Comprendre les mécanismes, reconnaître les alertes et reprendre la charge progressivement
Une douleur à l’aine peut venir d’un muscle, d’un tendon, de la hanche, de la région inguinale ou d’une cause médicale non musculosquelettique. C’est une zone anatomiquement dense où plusieurs structures peuvent produire des symptômes très semblables. La localisation seule ne permet donc pas de poser un diagnostic.
En bref : chez le sportif, le cadre de Doha distingue les douleurs liées aux adducteurs, à l’iliopsoas, à la région inguinale et à la région pubienne, auxquelles s’ajoutent les causes liées à la hanche et les autres diagnostics [1]. Plusieurs mécanismes peuvent coexister chez la même personne : dans une série de 100 sportifs, 44 % présentaient plus d’une entité clinique [2]. Une douleur d’aine importante avec difficulté d’appui, une bosse inguinale douloureuse, des symptômes testiculaires, de la fièvre ou des symptômes abdominaux mérite une évaluation médicale rapide.

Avant tout : où se situe réellement la douleur ?
L’aine correspond à la jonction entre le bas de l’abdomen et le haut de la cuisse. Une douleur peut être superficielle près du pubis, profonde dans l’articulation de la hanche, située dans le canal inguinal ou projetée depuis une autre région. Les circonstances sont souvent plus instructives que l’emplacement exact : sprint, changement de direction, flexion profonde de hanche, toux, port de charge, appui prolongé, course de fond ou douleur au repos.
1. Douleur liée aux adducteurs
Chez le sportif, la douleur liée aux adducteurs est l’une des présentations les plus fréquentes. Selon la classification de Doha, elle est suggérée lorsque la région des adducteurs est sensible à la palpation et que la contraction résistée reproduit la douleur familière de l’athlète [1].
Elle survient particulièrement dans les sports impliquant accélérations, changements de direction, frappes et glissades. Lorsqu’un problème tendineux persiste, le terme tendinopathie est souvent plus approprié que « tendinite », car l’inflammation n’explique pas à elle seule la douleur chronique d’un tendon.
La prise en charge repose généralement sur la gestion de la charge et un renforcement progressif plutôt que sur le repos complet. La capacité des adducteurs, du bassin et du tronc doit être reconstruite en fonction des exigences réelles de l’activité.

2. Douleur liée à l’iliopsoas
Le grand psoas et l’iliaque rejoignent le petit trochanter par l’unité iliopsoas. Leur rôle dans la flexion de hanche explique pourquoi lever la cuisse ou courir peut solliciter cette région; la proximité anatomique ne permet pourtant pas de distinguer à elle seule muscle, tendon et articulation [7].
L’iliopsoas est un puissant fléchisseur de hanche. Une douleur liée à cette région peut être ressentie profondément dans le pli de l’aine et être reproduite par la flexion résistée de hanche ou certains mouvements d’étirement. Le consensus de Doha utilise justement ces éléments, associés à une sensibilité de l’iliopsoas, pour orienter l’évaluation [1].
Il faut cependant éviter d’attribuer automatiquement la douleur à un « psoas trop court » ou « bloqué ». Une douleur antérieure de hanche peut aussi provenir de l’articulation, du labrum, d’un tendon ou d’une autre structure. Un examen global est plus utile qu’un test isolé.
3. Hernie inguinale et douleur inguinale sans hernie palpable
Une véritable hernie inguinale peut provoquer une sensation de pesanteur, une douleur ou une bosse qui devient plus évidente lorsque la pression abdominale augmente : toux, effort, port de charge ou poussée. Une hernie suspectée mérite une évaluation médicale.
Chez le sportif, il existe également une douleur inguinale sans hernie palpable. La classification de Doha la décrit comme une douleur dans la région du canal inguinal associée à une sensibilité locale, souvent aggravée par une résistance abdominale, la toux ou une manœuvre de Valsalva [1]. Les anciens termes « sports hernia » ou « hernie du sportif » peuvent prêter à confusion lorsqu’aucune véritable hernie n’est présente.
