarthritis in over 16s: diagnosis and management.
  2. EULAR recommendations for the non-pharmacological core management of hip and knee osteoarthritis: 2023 update. 2024.
  3. Recommendations for the delivery of therapeutic exercise for people with knee and/or hip osteoarthritis. OARSI Rehabilitation Discussion Group. 2023.
  4. Blagojevic et al. Risk factors for onset of osteoarthritis of the knee in older adults: systematic review and meta-analysis. 2010.
  5. Arundale et al. Exercise-Based Knee and Anterior Cruciate Ligament Injury Prevention: clinical practice guideline. 2018.
  6. Webster and Hewett. Anterior Cruciate Ligament Injury and Knee Osteoarthritis: umbrella systematic review and meta-analysis. 2021.
  7. Obesity, physically demanding work and traumatic knee injury are major risk factors for knee osteoarthritis: population-based 22-year follow-up. 2010.
  8. WHO. Guidelines on physical activity and sedentary behaviour. 2020.
  9. Hip Pain and Mobility Deficits—Hip Osteoarthritis: Revision 2025. Clinical practice guideline.
  10. Guideline for management of septic arthritis in native joints (SANJO). 2023.
Bandeau original Osteomag aux lignes fluides évoquant la respiration et les fascias