Chez un adolescent qui boite, penser à la hanche et interrompre l’appui dès la suspicion
L’épiphysiolyse fémorale supérieure (EFS), appelée en anglais slipped capital femoral epiphysis (SCFE), survient lorsque l’épiphyse de la tête fémorale glisse au niveau du cartilage de croissance. Elle touche surtout les adolescents et constitue une urgence orthopédique : dès qu’elle est suspectée, l’appui doit être interrompu et l’enfant doit être référé rapidement pour fixation chirurgicale [1].
Anatomie et mécanismes : comprendre les structures concernées
La tête fémorale forme la partie arrondie de l’articulation de hanche. Chez l’adolescent, elle reste séparée du col par un cartilage de croissance, ou physe. Dans l’épiphysiolyse, cette zone perd sa résistance et le col se déplace relativement à l’épiphyse. Dire que la tête « glisse » simplifie cette relation ; elle demeure souvent contenue dans le cotyle tandis que le rapport tête-col se modifie. Ce n’est pas un muscle raccourci ni une articulation qu’un soin manuel pourrait replacer. [2] [3]
La vascularisation de la tête fémorale explique une partie de la gravité des formes instables. Un déplacement et les contraintes associées peuvent compromettre cet apport sanguin. La stabilité clinique, l’importance du glissement et la maturité osseuse interviennent dans les décisions chirurgicales. Une forme dite stable signifie que l’adolescent pouvait encore marcher avant l’évaluation ; cela n’autorise pas à maintenir l’appui après la suspicion. Un glissement lent peut s’aggraver brutalement, et l’objectif immédiat reste de protéger la hanche jusqu’à l’avis orthopédique. [1] [2] [4]

Comment se manifeste-t-elle ?
- douleur de hanche ou de l’aine;
- douleur parfois ressentie uniquement à la cuisse ou au genou;
- boiterie;
- pied qui tourne davantage vers l’extérieur;
- diminution de la rotation interne de hanche;
- dans une forme instable, incapacité soudaine à prendre appui.
Le fait que la douleur puisse se présenter au genou est une cause classique de retard diagnostique. Chez un adolescent qui boite sans lésion évidente du genou, la hanche doit être examinée.
Qui est à risque ?
L’EFS apparaît pendant la période de croissance rapide. L’obésité est un facteur de risque important. Certaines maladies endocriniennes ou rénales peuvent aussi augmenter le risque, surtout lorsque l’âge ou la présentation est atypique. Un glissement peut être bilatéral, parfois à des moments différents.
Que faire immédiatement ?
La revue de preuves de 2025 est explicite : lorsqu’une EFS est suspectée, le patient doit être mis immédiatement sans appui et adressé en urgence à l’orthopédie pour fixation [1]. Faire marcher l’adolescent pour « tester » la hanche ou pratiquer des manipulations forcées peut aggraver le glissement.
Diagnostic
Les radiographies du bassin et des hanches confirment généralement le diagnostic. La technique et les incidences dépendent de la stabilité clinique; dans une forme instable, on évite les positions qui pourraient déplacer davantage l’épiphyse. L’IRM peut exceptionnellement aider dans des formes très précoces lorsque la radiographie est non concluante.
Traitement
Le traitement est chirurgical, le plus souvent par fixation in situ afin d’empêcher la progression du glissement. Les stratégies exactes dépendent de la stabilité, de la sévérité et de l’expérience de l’équipe orthopédique. Une complication redoutée est la nécrose avasculaire de la tête fémorale, particulièrement dans les formes instables.
Retour aux activités
Après chirurgie, la reprise de l’appui et du sport est progressive et guidée par l’orthopédiste. La revue 2025 indique qu’un retour progressif aux activités s’étend habituellement sur environ six mois, avec variations selon le glissement et la récupération [1].
Quelle place pour l’ostéopathie ?
Avant stabilisation chirurgicale, aucune manipulation de la hanche n’est indiquée. Après guérison et autorisation médicale, une prise en charge manuelle peut éventuellement compléter la rééducation pour des raideurs ou compensations secondaires, sans chercher à « repositionner » l’épiphyse.