Une bosse inguinale qui devient très douloureuse, dure, non réductible et s’accompagne de nausées ou de vomissements nécessite une évaluation urgente.
4. Arthrose de la hanche
L’arthrose de la hanche se manifeste fréquemment par une douleur profonde dans l’aine. Une raideur, notamment en rotation et après une période d’inactivité, peut s’accompagner d’une diminution progressive de la marche, d’une difficulté à mettre ses chaussures ou à entrer dans une voiture.
Une radiographie montrant de l’arthrose n’explique toutefois pas automatiquement toute douleur. Le tableau clinique doit rester cohérent. Les lignes directrices révisées en 2025 mettent l’accent sur une prise en charge de réadaptation comprenant notamment l’exercice thérapeutique; les techniques manuelles peuvent aussi faire partie d’un programme individualisé [3].
Le mouvement, le renforcement, la gestion de la charge et l’activité physique adaptée constituent donc des piliers importants. Les décisions concernant une prise en charge médicale spécialisée dépendent du niveau de limitation, de l’évolution et d’une évaluation appropriée.
5. Douleur pubienne
La région de la symphyse pubienne peut devenir douloureuse, particulièrement dans les sports de course et de changement de direction. Le terme « pubalgie » est utilisé très largement, mais il décrit davantage une région de douleur qu’une structure unique.
Le consensus de Doha parle de douleur pubienne lorsque la symphyse pubienne et l’os immédiatement adjacent sont sensibles. Cette présentation peut coexister avec une douleur liée aux adducteurs ou à la région inguinale [1].
La réadaptation doit être individualisée et tenir compte des exigences du sport, de la force des adducteurs, du contrôle du tronc et de la progression de la charge.

6. Conflit fémoro-acétabulaire et autres douleurs intra-articulaires
Le syndrome de conflit fémoro-acétabulaire peut produire une douleur profonde dans l’aine, un pincement en flexion, parfois des clics ou une limitation de certains mouvements. La morphologie osseuse seule ne suffit cependant pas au diagnostic. Le consensus international de Warwick exige la combinaison de symptômes, signes cliniques et constatations d’imagerie [4].
C’est une nuance essentielle : une morphologie de type cam ou pincer peut être présente chez une personne sans douleur. Une image ne doit donc jamais être interprétée indépendamment du tableau clinique.
Le traitement peut comprendre une réadaptation structurée, l’adaptation temporaire des amplitudes irritantes et un renforcement progressif. Une chirurgie est une option pour certains cas sélectionnés, mais n’est pas automatiquement nécessaire [4] [5].

7. Lésion du labrum ou autre problème intra-articulaire
Le labrum est un anneau fibrocartilagineux situé autour de l’acétabulum. Une lésion peut s’accompagner d’une douleur dans l’aine, de clics, d’accrochages ou d’une sensation de blocage. Ces symptômes ne sont toutefois pas spécifiques et peuvent apparaître dans d’autres problèmes de hanche.
Une suspicion de lésion intra-articulaire devient plus pertinente lorsque l’histoire, les tests cliniques et, si nécessaire, l’imagerie convergent. Le traitement dépend davantage du retentissement fonctionnel et du profil clinique que de la seule présence d’une anomalie sur une image.
8. Fracture de stress du col fémoral
C’est une cause moins fréquente, mais importante à ne pas manquer. Une fracture de stress du col du fémur peut se présenter par une douleur progressive de hanche ou d’aine, particulièrement chez les coureurs d’endurance, militaires et personnes ayant augmenté rapidement leur volume d’entraînement [6].
La douleur apparaît souvent à l’activité et s’améliore initialement au repos. Lorsqu’elle progresse, elle peut devenir présente à la marche ou même au repos. Les radiographies précoces sont parfois normales; l’IRM est le meilleur examen lorsque la suspicion clinique est importante [6].