Examen clinique : une douleur de genou peut venir de la hanche
L’entretien précise la durée de la boiterie, une douleur inguinale ou de cuisse, la présence d’une douleur au genou et une éventuelle aggravation récente. L’adolescent peut avoir progressivement réduit ses activités plutôt que signalé une douleur intense. Le parent peut remarquer un pied tourné vers l’extérieur ou une difficulté à monter dans la voiture. L’absence de traumatisme n’est pas rassurante en soi : l’EFS peut apparaître sans accident identifiable. Une douleur attribuée au sport doit être reconsidérée si elle persiste ou modifie la marche. [1] [2]
Le clinicien examine la hanche même lorsque la plainte se situe au genou. La diminution de rotation interne et une rotation externe accompagnant la flexion peuvent orienter, mais il ne faut pas forcer le mouvement pour obtenir un signe. La classification de stabilité repose sur l’histoire fonctionnelle et l’évaluation spécialisée, pas sur un essai de marche imposé au patient. Dès que la suspicion existe, l’examen provocateur s’arrête et l’organisation du transfert devient prioritaire. Des béquilles mal maîtrisées ne remplacent pas un transport sûr, particulièrement si la douleur est importante. [1] [3]
Un contexte inhabituel, par exemple un âge atypique, une petite taille marquée ou des antécédents endocriniens, peut conduire l’équipe médicale à élargir le bilan. Le poids constitue un facteur parmi d’autres et ne doit pas servir à culpabiliser l’adolescent. Des jeunes de morphologies différentes peuvent être concernés. L’information utile est concrète : protéger l’appui, expliquer pourquoi l’évaluation ne peut pas attendre et transmettre les symptômes des deux côtés. Les investigations biologiques éventuelles ne doivent pas retarder la protection de la hanche. [2] [3]
Diagnostic différentiel : ne pas confondre une boiterie avec une simple surcharge
Une synovite transitoire, une infection articulaire, une maladie de Perthes chez un enfant plus jeune, une blessure musculaire ou une lésion osseuse peuvent provoquer une boiterie. Une arthrite septique doit être envisagée particulièrement devant une fièvre, une altération de l’état général et une hanche très douloureuse ; l’absence de fièvre n’élimine toutefois pas toute infection. La distinction exige un examen médical, parfois des analyses et une imagerie. Il n’est pas prudent de choisir un traitement manuel sur la seule localisation de la douleur. [1] [3]
Les douleurs de croissance ne doivent pas expliquer automatiquement une boiterie persistante, une limitation de hanche ou une douleur unilatérale croissante. Une radiographie du genou normale ne renseigne pas suffisamment sur la hanche. Même une première radiographie de hanche peu parlante peut nécessiter un complément lorsque la suspicion clinique demeure. L’IRM peut détecter une atteinte très précoce, mais son indication et son organisation relèvent de l’équipe médicale. Pendant cette recherche, le patient reste protégé sans appui ; attendre un examen ne doit pas devenir une invitation à reprendre le sport. [1] [2] [3]
Signes d’alerte : conduite immédiate et orientation
L’incapacité nouvelle à marcher, une douleur intense de hanche ou de cuisse, une aggravation soudaine et une jambe en rotation externe nécessitent une évaluation urgente. Une suspicion d’EFS, même moins douloureuse, impose elle aussi une orientation orthopédique urgente. On interrompt le sport, l’appui et les essais de mobilité forcée. Si le déplacement est difficile, l’organisation du transport doit limiter les transferts inutiles. Le jeune ne doit pas rejoindre à pied une salle d’imagerie ou retourner en classe en attendant un rendez-vous de routine. [1] [2]
Une fièvre avec boiterie douloureuse, un traumatisme important ou un membre déformé justifient également l’urgence, même si l’EFS n’est pas l’explication finale. Le rôle du praticien est d’expliquer le niveau de suspicion sans prétendre confirmer le diagnostic. Il transmet les signes observés et le moment où la marche est devenue difficile. L’équipe hospitalière décide des incidences radiographiques adaptées ; une position de hanche en « grenouille » n’est pas à imposer dans une forme instable. La sécurité du patient prime sur l’obtention d’une démonstration clinique complète. [1] [2] [4]
Traitement spécialisé : stabiliser sans ajouter de risque