Une douleur d’aine importante chez un coureur avec boiterie ou difficulté à prendre appui ne doit pas être simplement traitée comme une tension musculaire. Une fracture incomplète non reconnue peut progresser vers une fracture déplacée, avec des conséquences importantes. Une évaluation médicale rapide est indiquée [6].
9. Douleur référée depuis le dos, le bassin ou une autre région
Le bas du dos et le bassin peuvent parfois projeter une douleur vers l’aine. Certaines atteintes nerveuses lombaires hautes, une douleur sacro-iliaque ou d’autres troubles musculosquelettiques peuvent entrer dans le diagnostic différentiel.
Il faut toutefois éviter l’idée simpliste qu’un « bassin déplacé » serait une cause fréquente et facilement identifiable. La douleur référée est évaluée à partir de l’histoire, de l’examen neurologique lorsqu’il est pertinent, du comportement des symptômes et de l’exclusion de causes plus probables.
10. Causes non musculosquelettiques
L’aine est proche de structures abdominales, urologiques, gynécologiques et vasculaires. Une douleur peut donc avoir une origine qui n’est pas liée aux muscles ou à la hanche.
Selon le contexte, il faut notamment envisager une hernie, une infection, une affection testiculaire, un problème gynécologique, un calcul urinaire, une maladie inflammatoire ou une cause vasculaire. Une douleur accompagnée de symptômes généraux ou viscéraux mérite une évaluation médicale plutôt qu’un traitement manuel empirique.
Ce que l’examen et l’imagerie peuvent apporter
L’évaluation compare l’histoire, la marche, la mobilité de hanche, la reproduction de la douleur familière et la capacité des groupes musculaires. Une palpation ou un test positif isolé ne suffit pas. En cas de suspicion de hernie, l’examen médical et, selon le contexte, une échographie ou d’autres examens clarifient la situation [1] [9].
Après un traumatisme avec suspicion de fracture, les radiographies sont généralement le premier examen. Si elles sont normales ou indéterminées mais que la suspicion persiste, une imagerie complémentaire est nécessaire selon les recommandations ACR. Une radiographie normale ne doit donc pas conduire à forcer l’appui; les fractures de stress nécessitent aussi un raisonnement spécifique, souvent avec IRM [6] [10].
Tableau d’orientation
| Présentation | Causes à envisager |
|---|---|
| Douleur à la contraction des adducteurs | Douleur liée aux adducteurs |
| Douleur à la flexion résistée de hanche | Iliopsoas, hanche, autres causes antérieures |
| Douleur avec toux ou poussée | Hernie ou douleur inguinale |
| Raideur progressive de hanche | Arthrose ou autre pathologie articulaire |
| Pincement en flexion profonde, clics | FAI, labrum ou autre cause intra-articulaire |
| Douleur d’effort chez coureur avec boiterie ou difficulté d’appui | Fracture de stress à exclure rapidement |
| Fièvre, symptômes urinaires ou abdominaux | Cause médicale non musculosquelettique |
Ce tableau n’établit pas un diagnostic. Plusieurs causes peuvent produire les mêmes symptômes et plusieurs mécanismes peuvent coexister.
Comment soulager une douleur à l’aine ?
Un essai randomisé chez des sportifs ayant une douleur chronique liée aux adducteurs soutient l’intérêt d’un programme actif de force et de coordination plutôt que de traitements passifs seuls. Cela ne s’applique pas automatiquement à toutes les douleurs d’aine : les exercices restent adaptés à la catégorie clinique, à l’irritabilité et à l’activité visée [8].
Il n’existe pas un étirement universel pour toutes les douleurs de l’aine. Un exercice utile pour une douleur d’adducteur peut être inadapté à une fracture de stress ou à une hernie. Le premier objectif est donc de déterminer la catégorie la plus probable.