La fixation vise à empêcher un nouveau glissement. Les formes légères et certaines formes modérées sont souvent stabilisées en place, mais les glissements sévères ou instables soulèvent des questions techniques plus complexes. Les consensus et revues montrent que les décisions ne sont pas identiques dans toutes les situations. Les discussions sur la réduction chirurgicale, la décompression ou une correction de déformation appartiennent à une équipe expérimentée ; elles ne justifient jamais une tentative externe de remise en place au cabinet. [4] [5] [6]
La hanche opposée est évaluée car un second glissement peut survenir. Une fixation préventive peut être discutée chez certains jeunes, notamment selon la croissance restante et les facteurs de risque. Elle n’est pas sans complications et ne constitue pas une règle automatique. Les études sur les risques de glissement controlatéral et de fixation préventive soutiennent une décision partagée avec la famille. Si une surveillance est choisie, l’adolescent et ses proches doivent savoir qu’une nouvelle douleur de l’autre hanche, de la cuisse ou du genou nécessite de reprendre contact rapidement. [7] [8] [9]
Réadaptation : reprendre l’appui et le sport selon des critères individualisés
Le programme postopératoire dépend de la stabilité initiale, de la fixation et des éventuels gestes associés. Les consignes d’appui, d’amplitude et de protection sont données par le chirurgien ; elles ne se déduisent pas de la seule disparition de la douleur. L’apprentissage des aides à la marche, les transferts et l’organisation scolaire constituent des premiers objectifs utiles. Une activité du haut du corps ou de l’autre membre ne doit pas entraîner de charge involontaire sur la hanche protégée. L’équipe adapte ces possibilités au contexte réel. [1] [2]
La reprise peut ensuite travailler la mobilité autorisée, la force des muscles de hanche, l’équilibre et la marche sans boiterie. Le sport réintroduit progressivement des contraintes plus élevées. Un délai moyen ne suffit pas à donner une permission individuelle : l’évolution radiographique, la fonction et les consignes orthopédiques comptent. Un conflit fémoro-acétabulaire lié à une déformation résiduelle peut parfois persister et nécessiter un avis spécialisé. Les comparaisons avec un camarade opéré d’une forme différente risquent de créer des attentes inadaptées. [1] [10]
L’ostéopathe ne pose pas le diagnostic médical d’EFS et ne traite pas le cartilage de croissance atteint. Après autorisation médicale, un accompagnement éventuel du confort des régions voisines doit rester secondaire au programme de réadaptation. Une nouvelle douleur profonde, une boiterie qui revient ou une perte d’amplitude exige une réévaluation. Le suivi de croissance peut se prolonger au-delà de la reprise sportive, afin de surveiller les deux hanches et d’identifier les complications. Retrouver une vie active est l’objectif, avec des étapes compatibles avec la sécurité de la tête fémorale. [1] [2] [10]
Tableau pratique : choisir la priorité
| Situation | Priorité | Précaution |
|---|---|---|
| Adolescent qui boite avec douleur hanche, cuisse ou genou | Suspecter une cause de hanche | Interrompre l’appui et orienter en urgence |
| Douleur brutale ou impossibilité de marcher | Évaluation hospitalière urgente | Aucun test de marche forcé |
| Après fixation | Suivi orthopédique et réadaptation | Appui et sport selon autorisation |
Pour approfondir sur Osteomag
Ostéosarcome : douleur osseuse persistante, diagnostic et traitements actuels.
Références
- Slipped Capital Femoral Epiphysis: Rapid Evidence Review. 2025.
- AAOS OrthoInfo. Slipped Capital Femoral Epiphysis.
- Slipped Capital Femoral Epiphysis. StatPearls.
- Treatment of stable slipped capital femoral epiphysis: systematic review. 2017.
- A Delphi consensus study on the treatment of slipped capital femoral epiphysis. 2023.
- Evidence based treatment for unstable slipped upper femoral epiphysis. 2016.
- What are the risks of prophylactic pinning to prevent contralateral SCFE? 2013.
- Prophylactic pinning of the contralateral hip after unilateral SCFE. 2004.
- Fix it or risk it? Revisiting contralateral hip prophylactic fixation. 2025.
- Slipped capital femoral epiphysis: a review of management in the hip impingement era. 2017.


