En l’absence de signe d’alerte, quelques principes sont généralement raisonnables :
- réduire temporairement les activités qui provoquent une forte aggravation;
- maintenir les mouvements et activités tolérables;
- éviter les étirements agressifs répétés d’une zone déjà très irritable;
- reconstruire progressivement la force et la capacité de charge;
- augmenter graduellement la course, les sprints ou les changements de direction;
- surveiller la réaction pendant l’activité et dans les heures qui suivent.
Quelle place pour l’ostéopathie ?
L’ostéopathe peut contribuer à l’évaluation musculosquelettique : mobilité de hanche, provocation et capacité des groupes musculaires, mouvement lombaire, marche et tolérance à la charge. Le traitement manuel peut être utilisé pour le confort ou la mobilité lorsqu’il est approprié.
Son rôle n’est pas de « remettre le bassin en place », de traiter manuellement une hernie ou de poursuivre un traitement lorsque des signes font suspecter une fracture, une urgence viscérale ou une autre pathologie médicale. Une prise en charge responsable inclut la capacité à orienter vers une investigation médicale, une imagerie ou une réadaptation plus spécifique lorsque cela est nécessaire.
Drapeaux rouges : quand consulter rapidement ?
- douleur importante après une chute ou un traumatisme;
- incapacité ou difficulté nouvelle à prendre appui sur la jambe;
- douleur progressive chez un coureur ou athlète avec suspicion de fracture de stress;
- bosse inguinale devenue très douloureuse, dure ou non réductible;
- douleur testiculaire aiguë;
- fièvre, frissons ou altération importante de l’état général;
- douleur abdominale importante, vomissements ou symptômes urinaires marqués;
- engourdissement, faiblesse ou autres symptômes neurologiques nouveaux;
- douleur persistante ou qui s’aggrave malgré une réduction raisonnable des charges.
Ce qu’il faut retenir
La douleur à l’aine n’est pas un diagnostic. Chez le sportif, les catégories adducteur, iliopsoas, inguinale, pubienne et hanche offrent un cadre utile, mais plusieurs catégories peuvent coexister. Chez les non-sportifs, l’arthrose, les pathologies intra-articulaires, les hernies et les causes médicales doivent également être considérées.
Le traitement le plus pertinent commence par identifier le mécanisme le plus probable, puis par adapter la charge et reconstruire progressivement la fonction. Une douleur inhabituelle, très intense, associée à une difficulté d’appui ou accompagnée de signes généraux mérite une évaluation médicale plutôt qu’une tentative d’autotraitement.
Références scientifiques
- [1] Weir et al. Doha agreement meeting on terminology and definitions in groin pain in athletes. 2015.
- [2] Taylor et al. Multidisciplinary Assessment of 100 Athletes With Groin Pain Using the Doha Agreement: High Prevalence of Adductor-Related Groin Pain in Conjunction With Multiple Causes. 2018.
- [3] Koc et al. Hip Pain and Mobility Deficits-Hip Osteoarthritis: Revision 2025. 2025.
- [4] Griffin et al. The Warwick Agreement on femoroacetabular impingement syndrome (FAI syndrome): an international consensus statement. 2016.
- [5] Trigg et al. Femoroacetabular Impingement Syndrome. 2020.
- [6] Bernstein et al. Femoral Neck Stress Fractures: An Updated Review. 2022.
- [7] Tramer et al. The Iliopsoas: Anatomy, Clinical Evaluation, and Its Role in Hip Pain in the Athlete: A Scoping Review. 2024.
- [8] Hölmich et al. Effectiveness of active physical training as treatment for long-standing adductor-related groin pain in athletes: randomised trial. 1999.
- [9] Stabilini et al. Update of the international HerniaSurge guidelines for groin hernia management. 2023.
- [10] American College of Radiology et al. ACR Appropriateness Criteria® Acute Hip Pain: 2024 Update. 2025.
















